FREETOWN, 19 juil (IPS) – Le groupe de plaidoyer des femmes de la Sierra Leone '50/50' a exprimé sa déception face à la mauvaise performance des femmes dans les élections municipales du 5 juillet.
"Nous nous attendions à ce que plus de femmes se présentent pour la mairie dans les municipalités et pour les conseillers de quartiers à travers le pays, mais cela ne s'est pas produit", déclare Harriet Turay, la présidente du groupe. "Nous ne fléchirons pas dans notre campagne pour obtenir plus de représentation féminine aux postes de prise de décisions dans le pays et nous avons déjà commencé à travailler en prélude aux élections générales de 2012". Les résultats définitifs ne seront annoncés que le 27 juillet, mais il devient de plus en plus clair que les femmes obtiendront probablement moins de 20 pour cent de tous les sièges mis en compétition pour les municipalités à travers le pays. Le groupe 50/50 fait campagne pour un ratio de 30 pour cent pour la gouvernance, à la fois au niveau étatique que municipal. Des groupes de défense des droits affirment qu'une raison pour laquelle si peu de sièges ont été gagnés par les femmes était le harcèlement et l'intimidation des femmes candidates avant et pendant les élections de la part des agents du 'All Peoples Congress' (APC) au pouvoir et du 'Sierra Leone Peoples Party' (SLPP) de l'opposition. A travers le pays, on a refusé à certaines femmes le droit de représenter les partis auxquels elles appartenaient, les obligeant ainsi à se présenter comme candidates indépendantes. Ceci a privé ces femmes des fonds de campagne et d'autres appuis du parti, et leurs efforts ont été davantage entravés par des menaces et des attaques physiques qui ont contraint au moins 30 femmes candidates à se retirer de la course. Ces incidents ont été racontés par la Coalition des organisations de la société civile dont le président, Charles Mambu, dit que cette situation est une entrave à la jeune démocratie du pays. "Nous avons enregistré nombre de ces cas, aussi bien en prélude aux élections que pendant le temps de vote", déplore Mambu. "Des militants, spécialement ceux appartenant à l'APC au pouvoir, étaient principalement derrière ces actes et nous avons informé les autorités compétentes pour prendre des mesures. C'est vraiment une brèche dans nos acquis démocratiques". Il y a des rumeurs selon lesquelles des chefs traditionnels et des autorités locales dans certains districts provinciaux ont contraint des femmes candidates à s'effacer. Juliet Conteh, une candidate dans le district septentrional de Koinadugu, a déclaré à IPS que le chef suprême de la région l'a obligée à se désister en faveur du candidat du parti au pouvoir. "Lorsque j'ai refusé, j'ai été harcelée jusqu'à ce que je décide de me présenter en tant que candidate indépendante. Ensuite, le chef a même exigé que je me tienne hors des affaires des élections, ce que j'ai fait à contrecœur". Une autre candidate pour le poste de conseillère dans le district de Port Loko, également dans le nord, Fatmata Daramy, a dit que le député de la région l'a intimidée pour qu'elle ne se présente pas contre le candidat du parti au pouvoir. Selon Turay, il faut retourner à l'ancien système de représentation proportionnelle de la campagne électorale qui rend obligatoire aux partis de présenter un certain quota de femmes sur leur liste des candidats pour l'élection. "Le système de représentation proportionnelle est favorable aux femmes contrairement au système majoritaire à un tour. C'est le seul moyen pour nous d'être sûres d'avoir jusqu'à 30 pour cent de représentation féminine aux niveaux des prises de décisions", dit-elle. Dans le parlement actuel, qui a été élu un an auparavant, il y a 17 femmes députées contre 103 hommes un total, et c'est même pire pour le gouvernement qui compte moins de 10 pour cent de femmes ministres. Les résultats sous l'ancien système lui donnent raison, puisque les élections générales de 1996 et de 2002 ont envoyé un plus grand nombre de femmes au parlement. Le président sierra léonais, Ernest Bai Koroma, a déclaré à plusieurs reprises que son gouvernement croyait en l'autonomisation des femmes, spécialement en gouvernance, mais n'a pas jusqu'ici satisfait les attentes des groupes de plaidoyer des femmes. Mais, les incidents d'attaques, de harcèlement et d'intimidation des femmes candidates sont considérés par les groupes de plaidoyer, tels que la Campagne pour la bonne gouvernance, le 'Centre for Coordination of Youth Activities' (Centre de coordination des activités de jeunes) et la 'National Elections Watch', comme une entrave majeure à la déclaration du gouvernement de poursuivre un programme d'égalité de genre. "Nous attendons plus du gouvernement en matière d'octroi de postes aux femmes parce que nous croyons qu'il existe des femmes très compétentes là-bas qui peuvent travailler de la même manière que des hommes; ce ne sont pas juste que des déclarations, je pense que nos femmes sont prêtes à servir leur pays", ajoute Turay.

