POLITIQUE-RD CONGO: Avec qui Kinshasa négocierait-il une paix durable dans le Nord-Kivu?

KINSHASA, 15 nov (IPS) – Beaucoup de Congolais considèrent que Laurent Nkunda n'est pas l'homme avec qui il faut négocier la paix dans la province du Nord-Kivu. Ils estiment que l'enjeu de la guerre est économique et géostratégique impliquant les intérêts des occidentaux, qui sont les maîtres de la situation.

Pourtant Nkunda, le chef rebelle du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), paraît de plus en plus incontournable pour le retour du calme dans toute la partie orientale de la République démocratique du Congo (RDC), notamment en raison du dilemme de l'enjeu sécuritaire dans le Nord-Kivu.

A la veille de la formation du gouvernement en place à Kinshasa, à la fin du mois dernier, Tshikez Diemu, alors ministre de la Défense nationale, avait considéré l'appel aux négociations politiques, fait par Nkunda ainsi que le cessez-le-feu unilatéral décrété par lui, comme des “propos d'enfant”. Ce ministre n'a pas été retenu au sein de la nouvelle équipe gouvernementale.

Le 7 novembre, le sommet, qui a réuni à Nairobi, au Kenya, sept chefs d'Etat de la région des Grands Lacs, des délégués de l'Union africaine et ceux des Nations Unies sur la situation prévalant au Nord-Kivu, n'a pas non plus condamné la rébellion. Comme pour légitimer le cessez-le-feu décrété par le chef rebelle, le communiqué conjoint, qui a sanctionné les travaux du sommet, s'est limité à en exiger le respect immédiat ainsi que “la mise en place d'un corridor humanitaire dans la zone pour permettre d'apporter une réponse à la crise et à la tragédie humanitaire”. La décision prise par le sommet des chefs d'Etat de désarmer le chef rebelle en renforçant des troupes de la Mission des Nations Unies en RDC (MONUC) et les Forces armées congolaises (FARDC), parait comme une maigre victoire politique pour le président congolais Joseph Kabila qui y a pris part, en se cramponnant sur l'application du principe de “non-agression et de sécurisation mutuelle entre membres”. Un principe repris dans le “Pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement de la région des Grands Lacs”, adopté à Nairobi en décembre 2006 et auquel la RDC et le Rwanda sont parties. Un député congolais membre de l'Alliance pour la majorité présidentielle (AMP), qui a requis l'anonymat, a estimé que “malgré son importance politique” pour avoir permis aux présidents Kabila et Paul Kagamé du Rwanda de se rencontrer et de se parler certes, “le véritable enjeu de la rencontre de Nairobi a été économique”. Le chef rebelle n'aura “servi que de stratégie de chantage et de contrainte contre Kinshasa qui n'a pas su protéger les intérêts d'investisseurs occidentaux en RDC, notamment dans le domaine minier”, affirme ce député.

En 2006, la RDC a bénéficié d'une importante aide technique, logistique et financier des pays occidentaux pour organiser les élections après la guerre civile (1998-2002) qui a fait plus de quatre millions de morts dans ce pays d'Afrique centrale. Quelques mois après son élection, le gouvernement de Kabila a signé des séries de contrats miniers avec un groupe d'entreprises chinoises leur accordant un large éventail d'exploitation minière en RDC, y compris sur des sites non encore évalués, pour près de 10 milliards de dollars et pour une durée de 30 ans environ.

Plusieurs contrats miniers passés pendant la transition entre le gouvernement congolais et des investisseurs occidentaux ont, par contre, été jugés léonins et sont désormais soumis à la procédure de re-visitation et de renégociation, pour “rééquilibrer les intérêts”, selon Victor Kasongo Shomari, vice-ministre des Mines.

Par ailleurs, pendant que la présence des combattants hutus recherchés par le régime de Kigali — pour leur participation présumée au génocide de 1994 au Rwanda — continue de donner à Kagamé des raisons d'intervenir militairement au Congo “pour la sécurité de ses frontières avec la RDC”, la paix reste aussi tributaire de la sincérité politique, de la crédibilité des FARDC et d'un effort diplomatique plus affirmé pour le gouvernement de Kinshasa, estiment des analystes.

Pour leur part, les dirigeants du Cadre de concertation des notabilités des Kivu décèlent une complicité dans les attitudes de Kinshasa qui semble entretenir le flou sur tous les aspects sécuritaires et militaires, notamment dans le surarmement de la rébellion et dans son renforcement politique. En septembre dernier, deux députés nationaux membres de l'AMP se sont alliés à la rébellion, lui donnant ainsi une certaine légitimité politique.

En effet, les soupçons sont fondés sur le fait qu'un ancien haut cade du Rassemblement congolais pour la démocratie/Goma (RCD/Goma), Déo Rugwiza, gère toutes les frontières du Congo, et qui a été proche de Nkunda pendant la rébellion du RCD/Goma. En revanche, à la suite de plusieurs autres députés nationaux dont Ernest Kyaviro qui considère Nkunda comme “un simple bandit”, le Cadre de concertation des notabilités des Kivu estime que “les négociations entre Kinshasa et la rébellion sont inopportunes”.

Sur le plan militaire, les FARDC, faiblement équipés et peu aguerris en techniques de combats, n'ont pas été bien payés depuis de longs mois et leurs familles vivent dans la plus grande précarité. Les effets majeurs de leur démotivation sont notamment la fuite devant l'ennemi et le pillage des biens des civils.

Selon des analystes, le doute que les troupes des FARDC reprennent de la force tourne également autour du leadership actuel de l'armée congolaise. Le chef de l'armée terrestre des FARDC, appelé communément le général Tango Fort, est un ancien haut officier militaire du RCD/Goma. Il avait longtemps combattu aux côtés de Nkunda pendant la rébellion contre le régime de Laurent Désiré Kabila et de Joseph Kabila jusqu'au dialogue inter-congolais qui a abouti à la formation du gouvernement de transition.

Tango Fort, qui détient une grande décision sur les armes et les troupes, est accusé d'être incapable de combattre son ancien compagnon d'armes Nkunda. En outre, les soldes des militaires sont détournés à l'insu des autorités.

Peut-être que ce chef n'est vraiment pas l'homme de la situation, estiment des analystes. Toujours est-il que mercredi, “les troupes du CNDP ont progressé de plus ou moins 20 kilomètres” de leur position occupée pendant le sommet de Nairobi” et se trouvent à Kanyabayonga, une ville stratégique donnant accès à une importante partie de la province du Nord-Kivu”, selon Bertrand Bisimwa, porte-parole du CNDP de Nkunda.