ROME, 12 juin (IPS) – "Nous ne devrions pas être tellement surprises que nous soyons tenues à distance", déclare Jane Ransom, directrice exécutive de la Fondation internationale des femmes exerçant dans les médias (IWMF), se référant à l'absence de femmes leaders dans les organes de presse.
"Nous avons quelques générations de femmes instruites, libres", indique-t-elle, mais ceci doit être considéré dans un contexte de plusieurs générations précédentes dans lesquelles des femmes sont exclues du journalisme. "Des hommes contrôlent toujours la plupart des médias, et la plupart des structures culturelles, financières, et politiques sont toujours dominées par des hommes", dit-elle. Selon le rapport "Les femmes font l'info 2008", publié par l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), "Le progrès des carrières des femmes journalistes est toujours entravé par des stéréotypes persistants et une discrimination subtile. Les femmes journalistes continuent de faire face à d'importants obstacles pour une pleine participation dans la salle de rédaction — en particulier en termes d'opportunités de gestion". Cette "idéologie patriarcale" semble omniprésente et liée à la culture dans les secteurs médiatiques de plusieurs pays. La rédactrice en chef de 'Mail & Guardian' d'Afrique du Sud, Ferial Haffajee, déclare qu'une étude de 2006 sur le niveau professionnel où les femmes ont tendance à plafonner, publiée par le Forum national des rédacteurs en chef et l'ONG Genderlinks, a trouvé que "le plus grand contingent de presse en Afrique du Sud traîne en arrière, que le nombre de femmes à des postes élevés n'est pas près de l'égalité, et que les femmes elles-mêmes pensent toujours habiter dans des lieux de travail patriarcaux". Il semble que l'accès des femmes aux universités et aux salles de rédaction est plus ou moins égal, mais à un certain niveau, leur évolution s'arrête. Les femmes "choisissent-elles de se retirer" ou sont-elles "poussées dehors"? "Des femmes sont évincées à cause des heures de travail non favorables, non soucieuses des enfants", déclare Haffajee. "Des propriétaires n'ont pas créé des crèches ou fait des arrangements de travail qui permettent aux femmes de s'épanouir et de monter; le journalisme demande de gros efforts. Des articles viennent à des moments inopportuns, l'heure de bouclage est au-delà des heures sociétales normales, les dispositions des congés de maternité sont insuffisantes. Le manque de congés de maternité payés et les heures non sociables du journalisme se sont réellement révélés être d'énormes facteurs répulsifs".
Ransom est de cet avis. "Mon observation est que les femmes des médias ont d'autres défis spéciaux", a-t-elle dit à IPS. "Comparées aux femmes dans d'autres professions clés, telles que le droit et la finance, je pense que les femmes journalistes reçoivent moins de soutien institutionnel se préoccupant de l'avancement professionnel, de l'équilibre vie professionnelle-vie privée et de formation professionnelle". "(Les informations) sont fragmentaires et les comparaisons sont difficiles. Mais le tableau général brossé par les études dont nous sommes informés, est troublant, avec la marginalisation professionnelle des femmes, un fil résistant qui passe à travers les conclusions à la fois dans les pays en développement et les pays développés", ajoute-elle. "Nous en avons beaucoup entendu auprès des femmes journalistes à travers le monde. Un fait important que nous avons appris est que des organes de presse ne sont pas très soucieux de la famille", affirme Ransom. "Les femmes journalistes se sentent obligées de choisir entre le travail et la famille. Par exemple, l'IWMF a organisé un stage de formation au leadership pour les femmes journalistes en provenance des anciennes Républiques soviétiques, juste le mois dernier. Les participantes étaient convaincues que vous ne pouvez pas avancer dans les médias si vous avez des enfants". Cependant, Haffajee fait remarquer qu'il y a eu une vague de nominations de femmes rédactrices en chef à travers l'Afrique, et quelques raisons d'être optimiste. Au 'Mail & Guardian', déclare-t-elle, "Le visage du rédacteur en chef avait toujours été masculin… Le contexte politique de mon pays y a beaucoup contribué : l'ANC (le Congrès national africain) a accompli une mission non-sexiste. C'est une pierre angulaire de notre constitution et le parti au pouvoir a poussé fort pour permettre aux femmes de prendre leurs places en politique et dans le secteur privé… Alors, ce contexte a permis au filet d'être élargi lorsque mon prédécesseur Mondli Makhanya a quitté". "Depuis ma nomination, plusieurs femmes sont devenues rédactrices en chef, comme Phyllicia Oppelt au 'Daily Dispatch'; Zingisa Mkhuma au 'Pretoria News'; Lizeka Mda comme adjointe au 'City Press'. Des femmes dirigent des stations de radio. Debra Patta est rédactrice en chef de la plus grande station de télévision privée", souligne Haffajee. "J'ai rencontré certaines femmes phénoménales qui gèrent leurs propres agences ou dirigent leurs propres journaux comme Pat Mwase et Zarina Geloo en Zambie, Rosemary Okello au Kenya, avec Lucy Oriang". Suffisant? Difficile à dire. L'IWMF est à l'étape d'ébauche d'un rapport mondial sur les femmes dans les médias. Mais Ransom demeure sceptique. "J'espère que nous trouverons certains domaines de progrès sur lesquels nous pouvons bâtir… (Mais) je ne serais pas surprise si les tendances révèlent de progrès figés dans certains domaines importants, également", conclut-elle. *(C'est la seconde partie d'un rapport à deux parties sur les femmes dans les médias, réalisé en collaboration avec Aldo Ciummo à Rome. Miren Gutierrez est la rédactrice en chef de IPS).

