AFRIQUE DE L'OUEST: Des ''amitiés'' aux postes de contrôle entravent le commerce régional

ACCRA, 28 mars (IPS) – "Donnez-le à Dieu". Voilà les mots inscrits devant le grand camion que le transporteur de marchandises, David Agbalanyo, conduit entre la capitale ghanéenne, Accra, et sa voisine du nord, la capitale du Burkina Faso, Ouagadougou.

Agbalanyo donne en effet — aux fonctionnaires qui abusent de leur pouvoir divin sur quiconque pourrait passer sur les routes qui relient les deux pays. Des fonctionnaires de la police, de l'immigration et de la douane lui demandent de l'argent depuis qu'il est en train de pratiquer la route, il y a 17 ans. Sous couvert d'accomplir leurs devoirs, ils perturbent le passage des conducteurs. Mais Agbalanyo lui a trouvé une explication logique comme quoi "nous sommes des amis sur la route et comprenons ce 'donner à l'aller, donner au retour"', déclare-t-il, utilisant une expression locale qui se ramène à "il les paie et ils le laissent passer". "Je considère ceci comme donner un coup de main à mes frères qui sont en train de faire leur travail", explique Agbalanyo. Interrogé pour savoir s'il ne considère pas cela comme du chantage, Agbalanyo a répondu : "Ils ne m'ont rien demandé. N'oubliez pas qu'ils sont devenus mes amis au cours des années. S'ils ne me voient pas pendant des jours, certains d'entre eux font l'effort de chercher à savoir ce qui m'est arrivé. Voilà l'amitié". Les présidents de diverses institutions de l'Etat dénoncent sans cesse de telles activités, mais elles se poursuivent. Agbalanyo a sa propre théorie à ce sujet : "Il n'y a pas moyen d'arrêter un jour ce phénomène parce qu'il est devenu la culture".

Des criminels parmi les conducteurs s’assurent également que la pratique continue : "Il y a certains mauvais conducteurs qui font toutes sortes de choses. Ils payent de l'argent pour passer aux postes de contrôle, alors ces choses se poursuivront", dit-il.

Sans des preuves solides, ce n'est pas un problème facile à résoudre. Ceci a conduit à une initiative de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) et de l'Union monétaire et économique ouest-africaine (UEMOA) à rassembler les preuves et à voir ce qui peut être fait pour garantir la libre circulation des véhicules entre les pays de la région. L'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID) soutient l'initiative à travers le Centre pour le commerce en Afrique de l'ouest (WATH).

Surnommée la "Gouvernance améliorée du transport routier sur les routes inter-Etats", l'initiative a déjà produit deux rapports. Ils montrent que de "multiples barrières, de longs retards et des paiements illicites aux fonctionnaires en uniforme augmentent les coûts de transport et entravent le commerce en Afrique de l'ouest".

Par ailleurs, l'enquête a découvert "qu’à part des manifestations sporadiques de colère par des transporteurs, il y a peu de pressions concrètes pour un changement drastique".

Les ports semblent aussi constituer une zone de problème. Andy Cook, conseiller au transport du WATH, déclare que "toutes les corruptions ne se produisent pas sur la route puisque nous venons juste de démarrer un deuxième projet qui montre que la plus grande partie de la corruption commence aux ports". Le propriétaire du camion de Agbalanyo, Alhaji Seidu Alhassan, nie prudemment que le chantage ou la corruption se produit. "Les policiers que vous trouvez sur la route sont là pour des raisons de sécurité. Les douaniers contrôlent qu'aucune contrebande ne survient aux frontières. "Les gens (des services) de l'immigration ne font aussi que leur travail, donc ce n'est pas comme si quelque de mauvais se produit".

L'enquête du WATH sur les routes pour la période allant du 27 mai 2007 au 26 octobre 2007 a révélé qu’entre Tema au Ghana et Ouagadougou, une distance de 992 kilomètres, il y avait 19 postes de contrôle — presque cinq postes sur tous les 100 kilomètres.

La totalité des pots-de-vin payés le long de la route au cours de l'enquête s'élevait à environ 43 dollars. L'arrêt régulier entraîne des retards.

Tout ceci se déroule à un moment où les gouvernements de la région sont en train de construire des routes pour relier leurs différents pays en vue d'encourager la libre circulation des biens. Cook décrit cette situation comme une "utilisation inefficace du capital".

Après tout, la manière dont les fonctionnaires en uniforme se comportent va à l'encontre de l'objectif principal d'un meilleur réseau routier — améliorer le commerce. Cook considère ceci comme du "banditisme" : "La police se cache derrière l'accomplissement des devoirs de sécurité pour prendre de l'argent chez des conducteurs". Le WATH s'est engagé dans une campagne d'information pour alerter les conducteurs sur la question. Kossi Dahoui, un spécialiste du transport du WATH, a déclaré à IPS que "certains des conducteurs, que nous avons utilisés pour la collecte de nos données, sont parvenus à comprendre qu'une fois que les nombreux postes de contrôle seront enlevés, il y aurait une libre circulation du commerce dans la région". En outre, l'initiative a conduit à la signature de la Déclaration de Ouagadougou par les pays de la région en novembre 2007. Elle comprend un engagement de lutter contre la corruption sur les routes.

Le WATH a également publié une brochure indiquant les documents que les conducteurs doivent porter sur eux à chaque voyage. Ceci pour leur permettre de défier tout personnel en uniforme qui pourrait leur réclamer de l'argent. Dahoui ajoute : "Nous avons vendu beaucoup de ces brochures à travers la région".