SAGNARIGU, nord du Ghana, 13 juin (IPS) – Dans le nord du Ghana, une région pauvre et essentiellement rurale, des femmes produisent du savon à base de beurre de karité grâce à une coopérative soutenue par des donateurs internationaux. Dans le village de Sagnarigu, l'initiative a rendu le sourire à Habiba, âgée de 45 ans.
“Partout où j'allais, les gens riaient de moi et m'appelaient 'Habiba la bouche vide'. J'étais toujours très embarrassée”, déclare Habiba Alhassan. “Je ne voulais jamais sourire ou ouvrir la bouche en public et lorsqu'on me prenait en photo, je gardais les lèvres serrées pour ne pas paraître laide”. Habiba, qui avait perdu ses dents de devant, a toujours été la cible de moqueries dans son village, mais sa vie a commencé à changer l'an dernier, lorsqu'elle a rejoint la coopérative locale qui produit des savons à base de beurre de karité.
En moins de six mois, elle a pu économiser près de 300 dollars (environ 195 euros) et faire remplacer ses dents manquantes. “Personne ne me croyait lorsque je disais que je voulais soigner mes dents, mais j'y suis arrivée”, explique-t-elle avec fierté. “Avant, avec mon petit commerce de boissons au cacao, je parvenais à peine à réunir de quoi me nourrir”.
La coopérative pour laquelle elle travaille, qui est connue dans la région sous le nom anglais de “Ideal Woman Shea Butter Producers and Pickers Association”, est une initiative soutenue par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et le gouvernement japonais, à travers son programme issu de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD).
“Ce qui est arrivé à Habiba est un des exemples des efforts de promotion qui visent les femmes rurales et la lutte contre la pauvreté dans le nord du Ghana”, explique Adisa Lansah Yakubu, qui dirige l'association “Africa 2000 Network”, en charge de la mise en place de programmes d'aide dans cette région, l'une des plus pauvres du pays.
Ici, l'essentiel de la population vit de l'agriculture, mais ces dernières années, les récoltes ont été pauvres en raison de périodes d'intenses sécheresses et de l'affaiblissement de la qualité des sols à cause de mauvaises pratiques agricoles. En 1998, une étude du Fonds international de développement agricole (FIDA), un organisme des Nations Unies, avait constaté que les femmes constituaient près de 80 pour cent de la main d'œuvre agricole.
Bien qu'elles travaillent souvent deux fois plus que les hommes dans les champs, la plupart des femmes de la région n'ont pourtant pas accès à la propriété de la terre. Elles n'ont en outre pas de droit de regard sur la manière dont est dépensé l'argent du ménage et n'ont bien souvent pas accès aux soins médicaux, à l'éducation ou aux micro-crédits pour développer une activité.
Cependant, la région possède une richesse : le beurre extrait du fruit du karité, un arbre qui pousse en abondance dans le nord du pays. L'ingrédient est très prisé dans le secteur cosmétique, notamment pour la fabrication post-shampooing, mais il est aussi très demandé dans l'industrie du chocolat, où il est utilisé comme substitut au beurre de cacao. Le karité ne pousse que dans les savanes africaines et on le trouve facilement dans la région semi-aride du nord du Ghana.
Maîtriser la production Près de 600.000 femmes travaillent dans le secteur du beurre de karité dans le nord du pays, mais cette activité n'a pas toujours été très rentable dans la région, parce que la plupart des travailleuses utilisaient des techniques anciennes et peu adaptées. L'un des objectifs du programme soutenu par le PNUD et la TICAD a donc été d'offrir à ces femmes des centres de formation à des techniques plus modernes et durables. Aujourd'hui, six centres ont ouvert leurs portes dans la région grâce au soutien des donateurs.
“Le beurre de karité que nous produisons à présent est sans résidu et très pur”, affirme Fulera Yakubu, l'une des 200 femmes formées dans l'un de ces centres. “Grâce à cette qualité, le produit peut maintenant être vendu sur le marché international”, ajoute-t-elle. La coopérative vend du beurre de karité et des savons au Japon, aux Etats-Unis, en Allemagne, au Danemark et en Suisse. “En travaillant ensemble, on peut produire davantage, vendre davantage et demander de l'assistance en tant que groupe”, poursuit Fulera. “Avant, on réalisait un profit de deux dollars pour 100 kilos de beurre de karité. Aujourd'hui, nous sommes passées à 10 dollars pour 100 kilos”.
La coopérative a changé la vie de ces femmes rurales. “Avant de rejoindre le commerce du beurre de karité, j'étais très pauvre et je n'avais même pas d'argent pour m'acheter des vêtements”, déclare Azaru Imoru, une autre travailleuse. “J'avais dû retirer mon enfant de l'école après la mort de mon mari, mais il est maintenant retourné en classe. J'ai même pu lui acheter une bicyclette”, se réjouit-elle.
Pour la responsable Lansah Yakubu, les progrès apportés par la coopérative concernent surtout les veuves, dont la belle-famille a souvent repris possession des terres à la mort du mari. “Certaines ont été chassées de la maison qu'elles occupaient et se sont retrouvées du jour au lendemain sans argent pour construire une autre habitation”, explique-t-elle.
En outre, en améliorant les revenus des femmes, c'est également la situation des enfants qui s'améliore, souligne-t-elle. “Le revenu des femmes détermine ce qu'elles donneront à manger à leur famille. Avec plus d'argent, elles améliorent la qualité nutritionnelle des repas et réduisent aussi les risques de mortalité liés à une alimentation insuffisante”, ajoute-t-elle.

