POLITIQUE-SWAZILAND: Jeu de cache-cache

MBABANE, 15 nov (IPS) – Les activistes swazis de l'approche genre sont fâchés parce que le roi Mswati III du Swaziland et le Parlement nouvellement élu ont trahi leur espoir et la constitution, en ne désignant pas plus de femmes pour la Chambre de l'Assemblée et le Sénat.

Lors des élections de septembre, seulement sept femmes ont été élues au Parlement, qui compte 55 députés.

Toutefois, l'espoir d'une meilleure représentation n'était pas perdu à ce point. Comme l'a expliqué Lomcebo Dlamini, coordonnatrice nationale du groupe de droits 'Women in Law in Southern Africa-Swaziland' (WLSA), la Constitution de 2005 prévoit plusieurs dispositions “pour accroître le nombre de femmes au Parlement”. * Section 86 : la Chambre de l'Assemblée désignera quatre femmes, une par région, si les femmes représentent moins de 30 pour cent de la Chambre. * Section 95 : le roi nommera 10 membres à la Chambre de l'Assemblée, dont la moitié sera constituée de femmes. * Section 94 : le roi nommera 20 personnes au Sénat, dont huit seront des femmes. La Chambre de l'Assemblée désignera 10 personnes au Sénat, dont cinq seront des femmes. Mais tous les espoirs d'obtenir une représentation d'au moins 30 pour cent ont été étouffés le 17 octobre lorsque le roi n'a désigné que deux femmes pour l'Assemblée et sept pour le Sénat. “C'est très décevant”, a déclaré Meketane Mazibuko, coordonnateur de l'approche genre de 'Lutheran Development Services' (Services luthériens de développement). “C'est même pire lorsque le chef de l'Etat viole la constitution du pays rien que pour priver les femmes d'une représentation équitable au Parlement”. Dlamini du WLSA était choqué que le roi, qui a dit qu'il est le défenseur numéro un de la constitution, n'ait pas honte de violer la loi suprême du pays et de priver les femmes de leurs droits. Des observateurs indiquent que le roi Mswati, le dernier monarque absolu en Afrique, était fâché au sujet d'une protestation contre les dépenses extravagantes de la famille royale, organisée par des groupes de femmes en août. Mazibuko a également critiqué la qualité des députés désignés par le roi; la plupart sont des princes, des princesses et des chefs sans les qualifications requises pour être des législateurs. “Il ne s'agit que de nombre, pas de qualité”, a souligné Mazibuko. Le nouveau gouvernement a aussi raté le tir sur l'égalité de genre. Parmi les 18 ministres, seulement cinq sont des femmes. Prenant exemple sur le roi, l'Assemblée a ignoré la disposition de la constitution qui demande d'élire une femme de chacune des quatre régions administratives. Plutôt, le président de la Commission électorale et du re-découpage de circonscriptions (EBC), Chief Gija Dlamini, et le président de la Chambre de l'Assemblée, Prince Guduza Dlamini, semblent être en train de jouer au cache-cache l'un avec l'autre, et avec la nation. Alors que Guduza insiste sur le fait que la constitution demande au Parlement d'élire les quatre femmes sous la direction du président de l'EBC, Chief Dlamini soutient que son rôle a pris fin lorsque les députés ont prêté serment. “Nous n'avons même pas un budget pour cet exercice”, a affirmé Dlamini. “Nous avons fini avec les élections”. Prince Guduza a demandé conseil au procureur général, Majahenkhaba Dlamini, mais il a pris ses distances de la question. “C'est une affaire entre le président de la Chambre de l'Assemblée et le président de l'EBC”, a dit Dlamini. “Ceci ne requiert aucun conseil juridique, il s'agit simplement que deux personnes fassent ce que la constitution leur impose de faire”. Selon Nonhlanhla Dlamini, une activiste de l'approche genre et députée de la circonscription électorale de Ludzeludze, la formulation ambiguë crée des confusions. “Il est nécessaire de reformuler la Section 86 de la Constitution”, a indiqué Dlamini. “Quand nous avons essayé d'aborder cette question au cours de la première session, les députés ont soutenu que les gens nommés par le roi n'étaient pas là et qu'on ne pouvait pas continuer”. Lorsque Dlamini a suggéré, après que le roi n'a pas respecté le quota, que l'Assemblée désigne au moins huit femmes au lieu de cinq au Sénat, on l'a ignorée. Lorsque Dlamini a recommandé de désigner des gens qui ont les aptitudes requises, tels que des juristes et des économistes, elle était prise en dérision. “Mais regardez ces femmes-là”, a dit un député de sexe masculin de façon dédaigneuse. “Je me suis sentie victime de préjugés car en dehors de ce que je suis une femme, je suis aussi un être humain et je veux qu'on me traite comme tel”, a déclaré Dlamini. “S'il s'était agi d'une rencontre formelle, j'aurais exigé des excuses”. Au cours d'une rencontre d'orientation la semaine dernière, des députés hommes ont dit à leurs collègues femmes de ne pas porter des mini-jupes et de se couvrir la tête avec des foulards et des chapeaux, et non avec des perruques. “J'étais très déçue que pendant que nous avons des questions prioritaires telles que le VIH/SIDA et la pauvreté, des députés décident de discuter de mini-jupes et de foulards”, a ajouté Dlamini, qui n'a pas sa langue dans la poche. Elle et ses collègues femmes auront besoin de toutes leurs aptitudes et de courage pour gérer des attitudes aussi enracinées.