POLITIQUE-CONGO: Une centaine de femmes élues conseillères sur 846 sièges

BRAZZAVILLE, 18 juil (IPS) – Seulement une centaine de femmes — dont une vingtaine de femmes candidates indépendantes — ont été élues dans les conseils communaux sur les 846 sièges en jeu sur l'ensemble du pays lors des élections locales organisées à la fin du mois dernier au Congo-Brazzaville.

Recevant cette semaine, à Brazzaville, les femmes fraîchement élues conseillères, la ministre de la Promotion de la Femme s'est félicitée des progrès réalisés. “Le combat est dur, c'est vrai, mais cette fois-ci, nous avons pu faire un effort par rapport aux dernières élections (en 2002)”, a déclaré Jeanne-Françoise Leckomba.

Portant, ces élections communales n'ont pas permis aux femmes d'émerger facilement à cause des positions peu privilégiées qu'elles ont occupées sur les listes de candidature des partis politiques. Selon des organisations non gouvernementales (ONG), les femmes ont été victimes d'un scrutin de liste à la proportionnelle.

“Nous savions que les femmes n'allaient pas faire de bons résultats, parce qu'elles n'étaient pas déjà bien placées. Les hommes ont occupé les premières places et n'ont laissé aux femmes que les queues. Très peu ont été tête de liste”, a déclaré à IPS, Odile Mayéyé-Biongo, secrétaire générale du Comité des droits de l'Homme (CDH) qui a observé les élections à Poto-poto, le troisième arrondissement de Brazzaville. Le CHD est une ONG basée dans la capitale congolaise.

Dans cette circonscription électorale, une seule femme a pris la tête d'une liste, Carine Mondjo, une candidate indépendante, mais elle n'a malheureusement pas été élue. “Je me bats avec mes petits moyens, il faut qu'on comprenne que cette fois-ci, il faut essayer aussi les mamans”, plaidait-elle pendant la campagne électorale. “Sur les 33 listes que nous avons présentées, il y avait 35 femmes. Mais nous n'avons pas voulu les mettre tête de liste car leur engagement ne nous convainc pas encore. Sur les dix sièges que nous avons obtenus, une seule femme a été élue”, a expliqué à IPS, Franck Euloge Mpassi, chargé de la communication du Conseil national des républicains (CNR), le parti de l'ancien rebelle ninja, le pasteur Frédéric Ntumi.

Au début de cette année, le gouvernement avait publié une note circulaire, demandant aux formations politiques de présenter des listes contenant au moins 20 pour cent de femmes. Les autorités avaient prévenu que des listes qui ne comporteraient pas de femmes seraient simplement écartées de la course. La loi électorale appuie également cette demande expresse. En outre, la constitution encourage en son article 8 la candidature des femmes aux postes électifs.

“Mais nous avons eu du mal à faire comprendre aux responsables des partis que les femmes pouvaient bien défendre un mandat électif. Il y a eu beaucoup trop d'hésitation”, a déploré Suzanne Somboko, secrétaire exécutive du Centre de formation des femmes en politique (CFFP), une ONG basée à Brazzaville. Peu avant les échéances électorales, le CFFP, financé par le Programme des Nations Unies pour le développement, avait organisé des formations dans les grandes villes du pays pour inciter les femmes à briguer des mandats électifs, et les hommes politiques à faire plus de place aux femmes. “Ce travail n'a pas été facile”, a reconnu Somboko.

Un observateur électoral, basé dans le département de la Likouala, à l'extrême nord du pays, a témoigné à IPS que les femmes n'avaient occupé que le milieu et la queue des listes. Selon André Itoua de la Coordination d'appui au processus électoral (CAPE), sur les dix listes présentées à Impfondo, la capitale de cette région, il y a eu 24 femmes contre 76 hommes. Une seule femme a été tête de liste, Amélie Kemenguet, une candidate indépendante qui a pu obtenir un siège. “Comme toujours, les femmes ont joué les seconds rôles, sans chance réelle”, a commenté Itoua. La CAPE est une ONG basée à Brazzaville. “Les partis savent qu'il est difficile qu'un parti puisse rafler l'ensemble de sièges dans une circonscription. Il faut alors aligner les plus en vue parmi les quatre premiers, et le reste, dont les femmes, occupe les arrières où il n'y a aucune chance. Les femmes sont victimes de cette élection proportionnelle”, a ajouté Itoua. Si les femmes ont du mal à émerger sur les listes des partis politiques, nombreuses ont cependant préféré se présenter comme indépendantes. Mais, le combat n'a pas été facile, étant donné la disproportion des moyens financiers et logistiques utilisés. “Malgré leur bonne volonté, les femmes n'ont pas eu assez de moyens pour battre campagne. Il faut que les femmes, indépendantes surtout, soient appuyées financièrement, comme bientôt les partis (le seront) par l'Etat, pour les encourager à briguer régulièrement les mandats”, a suggéré Mayéyé-Biongo.

La loi sur les partis politiques est déjà votée au parlement et promulguée par le chef de l'Etat depuis environ deux ans, mais aucun parti n'est encore officiellement financé par le gouvernement. Tout le monde attend et espère peut-être avec le budget de l'année prochaine, selon des observateurs. “J'ai été candidate indépendante à Madingou (sud-ouest) où les hommes ont fait campagne avec des moyens démesurés. Ils remettaient de l'argent à chaque électeur. C'était difficile dans ces conditions d'espérer gagner. J'ai eu quelques voix, mais à cause de la proportionnelle, les plus nantis sont passés avant moi, je suis arrivée loin derrière”, a déploré Solange Mboyo.

Le Rassemblement pour la majorité présidentielle (RMP), plate-forme des partis politiques soutenant le président Denis Sassou Nguesso, a raflé 384 sièges dont 56 femmes élues. Ce nombre devrait augmenter avec l'apport de quelque 200 autres petits partis alliés et indépendants. L'Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), de l'ancien président Pascal Lissouba, arrive loin en deuxième position avec 75 sièges dont six pour les femmes. Ce parti, qui est la première force de l'opposition, marque cependant son retour dans les villes de Dolisie, de Nkayi et de Mossendjo, ses anciens bastions du sud-ouest perdus depuis la guerre civile de 1997.

Le Club 2002 a acquis 57 sièges avec seulement trois femmes élues, tandis que le Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI) de l'ancien Premier ministre Bernard Kolelas a obtenu, notamment dans le Pool, 34 sièges dont cinq pour les femmes. Dans la même région, le CNR du pasteur Ntumi a gagné 10 sièges dont une femme élue.

A ces résultats, s'ajoutent ceux d’au moins 20 femmes élues comme candidates indépendantes. Ce scrutin local du 29 juin sera suivi de l'élection prochaine des maires des cinq communes de ce pays d'Afrique centrale et de la moitié des sénateurs dont le mandat est arrivé à terme, mais la date n'est pas encore fixée. Ce sont les troisièmes élections locales de l'ère démocratique, organisées au Congo après celles de 1992 et de 2002.