DROITS-ANGOLA: Carte blanche pour les trafiquants d’êtres humains

LISBONNE, 31 mars (IPS) – Il y a peu de prise de conscience sur le problème du trafic des personnes, principalement des femmes et des enfants, en Angola, et aucune loi pour mettre un frein à ce phénomène croissant.

Paulino Cunha da Silva, directeur de la coopération et des échanges au ministère angolais de l'Intérieur, a admis que le pays manquait de lois pour lutter contre le trafic des êtres humains.

Cunha da Silva a reconnu que l'Angola devait mettre à jour sa législation et améliorer ses actions opérationnelles en vue d'obtenir des résultats dans la lutte contre le trafic des personnes, lequel touche presque tous les Etats africains.

C’était lors d'un atelier tenu à Luanda, la capitale angolaise, il y a environ deux semaines, et sponsorisé par l'Organisation internationale des migrations (OIM).

"Cet atelier a également montré qu'il y avait encore beaucoup à faire en Angola, en comparaison avec l'expérience des autres pays, dont certains sont les principales sources des victimes de ces réseaux criminels", a-t-il déclaré. Selon ce fonctionnaire angolais, combattre le trafic des êtres humains exige le soutien total du public, puisque les trafiquants recourent non seulement aux voies de transport aérien, maritime et terrestre, mais aussi à l'Internet. Pour combattre le trafic et réduire la vulnérabilité des victimes, Cunha da Silva a dit qu'il était essentiel pour les Etats d'atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) adoptés par l'Assemblée générale des Nations Unies, parce qu'ils mettent l'accent sur la réduction de la pauvreté et la réalisation de l'égalité de genre, de même que sur l'amélioration de l'accès à l'éducation, aux soins de santé et à l'emploi. Si les OMD sont atteints, plusieurs jeunes gens seraient moins motivés à rechercher une vie meilleure dans d'autres pays, mais dont les rêves finissent par être exploités par les trafiquants, a-t-il souligné.

Selon des études réalisées par l'ONU et Interpol (police internationale), le trafic des personnes est la troisième plus grande source de revenu pour le crime organisé international, dépassé seulement par le trafic de drogue et d'armes. L'Angola, qui a été ravagé par 13 années de guerre pour l'indépendance vis-à-vis du Portugal (1961-1974), et par 27 années de guerre civile (1975-2002), a de fortes proportions de jeunes et de personnes extrêmement pauvres dans sa population, est polarisé par l'inégalité sociale et dispose de vastes frontières, dont le tout constitue des facteurs qui contribuent au trafic des personnes.

Au cours de l'atelier, il a été conclu que, dans plusieurs cas, des femmes et des enfants trafiqués de l'Angola sont débarqués en Namibie voisine, mais que dans tout le continent africain, l'Afrique du Sud est le plus grand pays récipiendaire.

La principale stratégie arrêtée lors de l'atelier était la prise de nouvelles lois et d'autres mécanismes juridiques, en l'absence desquels, comme en Angola, le trafic humain devient un commerce facile qui rapporte. Mais Ana Filgueiras, la présidente portugaise-brésilienne de l'organisation non gouvernementale, "Cidadaos do Mundo" (Citoyens du monde) et coordinatrice du Réseau pour combattre le SIDA dans les pays parlant le portugais (REDE-sida), a un point de vue légèrement différent.

"Bien qu'un Etat de droit soit essentiel, des mesures fortes en soi ne peuvent pas garantir une réduction des taux de crime", a affirmé Filgueiras à IPS.

Ses points de vue sont fondés sur 18 années d'expériences au Brésil et 14 en Afrique. "Juste comme la réponse à la pandémie du VIH/SIDA, ce dont on a besoin, plus que des lois plus sévères, est d'écouter les personnes qui sont les plus vulnérables, et de créer ensemble des instruments et des services d'information qui proviennent et opèrent au sein des communautés elles-mêmes", a-t-elle ajouté. "La pauvreté et le manque d'émancipation des femmes et des jeunes gens sont des facteurs qui non seulement les exposent à l'exploitation, mais aussi à l'infection à VIH, un fardeau qu'ils porteront même s'ils arrivent à échapper à leurs bourreaux", a-t-elle dit.

Katharina Schnoring, la représentante de l'OIM en Angola, a déclaré aux correspondants portugais des journaux de Lisbonne dans cette nation africaine du sud-ouest que l'OIM et le ministère angolais de l'Intérieur travaillent ensemble sur une étude sur le trafic des personnes, dont les conclusions seront publiées dans six mois. Il n'y a pas de données précises sur la pratique en Angola, mais "il y a des preuves", et si des mécanismes efficaces sont créés pour combattre ce crime, il y aura bientôt une idée plus claire de son ampleur. "Aujourd'hui, il est difficile de parler en termes de nombres de victimes, à cause de la nature même de ce crime", a affirmé Schnoring. La responsable de l'OIM a souligné la nécessité de "distinguer entre les victimes du trafic humain et les immigrés clandestins, parce qu'une victime du trafic n'a pas du tout de protection".

Toutefois, Filgueiras a dit que "des immigrés clandestins, que nous appelons les sans-papiers, ont aussi besoin de protection".

"Des immigrés sans papiers sont également victimes de la pauvreté et du manque d'informations adéquates. Eux aussi sont exposés aux réseaux qui exploitent le travail des esclaves et obligent des gens à la prostitution, qui conduit d'habitude aux maladies sexuellement transmissibles comme le SIDA", a-t-elle indiqué. Selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), il y a des preuves que plusieurs enfants angolais ont été conduits en Namibie, où des garçons, et parfois des filles, sont soumis au travail forcé. Plusieurs filles sont entraînées par la ruse à émigrer avec de fausses promesses d'opportunités d'emploi, d'éducation ou même de mariage. En 2006, l'OIM a lancé une campagne en Angola et dans des pays voisins pour susciter la prise de conscience au sein des gouvernements et de la population dans la région du sud-ouest de l'Afrique, liée à un programme d'aide pour combattre le trafic humain en Afrique du Sud, en République démocratique du Congo (RDC), au Mozambique, en Namibie, en Zambie et au Zimbabwe.

Dans une interview accordée à l'agence de presse portugaise 'Lusa', Schnoring a déclaré qu'elle disposait des informations sur le trafic des personnes en provenance de l'Angola vers la RDC et la Namibie voisines. "Ceci est un crime organisé, et l'OIM envisage de rassembler des descriptions de cas détaillées ", a-t-elle ajouté.

Des promesses de mariage ou un bon emploi sont les principales motivations offertes par les trafiquants. Mais dans le pays de destination, le rêve est rapidement brisé. La plupart des femmes victimes sont vendues aux maisons de passe, et les garçons et jeunes hommes sont vendus pour exécuter des travaux forcés non rémunérés.