LE CAP, 7 mars (IPS) – L'Union européenne (UE) s'inquiète de la manière d'entrer en concurrence avec la Chine afin d'accéder aux ressources et marchés en Afrique, ce qui explique en partie son élan à lier les Etats africains par des accords commerciaux appelés Accords de partenariat économique (APE).
Selon Dr Rob Davies, vice-ministre du Commerce et de l'Industrie de l'Afrique du Sud, l'UE a peur de perdre sa position sur le continent africain et veut éviter cela à tout prix. "Au cours des dernières années, le commerce entre l'Afrique du Sud et l'Asie s'est massivement accru tandis que les échanges avec l'Europe ont baissé", a déclaré Davies lors d'une réunion de bilan spéciale sur les APE de 'Africa Trade Network' au Cap, en Afrique du Sud le mois dernier. Le réseau comprend des organisations de la société civile à travers le continent.
Au lieu de concentrer leur attention sur l'UE en tant que leur partenaire commercial le plus important, des nations africaines devraient viser à entretenir et à étendre leurs relations commerciales à des puissances économiques émergentes telles que la Chine et l'Inde, a affirmé Davies.
"La Chine et l'Inde, grâce à leur industrialisation, offrent aux pays en développement des prix plus élevés pour les ressources naturelles. Elles ne nous obligent pas à baisser nos tarifs, contrairement à l'Europe", a-t-il souligné.
"Nous devons continuer à travailler sur la base de ces relations, puisqu'elles sont très importantes pour nos économies. L'Inde et la Chine offrent aux pays en développement de meilleurs accords que les options fournies par les anciens maîtres coloniaux. Ce n'est pas de l'utopie, mais de sérieuses opportunités existent en Chine et en Inde. Nous devrions les prendre en considération". Selon l'UE, les APE constituent des instruments de développement conçus pour favoriser l'intégration des pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) dans l'économie mondiale tout en promouvant leur développement durable et en contribuant à l'éradication de la pauvreté.
"Il y a un énorme fossé entre ce que l'Europe dit sur ses intentions et la vraie image", a déclaré Davies lors de la rencontre, qui a réuni divers délégués des organisations de la société civile africaines et internationales de même que plusieurs responsables commerciaux africains.
"Bruxelles soutient que les APE promouvront l'intégration et le développement dans la région et qu'elle n'a aucune intention mercantiliste avec les APE. Tel n'est pas le cas. D'abord, la région ACP a été divisée en six différentes configurations. Ceci ne contribue pas à l'unité". "Par ailleurs, au sein de chaque groupe, certains pays ont parafé des APE intérimaires tandis que d'autres ont refusé. Ceci ne contribue pas non plus à l'unité au sein de la région", a indiqué Davies. L'une des objections importantes concernant ces accords est la manière dont l'UE a obligé les Etats ACP à signer en menaçant que des tarifs élevés entreraient en vigueur à la fin de 2007. La Namibie en est un exemple.
"La Namibie a signé contre son gré. Le pays a été mis sous une pression immense de la part de Bruxelles", a expliqué Davies. "Si Windhoek refusait l'offre de l'UE, son secteur du bœuf — qui joue un rôle crucial dans son économie d'exportation — aurait reçu un grand coup du fait de l'augmentation des tarifs".
La clause de non-discrimination ou la clause de la "nation la plus favorisée" est également une source de protestation. Selon cette clause, les pays qui ont signé un APE, ne sont pas autorisés à introduire une discrimination contre l'UE. "Selon cette clause, les tarifs sur les produits de l'UE ne peuvent pas être plus élevés que les taxes imposées sur les biens en provenance des pays en développement", a déclaré Davies. Malgré ces objections et d'autres, 31 pays ont jusqu'ici parafé un APE intérimaire sur le commerce des biens avec l'Europe, lequel pourrait finalement conduire à un accord complet comprenant les services et les règles "relatives au commerce".

