NATIONS UNIES, 29 juil (IPS) – Dans un tourbillon de réalisme, le nouveau long métrage “Johnny Mad Dog” a utilisé des ex-enfants soldats du Libéria pour décrire les vies violentes de cette jeunesse, forcée à participer à des conflits armés.
Le script original a été adapté du livre acclamé d'Emmanuel Dongala's, “Johnny Mad Dog” (Johnny chien méchant). Johnny, âgé de 15 ans, et son petit commando composé de jeunes garçons âgés de six à dix ans, font rage dans un pays africain non nommé, terrorisant et massacrant tout sur leur passage. Le réalisateur Jean-Stéphane Sauvaire contraste cette longue et folle tuerie par la ligne narrative de Laokole, une écolière âgée de 13 ans. Celle-ci est forcée, en compagnie de son père handicapé et de son jeune frère, de quitter sa ville occupée par la milice des enfants soldats. Emmanuel Jal, un ancien enfant soldat, devenu rappeur connu au plan international, a déclaré à IPS au cours de la projection du film, qui a eu lieu aux Nations Unies à New York : “La fuite des réfugiés et la peur que l'on peut lire dans leurs yeux dans le film m'ont ramené à un voyage que j'ai moi-même effectué une fois”.
Jal est né dans un Soudan déchiré par la guerre au début des années 1980. A l'âge de six ou sept ans, il a été forcé de rejoindre l'armée rebelle pour se battre dans la guerre civile. Pendant près de cinq ans, il a porté un AK-47, “la vraie arme de destruction massive”, qui était plus grande que lui. A l'âge de 13 ans, il était vétéran de deux guerres civiles.
Jal a indiqué à IPS que le film était dans l'ensemble d'une représentation exacte. “C'est un film qui décrit la journée d'un enfant soldat dans un champ de bataille. J'aurais aimé ajouter les moments avant que les enfants soldats n'aillent au conflit et ce qu'ils ressentent quand ils perdent une bataille et deux de leurs amis. La vraie bataille n'est pas celle quand vous vous battez, c'est celle quand vous quittez la guerre et que vous devez vivre avec les cauchemars et l'ennui”.
Jal a été secouru par une employée d'une organisation humanitaire britannique, qui l'a fait rentrer clandestinement à Nairobi et l'a ensuite élevé elle-même. Après sa mort, il s'est intéressé à la musique, et s'est rendu compte que c'était thérapeutique et que ça l'occupait. Aujourd'hui, 15 ans plus tard, Jal a trois sorti trois albums très populaires qui racontent son expérience d'enfant soldat. Son album le plus récent s'intitule “Warchild”. La préparation du film a été cruciale. Sauvaire a décidé de tourner au Liberia, où la guerre civile a cessé en août 2003 et qui, aujourd'hui, a à sa tête une des rares femmes chef d'un Etat, Ellen Johnson Sirleaf, élue en 2006.
“Nous avons vraiment ressenti le soutien du gouvernement, son désir de nous accueillir, son besoin de témoigner”, dit-il. “Pour les Libériens, c'était une façon d'affirmer, avant la communauté internationale, qu'ils avaient évolué et qu'ils avaient tourné la page, après 15 années de guerre”.
Sauvaire a organisé des castings à Monrovia et dans les zones de ghetto autour de la ville. Des 500 ou 600 ex-enfants soldats présentés, Sauvaire a dû en choisir 15 pour son film. La plupart ont combattu au Libéria avec Charles Taylor, ou avec les insurgés des Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) jusqu'en août 2003, et beaucoup ont vécu dans la rue, sans structure familiale.
“Il était primordial pour moi de travailler avec des ex-enfants soldats, qui semblaient être les seuls capables de donner un témoignage sincère de cette horreur”, explique Sauvaire. Parce que les enfants ne pouvaient lire le script du film, ils improvisaient durant les scènes. Des sous-titres ont été utilisés tout au long du film parce que les enfants parlent l'anglais comme il est parlé dans la région de Monrovia, “un anglais très phonétique, rudimentaire et instinctif”.
Après la fin du tournage, les producteurs ont monté l'organisation non gouvernementale 'Johnny Mad Dog Fondation', “qui a pour but d'amener une structure et un soutien aux jeunes acteurs du film”, indique le réalisateur. “C'était inimaginable pour moi de reproduire le régime que les enfants avaient connu pendant la guerre : le général arrive, prend les enfants et les abandonne dès que c'est terminé. Je voulais continuer à suivre les progrès des enfants, et les aider dans leur réinsertion (dans la société)”, déclare Sauvaire. La fondation, basée à Monrovia, la capitale libérienne, assiste les enfants dans leur vie de tous les jours et les aide à développer des projets de long terme. “C'est un endroit où ils savent qu'ils peuvent venir pour manger, suivre des cours, dormir et être écouté”.
“J'espère que ce film sera une opportunité d'aborder le problème des enfants soldats au monde, problème qui est toujours malheureusement d'actualité, et reste néanmoins inacceptable et intolérable”, affirme Sauvaire.
Aujourd'hui, l'ONU estime que 250.000 à 300.000 enfants ont été violemment contraints au service militaire à travers le monde. Bien que le nombre de conflits dans lesquels sont impliqués des enfants ait diminué de 27 en 2004 à 17 à la fin de 2007, le recrutement militaire des enfants en dessous de 18 ans et leur utilisation dans des hostilités existent toujours dans au moins 86 pays et territoires à travers le monde, selon un récent rapport de la Coalition pour mettre fin à l'utilisation des enfants soldats. C'est un problème que Jal connaît trop bien. “Je pense que (Johnny Mad Dog) est un film puissant, et que le monde a besoin de le voir”, déclare-t-il à IPS.

