MANZANI, 28 juil (IPS) – Dans une vallée étroite et encore brune à cause de l'hiver, plus petite qu'une crevasse entre des montagnes rocheuses, Gogo Ndlovu s'occupe de ses cinq jeunes petits-enfants orphelins.
Cette grand-mère mince, voûtée s'appuie sur son bâton au bord d'un champ planté de maïs, avec l'aide des voisins. Les tiges sont fragiles et défraîchies et les épis de maïs sont rabougris. "La pluie est venue mais s'est arrêtée. Le maïs a cessé de pousser. Nous n'avons rien, rien. Je ne sais pas quoi faire. Lorsque vous allez au magasin pour avoir des vivres, ils veulent de l'argent", a-t-elle déclaré. Les garçons, Famuza (9 ans), Sifiso (11 ans), Sandla (11 ans) et Mbuso (10 ans), et leur sœur Nelisiwe (12 ans) ont peu d'habits à porter pour aller à l'école. Deux garçons partagent une paire de chaussures tandis que les autres sont pieds nus. Ils vont d'habitude à l'école affamés, et attendent un déjeuner du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF). La progéniture de Ndlovu a relativement de la chance en ce qu'elle est sur le radar des agences humanitaires, pendant que certains ménages ne le sont pas. La famille reçoit des rations alimentaires d'urgence du Programme alimentaire mondial (PAM) et les enfants fréquentent l'école, leurs frais de scolarité payés par un programme gouvernemental. Cette famille n'est que l'une des nombreuses qui sont confrontées à la même situation dans ce petit royaume montagneux d'Afrique australe. Avec une prévalence du VIH de 19 pour cent — la plus élevée au monde — le SIDA a un impact sans précédent sur le Swaziland. L'espérance de vie est tombée, passant de 60 ans à 31 ans, le chiffre le plus bas du monde, et un enfant sur trois est orphelin ou laissé vulnérable par le SIDA. L'année dernière, environ 40 pour cent de la population avait besoin d'aide alimentaire. "Le SIDA a contribué à la pénurie alimentaire. Des familles perdent leurs chefs de ménage, les hommes et les femmes valides. Ceux qui restent sont des grands-parents qui sont au moment de leur vie où ils attendent de prendre leur retraite et ils ont souvent besoin eux-mêmes d'attention, mais ils doivent de nouveau élever une nouvelle génération d'enfants. Ces grands-parents sont trop âgés pour cultiver les champs, et les enfants sont trop petits", a expliqué Abdoulaye Baldé, le représentant du pays pour le PAM. Les terres sont en jachère, ce qui, selon la coutume swazie, met les enfants en péril. Sur les Terres du domaine public où 80 pour cent des Swazis vivent comme des agriculteurs de subsistance, des chefs allouent des fermes aux familles pour y vivre tant que les terres seront utilisées. Certains chefs ont expulsé d'anciens et de nouveaux résidents d'une propriété après que la génération intermédiaire est morte du SIDA. Soit le reste de la famille est introduit dans les propriétés des parents, soit ils sont laissés pauvres et sans abri. La branche de Swaziland de 'Women in Law in Southern Africa' a fait du droit à la propriété des orphelins une priorité. Une organisation des femmes séropositives 'Swazis for Positive Living (SWAPOL)', de même que l'UNICEF, travaillent pour garantir que les enfants ne soient pas détachés des lieux qu'ils appellent maison. Siphiwe Hlope, fondatrice du SWAPOL a déclaré : "Nous nous lançons dans des projets pour aider des personnes affectées par le SIDA. Depuis que nous avons commencé en 2003, au moins un quart de l'argent que nous gagnons de nos projets agricoles et de couture va vers des orphelins". Une autre femme membre du SWAPOL, une veuve couturière âgée de 45 ans nommée Sunshine Kunene, a affirmé : "Le danger auquel sont confrontés (les orphelins) est l'abandon, parce leur nombre est tellement élevé. Une personne sur cinq dans ce pays sera un enfant de moins de 15 ans, orphelin après que les deux parents sont morts du SIDA, et ce sera seulement dans deux ou trois ans. Où sont les ressources pour s'occuper d'eux"? L'assistante sociale Agnes Khumalo a ajouté : "Le Swaziland ne peut pas s'en sortir seul. Comment peut-il? Aucun pays ne pourrait gérer une crise du SIDA en plus d'une crise alimentaire et humanitaire. Presque la moitié des femmes enceintes au Swaziland sont séropositives". Ses opinions sont reprises par une récente recherche réalisée par la Division de la recherche sur l'économie de la santé et le VIH/SIDA, basée à l'Université du KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud. Elle a attiré l'attention sur le fait que bien que le Swaziland soit en train d'être dévasté par le SIDA, il n'obtient pas la priorité dont il a besoin de la part de la communauté internationale. Le pays est handicapé parce que les succès économiques du passé signifient qu'il est classé comme un pays à revenu intermédiaire, et ne peut donc pas accéder au soutien que les pays à faibles revenus reçoivent de la communauté internationale des donateurs. Le rapport intitulé, 'Réexaminer les urgences pour le Swaziland' (2007), indique qu'au moment où l'économie en déclin rapide du Swaziland le plonge dans la catégorie des pays à revenus intermédiaires, cela peut être trop tard pour qu'une intervention soit efficace. Des taux de décès dépassent maintenant les seuils de mortalité quotidienne utilisés par les agences comme indicateur d'une urgence, souligne le rapport, et une nouvelle réponse est nécessaire. Malgré la mise en œuvre de plusieurs programmes d'appui, leur capacité à répondre au besoin général est apparente. Pendant que les agences internationales discutent des conditions, Ndlovu continue de lutter. Ses petits-enfants marchent péniblement sur un sentier rocheux de deux kilomètres pour aller à un centre de santé communautaire pour des orphelins. Ils s'asseyent contre un affleurement de pierres avec d'autres enfants, pendant qu'une marmite de purée bouillonne sur un feu de bois. Une femme sert la purée à la louche dans des bols, et les enfants soufflent là-dessus pour la refroidir parce qu'ils n'ont pas de cuillères et doivent manger avec leurs doigts. Le silence dure quelques minutes, ensuite un ballon de football fait de sacs en plastique enveloppés couche après couche, est fabriqué. Ils jouent sur un lopin de terre, en criant. Récurant la grande marmite métallique, la cuisinière les regarde. "Il faut vraiment si peu pour les rendre normaux, n'est-ce pas?" *(Avec d'autres reportages de Kathryn Strachan à Johannesburg).

