GORE, sud du Tchad, 12 juil (IPS) – Clarisse Larlombaye était presque ruinée lorsqu'un troupeau de vaches est entré dans son champ de riz [une nuit]. Le petit lopin de terre, de 900 mètres carrés, à l'extérieur du camp de réfugiés de Gongje dirigé par l'ONU, dans le sud du Tchad luxuriant, est la seule source de revenu de Larlombaye et des deux autres réfugiés centrafricains avec lesquels elle le partage.
Ces dernières années, Larlombaye et ses co-agriculteurs ont obtenu chacun une moyenne de 225 kilogrammes de riz par an de leur petit lopin de terre. Larlombaye a déclaré qu'elle et sa famille mangent d'habitude les deux tiers; l'autre tiers, elle vend pour environ 75 dollars le kilogramme dans des marchés locaux. Mais les vaches en divagation lui ont laissé juste 70 kilogrammes l'année dernière, à peine suffisant pour nourrir elle-même et sa famille. Les ennuis de Larlombaye avec la catastrophe sont très bien courants dans le sud du Tchad, où 60.000 réfugiés centrafricains rivalisent avec les autochtones, et avec les uns les autres, pour obtenir de la terre. La crise croissante s'accompagne de l'escalade des tensions dans l'est du Tchad entre 250.000 réfugiés du Darfour et des autochtones au sujet de la rareté de l'eau et du bois de chauffage. Des animaux féroces qui s'introduisent dans les terres cultivées ne sont pas un problème nouveau au Tchad. Mais les incidents deviennent plus fréquents et litigieux, spécialement dans et autour des camps de réfugiés dans le sud. Malgré la tension, l'ONU a annoncé ses quatre complexes de camps dans le sud du Tchad — qui abritent des réfugiés fuyant des troubles dans le nord de la République centrafricaine — comme des modèles d'autosuffisance agricole, comparés spécialement aux camps dans l'est, qui dépendent toujours beaucoup des aides alimentaires canalisées à travers le Programme alimentaire mondial de l'ONU. La luxuriance relative du sud du Tchad comparée à l'est aride est importante. "Le sud du Tchad n'est pas une région saharienne. C'est un endroit où vous pouvez faire de l'agriculture", a déclaré Serge Male, le représentant du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) au Tchad. Male a affirmé que depuis trois ans que les camps du sud ont été créés, les programmes agricoles administrés par l'ONU ont réduit l'aide alimentaire extérieure à un minimum. Dans un complexe de camp près de la ville de Gore, à 40 kilomètres au nord de la frontière centrafricaine, environ 4.300 agriculteurs réfugiés et 1.700 bergers nourrissent environ 24.000 autres réfugiés. Bon nombre d'agriculteurs et de bergers ont même mis assez de côté pour vendre des vivres et du bétail sur le marché libre, gagnant jusqu'à 25 dollars pour un carton de 100 kilogrammes d'arachides et 150 dollars pour une tête de bétail. Dans le sud, l'aide alimentaire est réservée aux malades et personnes âgées, aux mères célibataires et autres "populations vulnérables". Mais l'autosuffisance alimentaire des réfugiés centrafricains est menacée par les pénuries de terres… et par de mauvaises relations entre les agriculteurs et les bergers à l'intérieur et à l'extérieur des camps. Le champ de riz de Larlombaye n'est pas le seul à être ravagé par des troupeaux l'année dernière. Pour plusieurs agriculteurs à Gore, notamment les résidents non réfugiés, c'est la plainte numéro un. Etienne N'Doubatar, président d'une coopérative locale, non réfugiée de production de riz, a indiqué que les animaux errent la nuit lorsque leurs bergers sont endormis. Que peuvent faire N'Doubatar et d'autres agriculteurs? Il a haussé les épaules lorsqu'on le lui a demandé. "Attraper et libérer", a-t-il dit. Avec des pénuries d'équipements et d'outils de toutes sortes, il est difficile de construire des clôtures. Les bergers ont leurs propres rognes. Ils disent que leurs troupeaux ont faim. Avec le nombre de réfugiés et d'animaux qui augmente progressivement — le Tchad a accepté 10.000 autres réfugiés centrafricains cette année — les bergers doivent maintenant marcher jusqu'à 15 kilomètres avec leurs animaux pour trouver du fourrage. Et il n'y a aucun enclos dans et autour des camps, du fait encore des pénuries d'outils et d'équipements — et d'espace. Pis, selon Ali Moussa, un berger réfugié, ce sont les accusations. Il indique que lorsqu'il y a une dispute au sujet des animaux détachés, elle devrait être réglée comme "entre amis". Mais quand les agriculteurs découvrent que leurs cultures ont été mâchées jusqu'aux racines pendant la nuit, ils ont tendance à faire de "fausses accusations", pointant du doigt les bergers les plus proches, sans preuves. L'ONU a encouragé la médiation. "Il y a des mécanismes locaux — des comités mixtes composés d'autochtones et de réfugiés — pour régler les problèmes des troupeaux", a affirmé Amadou Boubacar, un expert agricole travaillant pour le HCR à Gore. Il a dit que les comités sponsorisés par l'ONU ont réussi à parer à d'importantes violences relatives aux animaux en divagation. Mais ces comités ne peuvent pas résoudre les causes sous-jacentes du conflit. Il n'y a pas assez de terres utiles. Boubacar a souligné le côté "utile". Le sud du Tchad ne semble pas surpeuplé, mais la forêt dense rend une grande partie des terres non pratiques à l'agriculture, y compris à la production animale. Une solution est d'apporter des tracteurs pour aider à défricher plus de terres. Mais avec les agriculteurs locaux qui s'endettent pour se procurer de simples charrues tirées par des animaux, lesquelles peuvent coûter jusqu'à 1.000 dollars localement, personne ne peut acheter des tracteurs. Le groupe humanitaire Africare, qui fournit de l'expertise agricole aux bureaux locaux de l'ONU, a des tracteurs qu'il prête — mais il n'y en a pas assez pour en prendre. Le 8 juillet, le producteur du riz N'Doubatar a obtenu les services d'un tracteur pour transformer un ancien champ de riz, mais ailleurs dans la région, des agriculteurs préparaient des champs à la main, dans certains cas, attendant en rangées longues de dix mètres pour utiliser des houes rares. La solution de l'agriculteur réfugié Kondjom Joker est plus simple, mais en définitive, moins durable. Il a déclaré que même après une longue journée de travail, il se lève la nuit, marchant dans son champ de 18 hectares récemment planté, faisant une patrouille pour des vaches.

