Q&R: Fournir des ARV aux migrants internationaux est logique pour tous

JOHANNESBURG, 17 juil (IPS) – L'Afrique du Sud est devenue une destination pour des personnes en provenance du continent et au-delà. Mais bien que les migrants aient légalement droit au traitement anti-rétroviral gratuit (ARV) pour le VIH, ils sont en train d'être retournés des dispensaires publics.

Garantir que le droit aux ARV est respecté pour les migrants étrangers vivant en Afrique du Sud les aiderait beaucoup à préserver un moyen de subsistance, qui en retour leur permettra de continuer à participer à l'économie et au tissu social du pays. Sur le papier, l'Afrique du Sud dispose d'une politique urbaine protectrice par intégration des réfugiés, qui accorde des droits particuliers, à travers une législation protectrice, aux réfugiés et aux demandeurs d'asile — mais la pratique est très différente. Plusieurs réfugiés, demandeurs d'asile et migrants sans papiers luttent pour accéder aux droits auxquels ils sont éligibles, notamment l'emploi, le logement et les soins de santé de base. La politique de réfugiés facilite la liberté et la protection en permettant l'intégration temporaire des réfugiés dans des communautés locales. Des personnes déplacées doivent devenir autosuffisantes en gagnant leur vie et en s'intégrant dans la communauté. Seul un petit — mais important — nombre de migrants en Afrique du Sud sont des réfugiés ou des demandeurs d'asile; la majorité sont dans le pays sur des visas de séjour. Mais tout le monde en Afrique du Sud a accès aux soins de santé de base, notamment les traitements d'urgence. Pendant un certain temps, on ne savait pas si ceci comprenait l'accès aux ARV gratuits, mais ceci a été clarifié par une directive de septembre 2007 du ministère de la Santé qui a indiqué que les livrets sud-africains ne sont pas exigés pour bénéficier des ARV gratuits du secteur public. Dans une recherche qui explore le lien entre l'accès des migrants internationaux aux ARV et leur capacité à préserver un moyen de subsistance, Joanna Vearey, chercheuse au 'Forced Migration Project' (Projet de migration forcée), a découvert que l'accès aux ARV gratuits était essentiel pour permettre aux migrants de rester autonomes et d'intégrer la vie urbaine. Elle en parle dans une interview avec IPS. IPS: Pourriez-vous expliquer le rapport entre le VIH et les migrations?

Joanna Vearey (JV): Il y a une relation complexe entre la mobilité et le VIH, et il est évident que là où il y a de la mobilité, il y a des tendances claires à la propagation de la maladie. Bien que les administrations locales soient préoccupées que les migrants internationaux peuvent apporter avec eux le VIH, on reconnaît de plus en plus que les migrants peuvent être plus vulnérables à attraper l'infection du VIH que la population locale. Les migrants sont les plus exposés à l'infection (et à la transmission) lorsqu'ils arrivent dans leur nouvel emplacement, puisque c'est le moment où leurs structures sociales changent — augmentant ainsi peut-être leur risque d'infection, mais surtout en déménageant vers une zone urbaine, ils sont passés d'une région à faible prévalence vers une région à forte prévalence.

IPS: Qu'est-ce qu'a révélé votre recherche dans la ville de Johannesburg?

