YAOUNDE, 31 mars (IPS) – Les passions autour du débat sur un projet de révision de la constitution au Cameroun ont baissé d'intensité après des violences provoquées par marches de protestation non autorisées de l'opposition, réprimées par la police en février, à Douala, la métropole économique du pays.
De nombreux leaders des partis d'opposition, favorables au projet de révision constitutionnelle envisagé par le président camerounais Paul Biya, montent au créneau pour défendre leur position. Mais avec cependant des motivations parfois différentes de celles du parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC).
“Je soutiens la thèse de la modification de la constitution simplement parce que la limitation du mandat présidentiel annonce en toile de fond le changement d'un régime, quel qu'il soit. Je la considère comme un tremblement de terre politique qui secoue d'abord la capitale, c'est-à-dire l'épicentre qui touche les réverbères de toute la nation”, a déclaré à IPS, Issa Tchiroma Bakary, président du Front national pour le salut du Cameroun. Ancien prisonnier politique pendant six ans à la suite du putsch manqué du 6 avril 1984 contre Biya, cet ancien ministre des Transports et transfuge de l'Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) a été le modérateur de la Coalition des partis politiques de l'opposition en 2004. L'UNDP est un parti allié de la mouvance présidentielle au pouvoir dans ce pays d'Afrique centrale. “Dans la constitution”, souligne Bakary, “il est dit qu'en cas de vacance de pouvoir à la présidence, le successeur constitutionnel dispose de 45 jours pour organiser des élections présidentielles. C'est un délai extrêmement court, qui risque d'entraîner la nation dans des errances”. Cette opinion conforte apparemment le RDPC qui a saisi mardi dernier l'occasion des festivités de son 23ème anniversaire pour recommander à ses militants une mobilisation en faveur du projet de révision. Il réclame principalement une modification de l'alinéa 2 de l'article 6 de la constitution qui dispose que “le président de la République est élu pour un mandat de sept ans, renouvelable une fois”.
Pour sa part, dans son discours à la nation le 31 décembre 2007, le président Biya avait notamment déclaré : “Bien que la prochaine élection présidentielle ne doive avoir lieu qu'en 2011, il est normal et même encourageant que les Camerounais s'intéressent à ce problème puisque c'est de l'avenir de leurs institutions qu'il s'agit. De toutes nos provinces, de nombreux appels favorables à une révision me parviennent. Je n'y suis évidemment pas insensible”. Soulignant que l'article 6 apporte une “limitation à la volonté populaire, qui s'accorde mal avec l'idée même de choix démocratique”, Biya avait clairement annoncé la décision de “réexaminer les dispositions de notre constitution qui mériteraient d'être harmonisées avec les avancées récentes de notre système démocratique afin de répondre aux attentes de la grande majorité de notre population”.
De son côté, le principal parti de l'opposition, le 'Social Democratic Front' (SDF), rejette la décision de réviser la constitution. Son secrétaire général, Elizabeth Tamajong, interrogée par IPS, la juge “inopportune”. “Notre position est claire : nous ne sommes pas contre la révision de la constitution; c'est un processus appliqué par tous les pays du monde. Mais, toutes les dispositions de la constitution de 1996 ne sont pas appliquées”, affirme-t-elle, avant de demander : “Pourquoi ont-ils attendu tant d'années pour vouloir en entreprendre la modification? Pourquoi maintenant?”. Pour Tamajong, “Ils doivent écouter le peuple. Celui-ci est contre cette initiative qui vise à permettre à Paul Biya de se maintenir éternellement au pouvoir. La révision de la constitution n'est pas nécessaire avant les élections présidentielles de 2011”. Selon elle, “Ce qui est important aujourd'hui, c'est la mise en place, comme gage de transparence, d'un organe véritablement indépendant chargé de l'organisation et de la gestion des élections”. Mathias Eric Owona Nguini, un politologue enseignant à l'Université de Yaoundé II, souligne à IPS “une espèce de distorsion entre l'esprit qui a prévalu pour faire adopter cette constitution et sa pratique”. Ce qui crée, selon lui, des soupçons d'une “application opportuniste” d'une éventuelle procédure de révision constitutionnelle. Il a rappelé un “esprit de compromis entre les forces du pouvoir et celles de l'opposition, qui était destiné à restaurer de manière durable une accalmie politique et institutionnelle dans un Cameroun longtemps agité par les divergences de la transition vers la démocratie” au début des années 1990. Selon Owona Nguini, il était question, à l'époque, de conduire le pays vers une “modernisation démocratique des institutions”. Pour cela, il avait été prévu de “domestiquer l'organe présidentiel qui, dans l'histoire constitutionnelle et institutionnelle du Cameroun, était présenté sous une forme jupitérienne, démiurgique et quasi-divine”. Par exemple, a-t-il expliqué, le président de la République était considéré comme le “père de la nation”. Son pouvoir était puissant et ses décisions ne souffraient d'aucune contestation. Mais, “la pratique de la constitution de 1996 s'est révélée particulièrement marquée par la prééminence de la fonction présidentielle”, estime Owona Nguini, ajoutant qu'elle a ainsi occulté la mise en place “d'autres institutions conçues comme des organes constitutionnels devant faire office de contrepoids à la prépondérance de la fonction présidentielle”. Il s'agit notamment du sénat et du Conseil constitutionnel.
Quatrième force politique à l'Assemblée nationale avec quatre députés sur un total de 180, derrière le RDPC qui en compte 153, le SDF (16) et l'UNDP (six), l'Union démocratique du Cameroun (UDC) — un parti de l'opposition — prône une révision de la constitution qu'elle décrit comme une “opération de réduction, voire d'élimination de la personnalisation du pouvoir”. Au cours de la session parlementaire en cours, l'UDC a introduit une proposition visant à “s'inscrire dans la tradition démocratique et de l'alternance pacifique et démocratique que garantissent les règles de jeu claires et les méthodes consolidant la transparence”. Il propose que le président soit élu pour un mandat de cinq ans, renouvelable une fois, au lieu de sept ans actuellement. Il milite également pour un renforcement des pouvoirs du Premier ministre.
De son côté, le Réseau de soutien à la participation politique des femmes au Cameroun, une organisation non gouvernementale basée à Yaoundé, la capitale, a publié, la semaine dernière, une Déclaration sur la parité hommes-femmes. Elle demande une “égale représentation des hommes et des femmes aux mandats électoraux, aux fonctions électives, administratives et diplomatiques au Cameroun”.

