POPULATION/SUD-SOUDAN: Le planning familial vient de commencer

JUBA, 16 juil (IPS) – Avec peu de routes et presque aucune infrastructure sanitaire et éducative pour les quelque 10 millions d'habitants au Sud-Soudan — un recensement d'avril n'a encore publié aucun résultat — des membres du personnel soignant ont une tache énorme devant eux.

Le Sud-Soudan a connu 50 ans de guerre interrompue par juste une période de 10 ans de paix, avant que l'Accord de paix global de 2005 n'ait donné aux rebelles du sud le contrôle sur l'administration d'une région semi-autonome. Le gouvernement du Sud-Soudan — le plus jeune d'Afrique — a également gagné le contrôle de 50 pour cent de toutes les recettes pétrolières générées dans le sud: environ 1,5 milliard de dollars par an. Presque tout l'argent du gouvernement est dépensé pour entretenir une fonction publique trop ouverte et une ancienne armée de volontaires massive que les fonctionnaires de l'ONU devinent être autour de 160.000 hommes. L'accord de paix est fragile et les négociations constantes avec Khartoum sur sa mise en œuvre absorbent d'importantes quantités d'énergie politique. Apporter des idées presque totalement nouvelles comme le planning familial — et les structures nécessaires à sa mise en œuvre — paraît presque impossible. Mais avec le Sud-Soudan confronté au pire taux de mortalité maternelle au monde, avec 2.054 décès pour 100.000 naissances, — une femme sur 50 meurt — la pression, c'est de trouver des solutions. Le planning familial réduirait les grossesses non désirées, souvent les plus dangereuses pour les femmes, et aurait ainsi, en fin de compte, un impact sur le nombre de femmes qui meurent en accouchant, selon le directeur de la santé de la reproduction pour le Sud du Soudan, Makur Kariom. Le journaliste de IPS, Skye Wheeler, s'est entretenu avec lui au sujet des défis qu'il attend. IPS: Où en est maintenant le gouvernement du Sud du Soudan sur le planning familial?

Makur Kariom (MK): Il n'y a vraiment aucune politique sur le terrain actuellement. Dans l'avant-projet de document de politique générale sur la santé de la reproduction au Sud-Soudan, on a mentionné le planning familial comme l'une des questions importantes que le gouvernement doit aborder. Pendant ce temps, nous essayons de saisir toute opportunité pour parler aux gens, mères et parents à ce sujet. Mais nous voulons voir que les contraceptifs soient pleinement intégrés dans le système sanitaire d'ici à la fin de l'année prochaine. Ce sera un défi. IPS: Quel est actuellement le niveau de compréhension du planning familial dans le Sud?

MK: La prévalence des contraceptifs dans le Sud est au-dessous d'un pour cent, selon le Sondage des ménages du Sud-Soudan (réalisé conjointement par l'ONU et le gouvernement). A partir de ce chiffre, vous pouvez clairement voir à quel point la compréhension est faible. Ceci est dû au manque de connaissances adéquates sur l'importance de la contraception, et une la faible disponibilité, ainsi qu'au manque de personnel qualifié qui puisse transmettre les connaissances requises pour une décision libre et éclairée. Si vous allez dans les centres sociaux de soins de santé primaires dans les villages, vous verrez des piles de préservatifs dans les magasins. Personne ne les utilise. Il y a des questions culturelles qui sont en jeu. Des gens pensent que les contraceptifs concernent l'immoralité et la prostitution. Certaines personnes croient que leur utilisation est quelque chose d'importé de chez les Blancs qui cherchent à réduire notre population et certains pensent qu'en utilisant les préservatifs, vous ne pouvez pas jouir d'un rapport sexuel. Mais sans le planning familial, nous ne pourrons pas réduire notre taux élevé de mortalité maternelle. IPS: Il y a une question politique avec la population, au Sud-Soudan, n'est-ce pas?

MK: Notre peuple croit que plus vous avez d'enfants, plus vous devenez forts et plus vous serez respectés dans la famille et la société. Cela remonte à la nature de nos tribus, en particulier les tribus nilotiques (principalement pastorales). Si vous êtes plus nombreux, personne n'essayera de voler votre bétail ou de vous combattre. Alors cet élément fait partie de notre peuple et a été renforcé par la guerre. Ayant perdu plus de deux millions de personnes signifie que notre population a baissé et nous devons compenser. La menace de guerre est toujours là avec le nord, nous ne serons pas capables d'affronter cette menace, à moins que nous ayons plusieurs hommes forts pour combattre. Personnellement, je pense que nous devrions faire moins d'enfants et au fil du temps le nombre augmentera et ici, vous aurez atteint une croissance élevée de la population et une population en bonne santé au même moment. Ce n'est pas facile de faire accepter cette idée à la population, mais je pense qu'au fil du temps, ils l'accepteront. Des gens commencent déjà à sentir le poids économique d'avoir une personne avec un travail du nouveau gouvernement et toute une famille d'environ 20 personnes dépendant d'eux. En tant que gouvernement, nous ne disons pas aux gens d'avoir des familles plus réduites. C'est plus facile de leur dire si vous voulez plus ou moins d'enfants, c'est votre choix, mais essayez de planifier et d'utiliser les petites ressources dont nous disposons de la manière la plus judicieuse. IPS: Par où pouvez-vous commencer, en ayant à l'esprit que 92 pour cent des femmes du Sud sont analphabètes?

MK: Vous commencez par des services de santé. C'est la meilleure chose dont il faut parler aux gens. Par ailleurs, nous utiliserons d'importantes personnalités dans les communautés comme les chefs et les sages-femmes traditionnelles, des personnes qui inspirent confiance au peuple. Nous formerons ces personnes et ensuite, elles peuvent transmettre ce savoir. IPS: Quelle est la bonne nouvelle?

La plupart des contraceptifs, des contraceptifs oraux aux méthodes de contraception locale, sont disponibles gratuitement dans des hôpitaux ainsi que certains dispensaires et centres de santé, et peuvent également être achetés au marché. Nous n'avons pas les chiffres, mais selon les personnes travaillant dans le domaine du VIH, il y a une augmentation sur le marché de préservatifs. Et le travail d'information se poursuit très bien dans l'armée. Ils le prennent très au sérieux. Ils en parlent lors de leurs parades quotidiennes.