JV: Tous les entretiens avec les migrants séropositifs habitués aux ARV, qui travaillent dans l'économie informelle, ont montré l'importance que l'accès aux ARV avait sur leur capacité à préserver et à récupérer leurs moyens de subsistance. Il était clair que l'accès aux ARV était une ressource essentielle pour leur capacité à subvenir à leurs propres besoins et à ceux des personnes à leur charge. La nécessité de commencer tôt les ARV s'est également révélée. Toutefois, toutes ces personnes ont accès aux ARV dans le secteur des ONG. Une question importante ici est la documentation, aucun des individus n'avait obtenu le statut de réfugié, la plupart avaient des autorisations écrites de demandeurs d'asile ou aucun document. Le reste utilise des permis de séjour qu'ils renouvellent périodiquement. Bien que le ministère de la Santé ait déclaré que les gens n'ont pas besoin d'un document d'identification sud-africain en vue d'accéder aux ARV, la recherche montre que les non-nationaux sont privés de traitement dans le secteur public. Certains sites insistent sur la présentation d'une pièce d'identité sud-africaine avant que la personne ne soit examinée. Ceci montre que des institutions mettent en œuvre leurs propres politiques qui vont à l'encontre de la législation en vigueur. Une étude plus large à Johannesburg a révélé que 80 pour cent des non-nationaux ont accès aux ARV dans les dispensaires des ONG, où on ne leur demande pas de documents. Refuser aux migrants l'accès aux soins de santé a des conséquences non seulement pour l'individu. A long terme, cela accroît aussi les problèmes de santé publique — des maladies infectieuses ne font pas de distinction. IPS: Pourquoi est-il important que les villes, Johannesburg en particulier, relèvent ce défi?

JV: Comme les migrations se poursuivront, en provenance des zones rurales et au-delà des frontières, la pression urbaine augmentera. Johannesburg, une ville avec une population de près de 4 millions d'habitants, a connu un accroissement de 20 pour cent depuis 2001. On estime que 6,2 pour cent de la population totale de la ville sont des migrants internationaux. Dans certains quartiers déshérités, plus de la moitié des résidents sont des étrangers. Ils s'ajoutent, dans la plupart des cas, aux 'citadins pauvres', tombant en marge de la santé et de la fourniture du bien-être social et comptant sur les moyens de subsistance dans l'économie informelle. Les administrations locales doivent planifier l'accroissement et mettre en œuvre des politiques qui protègent les groupes pauvres des villes, groupes qui comprennent un nombre croissant de demandeurs d'asile et de réfugiés.

Les migrations vers les zones urbaines mettent une pression croissante sur la capacité des administrations locales à répondre aux besoins de santé publique et de services sociaux des populations urbaines. Si les autorités locales créent un environnement qui comprend des réfugiés et des demandeurs d'asile, et respecte leurs droits, cela augmentera la probabilité pour que ce groupe devienne un atout économique et social pour la ville dans laquelle il vit. Les migrants peuvent bénéficier de leur ville seulement quand ils sont autorisés à continuer d'acquérir leurs droits de travailler librement et de s'intégrer. Plus tôt nous en reconnaissons l'opportunité, mieux vaudra pour chaque personne vivant dans la ville. IPS: Que signifie une croissance rapide pour une ville avec une forte prévalence du VIH?

JV: Dans le contexte d'un pays avec le nombre le plus élevé de personnes vivant avec le VIH dans le monde (5,5 millions) et où le taux de prévalence chez les adultes est estimé à 18,8 pour cent (ONUSIDA 2007), les migrations vers les villes augmentent la complexité. Les taux de prévalence sont les plus élevés dans les villes, et ce taux augmente dans les habitations informelles. On estime que presque 60 pour cent de la population sud-africaine sont des citadins et les taux de prévalence chez les adultes sont les plus élevés dans les zones urbaines: 9 pour cent dans les zones formelles urbaines, atteignant 18 pour cent dans les habitations informelles urbaines. Il a été dit que "bien que les villes soient des moteurs économiques, sociaux et culturels de l'activité humaine, elles constituent une mauvaise idée en termes biologiques". IPS: Quelles sont les barrières à la capacité des migrants à accéder à leurs droits?

JV: Bien qu'il y ait une politique protectrice, les institutions gouvernementales sont incapables de convertir les droits légaux en protection effective. Au nombre des raisons, figurent les échecs institutionnels, la dénégation des services sociaux et les abus de la police, ce qui se manifeste par l'ignorance, la xénophobie et la discrimination juridique. Le problème principal se trouve avec le ministère des Affaires intérieures puisque plusieurs migrants ne peuvent pas accéder aux documents officiels à cause de l'inefficacité au sein de ce département. Bien que la documentation ne puisse pas empêcher la discrimination, ni veiller sur l'exclusion sociale, ne pas avoir une telle documentation affecte la capacité d'un individu à revendiquer ses droits.