BRAZZAVILLE, 14 nov (IPS) – Nicole Matendo*, 24 ans, est une jeune mère séropositive de Brazzaville dont l'enfant vient juste d'avoir six mois. Rejetée par sa famille à la suite de sa contamination au VIH/SIDA, elle vit dans une extrême précarité, peinant au jour le jour à élever son enfant.
Pas de lait pour le nourrisson, encore moins de la nourriture pour elle-même. “J'ai tenté de me débrouiller par le petit commerce de sachets, mais je ne peux m'en sortir à cause de l'enfant. Ce commerce exige qu'on soit mobile dans le marché, malgré le soleil ou la pluie”, a-t-elle confié à IPS dans la capitale congolaise. Micheline Mpori*, une autre séropositive de 30 ans environ, déclare à IPS : “Je suis dans la rue avec mon bébé de deux mois. Mon mari m'a chassée avant même la naissance de l'enfant, pour lui avoir dit que j'étais séropositive. Je n'ai rien pour m'occuper de l'enfant, même mes propres parents ne me regardent pas. Ai-je encore des raisons de garder espoir?”, s'interroge-t-elle. IPS l'a rencontrée au Centre de traitement ambulatoire de Brazzaville, où elle reçoit son traitement. Irène Mahoungou, présidente de l'Association 'Bomoyi', une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Brazzaville, (qui signifie 'la vie' en Lingala, une langue nationale du Congo) et qui aide des mères séropositives, explique à IPS : “Dans notre association, il y a 80 mères séropositives dont plusieurs démunies. Elles dorment à même le sol et manquent de tout. Elles viennent nous demander de l'aide, mais cela ne résout pas leur problème, car nous n'avons pas assez de moyens”. “Nous leur donnons du lait, de l'eau minérale, des vêtements et de la nourriture comme le poisson salé, l'huile, le haricot. Mais tout cela dépend des bailleurs qui nous financent”, ajoute-t-elle.
De son côté, la Fondation Congo Assistance (FCA), une ONG basée à Brazzaville et dirigée par l'épouse du chef de l'Etat congolais, Antoinette Sassou Nguesso, a annoncé, le mois dernier, une assistance aux mères séropositives en leur donnant du lait et des micro-crédits.
Dans les centres de prise en charge des mères séropositives et dans certaines associations, les gens attendent donc le lait et le financement promis pour des activités génératrices des revenus, en vue d'assurer la Prévention de la transmission du SIDA de la mère à l'enfant (PTME). “Vous ne pouvez pas savoir la joie qui m'anime depuis cette nouvelle. J'ai trop souffert, rejetée par tous comme un rien à cause du SIDA. Vraiment, cette aide est nécessaire pour moi et mon bébé”, indique Matendo. Plusieurs femmes concernées sont venues réclamer leur lait au siège du Réseau national des séropositifs du Congo (RENAPC), montrant à quel point cet aliment leur manque. “Mais, nous avons expliqué à ces mamans qu'il fallait attendre encore un peu. Et depuis, elles ne passent presque plus”, indique à IPS, Esther Pabou Mbaki, chargée de la communication du RENAPC basé à Brazzaville. “Nous sommes en train de formaliser la partie administrative de l'opération. Le lait est déjà sur place, ainsi que les kits d'accouchement et les biberons; la garantie bancaire a déjà été remise à la MUCODEC (Mutuelle congolaise des crédits). D'ici à la fin-novembre, tout va commencer”, affirme Dr Thalance Malonga, coordonnateur de projets à la FCA. La MUCODEC est une institution privée de micro-finance basée dans la capitale. La FCA a lancé une opération dénommée 'PTME/Micro-crédits' qui aidera, dans un premier temps, 593 mères séropositives. Selon l'ONG, ces femmes pourront bénéficier des micro-crédits allant de 100 à 1.000 dollars. “Pour accéder à ces crédits, il suffit d'être mère séropositive et de présenter un petit projet. Les taux d'intérêt sont de l'ordre de 5 à 6 pour cent”, explique Malonga à IPS. “Nous avons une petite expérience en la matière. Nous avons financé en 2006, grâce au Bureau de recherches, d'études et d'appui au développement (basé à Brazzaville), les projets de dix femmes séropositives aux mêmes taux d'intérêt. Elles ont été informées et cela n'a pas posé de problèmes, puisqu'elles ont l'obligation d'épargner dans cette banque”, affirme Claude Malonga de 'Bomoyi'. Selon Dr Malonga, la FCA fournira chaque mois 1.000 boîtes de lait dont la commande est déjà lancée. Il affirme à IPS que quelque 500 boîtes sont déjà dans les entrepôts de la fondation à Pointe-Noire, la capitale économique de ce pays d'Afrique centrale. “Nous avons placé la barre très haut, en estimant que chaque année, il y aura 500 nouvelles naissances des mères séropositives. Avec 1.000 boîtes, on fait des réserves”, dit-il. “Pour une première année, nous avons commandé 15.000 boîtes de lait. Chaque mère séropositive recevra entre 35 et 40 boîtes l'année, en fonction des besoins”.
La FCA a remis un chèque de plus de 260.000 dollars à la MUCODEC comme fonds de garantie, confirme son directeur général, Gérard Légier. Malgré sa rigidité dans l'octroi des crédits à sa clientèle, la MUCODEC n'exigera pas des conditions à cette catégorie de clientes spéciales, aux termes de l'accord passé entre la mutuelle et la FCA. Selon des estimations du RENAPC, un nourrisson jusqu'à six mois consomme quatre à six boîtes de lait par mois. Ce qui peut coûter 40 dollars à la maman. “A la fin de l'année, il faudra une somme exorbitante, et ces femmes n'ont pas de moyens”, souligne Mahoungou de 'Bomoyi'. Pour Dr Jean Angouono Moké, responsable du projet Prévention de la transmission du SIDA de la mère à l'enfant, cette initiative vient soulager beaucoup de mères séropositives en situation désespérée. “A Brazzaville, il y a une dizaine de maternités dans les grands hôpitaux et certains centres de santé intégrés où se font des accouchements des femmes séropositives. On prépare les listes des bénéficiaires par rapport aux naissances”, indique Angouono Moke, ajoutant que pendant le premier semestre de cette année, 88 femmes séropositives ont accouché à la maternité de Talangaï, un arrondissement de la capitale. “Cela peut faire une moyenne de 100 à 110 femmes pour la même période à Brazzaville”. Mais les spécialistes attirent l'attention des bénéficiaires sur le fait que le lait ne concerne que les femmes qui ont choisi volontairement de nourrir leurs bébés au lait artificiel. “Il est très dangereux de faire l'allaitement mixte, c'est-à-dire le sein et le biberon”, avertit Dr Malonga. “L'enfant peut développer des complications comme des diarrhées, des gastrites. Au programme PTME, 70 pour cent de femmes nourrissent leurs enfants au lait artificiel. D'autres, pour éviter parfois des stigmatisations, préfèrent allaiter leurs bébés, grâce aux anti-rétroviraux qui protègent l'enfant de la contamination”, explique Dr Angouono Moke. *(Ce sont des noms d'emprunt pour protéger l'identité des personnes concernées).

