ANTANANARIVO, 11 juil (IPS) – L'eau potable est une ressource rare à Madagascar. Le manque d'eau et d'assainissement dans la grande île, y compris dans la capitale malgache Antananarivo, nécessite des investissements financiers importants pour améliorer le faible taux actuel de desserte.
Les habitants du quartier de Tsaramasay-Ankazomanga dans la ville d'Antananarivo se réveillent tôt le matin avant 5 heures, heure prévue pour l'ouverture de la borne fontaine, la seule qui approvisionne les habitants. Tous les jours, une longue queue se forme dans ce quartier, parmi les quartiers les plus pauvres de la capitale.
La famille de Rasojarison, un commerçant ambulant, a de la peine à bénéficier d'un seau de 10 litres d'eau. “C'est difficile pour nous de nous adapter aux horaires fixés par le chef quartier. Chercher de l'eau devient une tâche pénible au quotidien malgré la cotisation mensuelle de 500 Ariary (Ar, environ 0,3 dollar) qu'on doit payer”, déclare à IPS, Emile Rasojarison qui rate toujours les horaires car il doit aller travailler.
Selon Rasojarison, c'est le matin qu'il remplit deux seaux qu'il dépose chez lui. Pour le reste de la journée, il cherche chez les voisins en cas de besoin en eau supplémentaire, où il essaie d'en trouver là où il va vendre.
Dans ce quartier, la borne fontaine s'ouvre de 5h à 8h le matin, de 12h à 14h à midi et de 17h à 18h30 le soir : un emploi du temps inadapté à cette population défavorisée.
Un autre problème pour Rasojarison et sa famille : le manque d'infrastructures sanitaires dans le quartier de Tsaramasay-Ankazomanga qui compte 4000 habitants. “Nous ne disposons pas de latrines, faute de moyens. Nous devons payer une somme pour faire nos besoins dans une toilette publique, la seule pour toute une population”, ajoute Jeannine Rasoarimalala, l'épouse de Rasojarison.
De son côté, la population d'Ankorondrano-Andranomahery se plaint de la mauvaise gestion de la borne fontaine. “Les horaires d'ouverture ne sont pas applicables pour mon emploi du temps”, souligne Séraphine Rafenomanana, une lavandière qui travaille au jour le jour en faisant la lessive du quartier.
Malgré ses 50 ans, cette dame doit se courber tous les jours pour laver et subvenir aux besoins de sa famille de six enfants. “Notre quartier manque désespérément de lavoirs. Nous, les lavandières, avons pris la peine de se cotiser, mais les responsables annoncent que les terrains manquent pour un quelconque projet de construction (de lavoirs). Ce qui nous prend au dépourvu”, déplore-t-elle.
Le problème d'accès à l'eau et à l'assainissement sévit déjà dans les milieux urbains à Madagascar. Selon les chiffres officiels, 66 pour cent des habitants en milieu urbain ont accès à l'eau potable, contre seulement 14 pour cent en milieu rural.
Le calvaire des paysans est énorme dans la commune d'Ankadivorobe située à 100 kilomètres à l'est d'Antananarivo et compte quelque 60.000 habitants. Le quartier de Soalandy, avec ses 6.000 résidents environ, n'a pas de borne fontaine, et seuls les puits constituent une source d'eau pour ses habitants.
“Durant la période sèche, nous avons de difficulté à remplir un seau d'eau. Nous devons suivre des canaux et y puiser de l'eau qui n'est pas sûre pour la consommation”, se lamente Félicie Felana Ravaomanalina, une paysanne de Soalandy. Ce sont des canaux d'irrigation érigés par des paysans pour leur riziculture. Elle relève néanmoins que l'eau et l'assainissement restent des sujets de convoitise des hommes politiques durant leur propagande électorale sans que leur promesse soit honorée.
La population de Manjakandriana, une ville située à l'est de Antananarivo, souffre également de manque d'eau, notamment en automne (août-octobre). “Malgré une cotisation de Ar 2.000 (1,2 dollar) par mois, nous avons du mal à nous rafraîchir à cause de la vétusté des infrastructures liées à l'eau”, déclare à IPS, Fanjanirina Ravoarinelina, une vendeuse de légumes dans cette ville.
Pour faire la lessive, elle doit aller vers des rivières les plus proches car les lavoirs publics n'y existent pas.
Selon Patrick Razakamananifidy, secrétaire général du ministère de l'Energie et des Mines le réseau de distribution d'eau est insuffisant pour Madagascar, et notamment dans la capitale. Un projet financé par l'Union européenne, dénommé 'Water II' d'une valeur de 47 millions de dollars, est en cours pour améliorer ce réseau qui peut satisfaire 500.000 bénéficiaires.
En outre, ajoute-t-il, Madagascar manque de personnel pour assurer la gestion de l'eau et l'assainissement. Et si les bornes fontaines sont gérées par des organisations non gouvernementales ou les communes, elles ne disposent pas assez d'expérience pour une gestion correcte de ces infrastructures.
Besoin de financement Les priorités de Madagascar sont bien définies pour l'assainissement dans le Madagascar action plan (MAP), un document-cadre réalisé par le gouvernement pour la réduction de la pauvreté sur cinq ans (2007-2012). Mais l'investissement pour atteindre les objectifs reste limité.
Le groupe de la Banque africaine de développement (BAD) vient d'allouer un prêt de 97 millions de dollars à Madagascar dans le cadre de son appui budgétaire dont une partie sera destinée à l'eau et à l'assainissement. Ce financement, qui arrive à point nommé, couvrira pour une période de 30 mois à partir de juillet 2008, selon un communiqué de la BAD daté du 2 juillet. “Ce financement permettra à Madagascar d'accélérer son programme national d'accès à l'eau et à l'assainissement qui a pour objectif de couvrir 7,6 millions d'habitants dans les milieux urbain et rural confondus”, explique Raharimanantsoa, directeur de l'eau au ministère de l'Energie et Mines.
La population malgache espère un redressement de la situation dans le secteur de l'eau et de l'assainissement. “Nous espérons finalement que chaque ménage accèdera à un minimum d'eau potable”, déclare Rasojarison qui ne rêve que de cela. La direction malgache de l'eau est en train de rédiger un calendrier qui sera soumis bientôt à la BAD avant le déblocage des fonds, indique Raharimanantsoa. “Les 22 régions (du pays) sont actuellement encouragées à fixer des objectifs chiffrés pour obtenir des résultats vérifiables”, souligne Herivelo Rakotondrainibe, coordinateur national du Comité Wash, un programme national pour l'amélioration de l'hygiène, de l'eau et de l'assainissement. Selon lui, les régions doivent elles-mêmes inclure, dans un document régional de développement, les besoins de la population en termes d'eau et d'assainissement.

