POLITIQUE-MOZAMBIQUE: Destin et mérite

XAI-XAI, Mozambique, 18 nov (IPS) – Deux décès successifs ont propulsé Rita Muianga à la tête du conseil municipal de Xai-Xai. En 2003, les présidents du conseil Ernesto Mausse et Faquir Bay sont subitement décédés l'un après l'autre. Des rumeurs de sorcellerie ont circulé dans Xai-Xai, une petite ville située à 220 kilomètres au nord de Maputo, capitale du Mozambique.

Muianga, une responsable du parti au pouvoir, le Front de libération du Mozambique (Frelimo) à l'assemblée municipale de Xai-Xai, est devenue la présidente par intérim jusqu'à la tenue des toutes premières élections partielles du Mozambique en mai 2004. Elle a commencé son nouveau travail “presque timidement”, aux dires de Bento Munguambe, assistant social à Xai-Xai, mais elle s'est formée très rapidement. Lors des élections partielles, Muianga a remporté 95 pour cent des suffrages, devenant ainsi la deuxième femme du pays à présider un conseil municipal. Aujourd'hui, elle brigue un second mandat aux élections municipales prévues le 19 novembre. Xai-Xai, la capitale de la province de Gaza, est le fief du Frelimo. Il n'y a qu'un seul militant de l'opposition qui siège à l'assemblée municipale. La ville mouvementée (avec une population de 163.000 habitants), qui s'étend le long du fleuve Limpopo et est proche de l'océan Indien, a un grand potentiel agricole et touristique. “Le Limpopo est notre bénédiction et notre malédiction”, déclare Muianga. Il rend la terre fertile, mais déborde dramatiquement, détruit les routes et érode le littoral, menaçant certains quartiers d'effondrement. Le plus grand défi au cours de son premier mandat, se souvient-elle, était de réparer les dommages causés au système d'adduction d'eau de la ville par les inondations de 2000, et d'étendre les infrastructures d'eau à travers la ville. Avec fierté, elle fait remarquer que d'ici à la fin de 2009, avec l'assistance de la Banque africaine de développement, toute la ville de Xai-Xai aura de l'eau potable. Equilibre des tâches Muianga, 53 ans, est mariée et a quatre grands enfants et une petite-fille. Née en 1955 à Mandjakaze, non loin de Xai-Xai, après ses études secondaires, elle a eu un emploi dans une banque à Maputo et a adhéré à l'aile des jeunes du Frelimo. En 1975, le Mozambique a arraché son indépendance du Portugal et Muianga, s'est mariée à l'âge de 20 ans. Deux ans plus tard, elle a regagné la province de Tete avec son mari et deux bébés. “J'étais jeune, mais avec deux enfants, ce n'était pas la peine de rester avec l'aile des jeunes”, explique-t-elle. Elle a rejoint l'aile des femmes (OMM, en portugais) et est par la suite devenue sa responsable politique à Gaza. Muianga est une cousine du l'ancien président Joachim Chissano, et une fille idéologique du Frelimo, le parti qu'elle crédite d'avoir apporté l'indépendance et la modernisation au Mozambique. Le parti qui a donné aux femmes la possibilité d'une carrière politique. Le Mozambique se vante d'avoir un nombre élevé de femmes au parlement, plus de 30 pour cent, deux fois la moyenne en Afrique subsaharienne. Le Premier ministre est une femme et le Frelimo réserve 35 pour cent de sa liste pour l'assemblée municipale aux femmes. “Les femmes mozambicaines aiment s'impliquer dans la politique sans négliger la sphère privée. Comme moi. Au conseil, je me consacre au gouvernement et au peuple. A la maison, je joue le rôle de mère et d'épouse”, explique-t-elle. Susana Damasceno, directrice de l'organisation caritative portugaise 'Aid Global', admire le jeu d'équilibre de Muianga : “Elle sait comment garder les choses séparées, comment fermer la porte s'il le faut, est très consciente de ses obligations professionnelles et familiales”.

Combiner la modernité et la tradition est un acte délicat dans un Mozambique multiculturel, où les croyances africaines, chrétiennes et musulmanes coexistent. Par exemple, la polygamie est courante à Gaza. Muianga, l'OMM et beaucoup de groupements féminins sont contre cela. “Au nord de Gaza, beaucoup de femmes supportent la polygamie. Je ne peux pas leur demander d'abandonner la pratique du jour au lendemain”, dit-elle.

Les changements culturels prennent du temps : “Si nous nous précipitons, nous pouvons créer des problèmes. Nous souhaitons voir le Mozambique se moderniser sans mettre de côté nos origines diverses”. Parmi les huit membres du conseil, trois sont des femmes. “J'aime travailler avec les femmes”, déclare Muianga, toute joyeuse. Son but est d'obtenir la répartition de 50/50, comme l'exige le Protocole sur le genre de la Communauté de développement de l'Afrique australe, signé en août. Le balai en main IPS a trouvé Muianga dans la nouvelle bibliothèque municipale, équipée de 3.000 livres et de plusieurs ordinateurs grâce à 'Aid Global'. “Les jeunes gens ont besoin de lire car la lecture change les comportements. Malheureusement, la télévision ne montre pas beaucoup de bonnes choses, nous devons offrir des alternatives”, souligne-t-elle. Afua Bay, une voisine de Xai-Xai est une admiratrice. “Elle a beaucoup fait pour la ville”, a-t-elle dit à IPS. Au nombre de ses réalisations, il y a le pavage de la voie qui mène à l'hôpital provincial, la réparation des rues, l'extension du système d'assainissement et d'eau potable, l'amélioration des marchés et la fourniture de petits tracteurs aux petits exploitants agricoles. Il n'est par rare pour les résidents de voir la présidente de leur conseil, un balai en main, en train de balayer un marché lors des campagnes de salubrité. “Les marchés sont des lieux de convergence et nous nous battons pour les améliorer. Nous avons beaucoup fait, mais nous n'avons pas encore atteint notre objectif”, a-t-elle indiqué. Son programme de campagne fixe des objectifs clairs visant à améliorer Xai-Xai au cours du prochain mandat. Les rumeurs de sorcellerie ont cessé depuis longtemps. Plutôt, ce sont le travail acharné et les résultats concrets qui sont les cartes gagnantes de Muianga.