NATIONS UNIES, 10 juil (IPS) – Les efforts américains et européens d'obtenir l'unanimité parmi les 15 membres du Conseil de sécurité de l'ONU pour adopter une résolution de sanctions contre le président zimbabwéen, Robert Mugabe, et ses conseillers se heurtent à l'opposition des dirigeants africains qui soutiennent qu'elle ne fera qu'augmenter les tensions là-bas et dans les pays voisins.
"Il n'y aucune unanimité au conseil à ce sujet", a reconnu l'ambassadeur britannique, John Sawers, après que le Conseil de sécurité s'est réuni sur le Zimbabwe mardi. "Ma délégation soutient cette résolution et veut la voir adoptée aussitôt que possible". "La déclaration publiée par le G8 mardi indique clairement qu'ils ont déploré les violences qu'ils ont vues et soutiennent la médiation qui est en cours et qui doit être renforcée par un envoyé de l'ONU", a-t-il ajouté, se référant au Groupe des huit pays les plus industrialisés, qui se sont réunis cette semaine au Japon. Le Conseil de sécurité doit voter le projet de résolution soutenu par les Etats-Unis dans le courant de cette semaine. L'ambassadeur français, Jean-Maurice Ripert, a déclaré aux journalistes que les partisans de la résolution avaient obtenu neuf voix, bien que la Russie, qui détient le droit de veto au conseil, ne fasse pas partie d'eux, et son ambassadeur a exprimé des réserves par rapport au projet. Le parti de l'opposition du Zimbabwe, le Mouvement pour le changement démocratique, a gagné plus de voix que la ZANU-PF de Mugabe au premier tour de l’élection présidentielle de mars, mais n'a pas pu obtenir une majorité absolue. Son leader, Morgan Tsvangirai, s'est retiré d'un second tour prévu juste quelques jours avant sa tenue, invoquant les violences généralisées contre ses partisans. Mugabe prétend avoir gagné 85 pour cent des suffrages exprimés au dernier scrutin du 27 juin. L'ambassadeur sud-africain, Dumisani Kumalo, a dit que le Conseil de sécurité devrait soutenir les efforts actuels de médiation vers une solution politique. "L'Union africaine a catégoriquement affirmé que nous n'avons pas besoin de sanctions contre le Zimbabwe. En effet, plusieurs chefs d'Etat, y compris le président de l'Union africaine, qui étaient à Tokyo, ont adressé ce message aux dirigeants du G8", a-t-il dit. "Nous disons de ne pas prendre des mesures qui vont compliquer la situation et feront éclater littéralement le pays". Kumalo a déclaré qu'il y a plusieurs problèmes avec les sanctions proposées, lesquelles comprennent un embargo sur les armes et un gel des avoirs personnels de Mugabe et de 11 autres hauts fonctionnaires du gouvernement. "D'abord, cette résolution soutient que la situation au Zimbabwe est une menace à la paix et la sécurité internationales, mais l'Union africaine n'y croit pas, les chefs d'Etat qui étaient à Tokyo n'y croient pas, et les pays voisins n'y croient pas", a-t-il souligné. "Ensuite, cette résolution est sous le Chapitre sept [de la Charte de l'ONU]… Elle dit qu'ils veulent certifier le vote du premier tour [gagné par Tsvangirai]", a indiqué Kumalo. "Si le Conseil de sécurité va maintenant dans des pays et commence à certifier une partie de l'élection, où allons-nous nous arrêter?" Kumalo a également critiqué l'approche des pays européens sur la crise du Zimbabwe de ne pas être impartiale. "L'Union européenne, à travers son président, a déclaré ouvertement qu'ils veulent voir le leader de l'opposition comme président du Zimbabwe. Maintenant, une fois que vous faites cela, vous créez des problèmes parce que nous voulons que le peuple du Zimbabwe choisisse le président à travers des élections libres et équitables, sans violence et intimidation". "L'organisation régionale a demandé à l'Afrique du Sud de faciliter la médiation ensemble avec l'Angola, et nous rendons compte, tous les deux, à l'Union africaine, qui rend compte à l'ONU", a affirmé Kumalo. "Les Européens insinuent que nous avons besoin d'un nouveau médiateur qui va venir imposer le candidat au peuple. Cela crée juste des problèmes. Nous sommes des voisins et nous savons ce dont nous parlons". Toutefois, l'ambassadeur américain, Zalmay Khalilzad, a indiqué que l'objectif des sanctions est de mettre la pression sur ceux "qui détiennent les cartes… ceux qui doivent changer leur attitude pour qu'il y ait de progrès, et ceux-là sont les 12 personnes qui sont visées dans des sanctions adaptées". Khalilzad a affirmé qu'il espère un vote sur cette résolution cette semaine. "Nous soutenons la médiation, mais la médiation n'a pas été efficace telle qu'elle a été conduite jusqu'ici. Elle est en cours depuis longtemps et alors, dans le but de rendre cette médiation plus efficace, nous ajoutons certains éléments à l'équation selon laquelle il devrait y avoir davantage un rôle d'appui de l'ONU, et c'est pourquoi nous disons que le secrétaire général devrait nommer quelqu'un". La secrétaire générale adjointe, Asha-Rose Migiro, a transmis le message du secrétaire général selon lequel la crise au Zimbabwe représente "un moment de vérité" pour la démocratie sur le continent. "Le problème du Zimbabwe représente un défi pour le monde. Lorsqu'une élection est conduite dans une atmosphère de peur et de violence, son résultat ne peut pas avoir une légitimité qui n'est pas fondée sur la volonté du peuple", a déclaré Migiro suite à la réunion du Conseil de sécurité. Elle a ajouté que la question de si oui ou non il faut imposer des sanctions revient aux Etats membres de l'ONU.
"Concernant les suggestions selon lesquelles l'ONU peut s'impliquer davantage avec un envoyé de haut niveau pour faciliter le processus de médiation", a-t-elle souligné, " cette suggestion a été discutée et le secrétaire général sera ouvert à toutes les suggestions qui conduiront à une solution de la crise". *(Avec d'autres reportages de Katie Vandever aux Nations Unies).

