BRUXELLES, 6 mars (IPS) – Les actes de violence qui secouent l'est de la République démocratique du Congo (RDC) ne sont pas uniquement liés au contrôle des matières premières. Les différents groupes armés y ont leur propre agenda, ce qui ne facilite pas le processus de paix, à l'heure où le suivi de l'accord de Goma est suspendu, indique une étude belge.
Steven Spittaels, un chercheur à l'institut indépendant IPIS (International Peace Information Service) à Anvers (Belgique), a dressé une carte des principales factions armées impliquées dans les violences dans l'est de la RDC. Dans cette étude publiée début-mars, il met en évidence quatre motivations premières de ces milices : la cupidité, les griefs à l'égard des autres, le pouvoir et le désir de survie. Il dresse ensuite une carte de ces différents groupes, dont il tire une analyse de la situation au Nord-Kivu et au Sud-Kivu.
Le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), le mouvement politico-militaire du général dissident Laurent Nkunda, regroupe environ 4.000 hommes qui se présentent comme les défenseurs de la minorité tutsi au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, écrit Spittaels. Le territoire que contrôle le CNDP correspond ainsi aux principales zones où se trouvent des réfugiés tutsi.
Mais contrairement à ce qui est fréquemment avancé, le CNDP ne tire que des profits limités de l'exploitation illégale des ressources minières dans la région. Les soldats de Nkunda perçoivent une taxe sur les matières extraites dans leur territoire, mais ils perçoivent autant sur le transport des minerais que sur le bois ou d'autres matières premières. Laurent Nkunda est également accusé d'organiser un commerce de lait avec le Rwanda (produit par des vaches congolaises, le lait est ensuite destiné au marché rwandais), “et il défend en définitive davantage les intérêts de ceux qui le soutiennent que ceux de la population tutsi”, affirme l'étude.
D'autres groupes armés sont également actifs au Nord-Kivu, notamment les milices maï-maï. La plupart de ces groupes sont réunis depuis début 2007 au sein d'une coalition, dont l'objectif affirmé est de défendre les intérêts de la population congolaise victime des violences entre les troupes de Nkunda et les rebelles hutu rwandais. L'ambition de ces milices maï-maï n'est pas de partager le pouvoir, ni de combattre l'armée ou le gouvernement congolais, mais elles s'opposent essentiellement aux troupes du CNDP de Nkunda et veulent notamment gagner du territoire sur les Tutsi et assurer leur propre survie, souligne le chercheur. Leur discours est en outre animé de velléités racistes.
Les soldats hutu du Front démocratique pour la Libération du Rwanda (FDLR) sont quant à eux également animés par cet instinct de survie. Ils forment l'un des plus importants groupes armés à l'est de la RDC. Le sommet de son organisation militaire regroupe d'anciens miliciens suspectés d'avoir pris part au génocide rwandais de 1994. Officiellement, ces rebelles sont prêts à rentrer au Rwanda si leur sécurité est assurée. Ils sont majoritairement stationnés dans les forêts, à proximité de la frontière rwandaise, et leur dernière offensive au Rwanda remonte à trois ans.
Les trafics Les revenus de l'exploitation minière sont importants pour les rebelles du FDLR et plusieurs mines de coltan ou des gisements de cassitérite sont situés sur le territoire qu'ils contrôlent. Même s'ils ne se battent pas forcément pour l'accès aux grandes exploitations minières de la région, leur pouvoir militaire est énorme. Ils ont cependant peu d'influence politique et ne contrôlent, par exemple, aucune ville. Ils prennent cependant du terrain sur les zones situées hors du contrôle des soldats du CNDP, en y occupant des postes stratégiques situés en général le long des routes, où ils rançonnent les habitants, aussi bien les “mamas” que les commerçants.
Au sud du territoire de Lubero, à la frontière avec l'Ouganda et le Rwanda, les milices du FDLR contrôlent également un juteux trafic de drogue. “Une grande partie des plantations de cannabis dans la région sont sous le contrôle du FDLR”, note l'étude de Spittaels. Chaque récolte livre en moyenne 10 tonnes de chanvre. “Les plus gros acheteurs sont les femmes d'officiers congolais, dont les maris assurent le transport jusqu'au Rwanda et en Ouganda”, affirme le chercheur. Le sac de 60 kilos est acheté environ 30 dollars (20 euros) aux villageois et, après traitement à Goma (Nord-Kivu), la drogue peut ensuite atteindre une valeur marchande de 100 dollars le kilo (66 euros) sur le marché de Gisenyi, au Rwanda.
Enfin, depuis l'offensive de Nkunda en décembre dernier dans l'est de la RDC, les troupes des Forces armées congolaises (FARDC) sont massivement présentes dans la région. Les soldats de l'armée congolaise sont notamment accusés de prendre part au commerce illégal de bois tropical et de café dans la région. “Une situation qui risque de s'accentuer à l'avenir”, estime Spittaels, “vu la faiblesse des salaires et le manque de discipline au sein de l'armée”. Les forces congolaises assurent un contrôle direct sur les différentes mines dans la région, ce qui explique la présence de militaires dans la zone relativement calme de Shabunda, au nord du Sud-Kivu. “La 11ème brigade (des FARDC) assure le commerce des matières premières depuis Tshonka, d'où elles sont ensuite transportées par avion vers Bukavu”, précise le chercheur.
Toutes ces factions armées tourmentent la population civile et violent les droits humains, souligne l'étude. Les soldats du CNDP de Nkunda ont la pire réputation en matière de violences sexuelles à l'égard des femmes ou d'enrôlements d'enfants. De même que les troupes du FDLR, dont les groupes réclament des taxes illégales et dépouillent les populations civiles. Même les troupes congolaises représentent un facteur d'instabilité dans la région, ajoute l'étude.
Le 23 janvier, les différentes factions actives au Nord-Kivu ont signé un acte d'engagement pour une cessation immédiate des hostilités, mais depuis cette date, plus d'une centaine de confrontations armées ont eu lieu dans la région, principalement entre milices maï-maï et rebelles du CNDP. Les deux groupes ont suspendu entre-temps leur participation aux activités de suivi de l'accord de paix de Goma.

