LE CAP, 20 mars (IPS) – La libéralisation du commerce des deux dernières décennies grignote l'avantage dont les pays les moins avancés (PMA) jouissent dans les marchés d'exportation puisque l'accès en franchise de droits et sans quota est devenu moins précieux, selon Trudi Hartzenberg, directrice exécutive de 'Trade Law Centre for Southern Africa' (Tralac), une organisation non gouvernementale basée en Afrique du Sud.
"Le fait est qu'une libéralisation significative des tarifs est déjà intervenue dans les deux dernières décennies — à la fois à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et dans les négociations pour créer des zones de libre-échange. Avec une telle libéralisation, la valeur de l'accès aux marchés en franchise de droits et sans quota est en baisse. L'avantage dont les PMA jouissent dans des marchés d'exportation est ainsi sans cesse en train d'être grignoté", a déclaré Hartzenberg à IPS. "Dans ces circonstances, d'autres facteurs, tels que les normes techniques et les normes sanitaires et phytosanitaires, deviennent plus importants. Les PMA sont confrontés à des défis réels pour atteindre ces normes. Ils n'ont pas la capacité d'atteindre ces normes, ni de certifier qu'ils les ont atteintes dans plusieurs cas.
"Voilà certaines des questions liées à l'offre, qui constituent les vraies barrières à l'accès aux marchés dans un environnement de commerce libéralisé. Soutenir les PMA à développer cette capacité peut faire une grande différence pour les aider à tirer profit de l'accès aux marchés en franchise de droits et sans quota", a ajouté Hartzenberg.
Ses commentaires sont intervenus après une conférence des ministres du Commerce des PMA, tenue à Maseru, au Lesotho, il y a environ deux semaines. Hartzenberg a affirmé que la valeur de la rencontre de Maseru sera perçue pendant que les discussions sur le Round de Doha à l'OMC se poursuivront. "Plusieurs figures importantes telles que le commissaire au commerce de l'Union européenne, Peter Mandelson, et Pascal Lamy, directeur général de l'OMC, ont pris part à cette rencontre.
"Des promesses sont toujours faites pour aider les PMA. Cela peut bien être important de faire le suivi pour garantir l'aide, par exemple, pour atteindre les normes astreignantes fixées par l'Union européenne et d'autres partenaires commerciaux. Cependant, à bien des égards, rien de nouveau ne peut être dit, mais le profil des préoccupations des PMA peut être soulevé de certaines manières, et ceci est important", a-t-elle souligné. Lamy dans sa déclaration, lors de la réunion, a indiqué que "les priorités spécifiques aux PMA sont maintenant bien connues de tout le monde", ajoutant qu'ils devront fortement soutenir leurs préoccupations aux négociations de Doha. Mark Pearson, directeur de programmes du Programme régional de facilitation du commerce (RTFP), a vu quelques signes positifs dans les discussions à la rencontre. Il y a eu plus d'engagement pour parvenir à la mise en œuvre de la franchise de droits, du traitement sans quota et des dispositions des règles d'origine. Le RTFP a été initié par le ministère du Royaume-Uni chargé du Développement international. Lamy a dit que les PMA profiteront de la franchise de droits, du traitement sans quota sur 97 pour cent de leurs exportations. Des pays riches supprimeront leurs subventions à l'exportation du coton et réduiront d'autres formes d'appui déformant au commerce. Les exportations du coton en provenance des PMA recevront la franchise de droits et le traitement sans quota. La question de franchise de droits et de traitement sans quota est importante puisque les membres de l'OMC ont retiré en 2005 tous les tarifs et quotas sur 97 pour cent des importations venant des PMA.
Tandis que les trois pour cent restants semble être négligeables, des analystes indiquent que les PMA produisent et exportent très peu. Les biens qu'ils exportent en réalité sont des produits vulnérables comme les vêtements, les textiles et le cuir, qui rencontrent une forte concurrence de la part des pays comme la Chine. Ces produits ne sont souvent pas inclus dans les 97 pour cent. A la rencontre, les PMA ont demandé aux pays en développement d'identifier les trois pour cent restants dans la version préliminaire de leurs plans d'engagement.
Pearson a indiqué à IPS que la déclaration ministérielle, adoptée à la rencontre, a réaffirmé l'importance d'accorder un traitement spécial aux PMA dans le domaine des services de même que celle de mettre l'accent sur la capacité des PMA à améliorer leur compétitivité.
"L'importance de maintenir des préférences de longue date pour les PMA dans leurs tentatives d'utiliser le commerce comme un instrument de développement, a été également soulignée", a affirmé Pearson. A cette rencontre, les ministres ont averti que des initiatives de libéralisation de secteurs spécifiques dans les négociations sur les biens industriels à l'OMC risquaient d'éliminer la marge de préférence que reçoivent les exportations des PMA. Si les tarifs sur le poisson et les produits du poisson devaient être supprimés lors des discussions de l'Accès aux marchés des produits non agricoles (AMNA) — le nom porté par les négociations sur les biens industriels — cela pourrait être désastreux pour les PMA qui dépendent des pêches.
La rencontre ministérielle des PMA s'est tenue à un moment où il y avait de sérieux doutes, à savoir si les négociations de Doha seraient conclues avec succès. Mais le 13 mars, l'OMC a publié une déclaration selon laquelle des nations se sont entendues sur les mécanismes pour sceller un accord dans le Round de Doha. Des ministres seraient maintenant fixés sur ce qui est nécessaire pour un aboutissement heureux des discussions. Depuis le commencement du Round de Doha, il y a eu des rencontres ministérielles régulières dans diverses régions où des ministres du Commerce parlent de leurs attentes et de la manière de faire avancer les négociations. La rencontre de février était la première réunion ministérielle des PMA depuis presque trois ans.

