NAIROBI, 3 mars (IPS) – Elizabeth Mutai, une productrice du fruit de la passion dans le district de Keiyo dans la Vallée du Rift, au Kenya, est préoccupée. Les ventes de cette culture ont considérablement baissé depuis l'éclatement des violences suite à l'élection tenue en décembre 2007.
"J'ai planté trois demi-hectares de fruit de la passion et maintenant, je dois jeter le fruit aux vaches", se lamente-elle.
La baisse de la demande intérieure a vu des commerçants des pays voisins profiter de la crise.
Selon Mutai, "des commerçants transfrontaliers profitent de la situation. Ils insistent pour acheter un kilogramme à un prix perdu de 5 shillings (0,07 dollar). Ils vendent ensuite le fruit, réussissant un beau coup à 150 shillings (2,2 dollars) par kilogramme".
Le résultat est que le ménage de Mutai se bat pour acheter des vivres. L'éducation de ses enfants a été également affectée. Elle a deux étudiants à l'université dans sa maison, qui doivent reprendre leurs études, mais elle ne peut pas supporter les frais.
Le producteur de maïs, Kimosop Kimetto, se plaint des coûts des intrants. "L'année dernière, le diesel coûtait 60 shillings le litre (0,9 dollar), mais maintenant, nous devons payer 81 shillings par litre (1,2 dollar)". Il a été également touché durement par des prix d'engrais élevés. "Si l'engrais demeure ainsi cher, les agriculteurs se rabattront sur la méthode traditionnelle de bouse de vaches qui réduira le rendement", ajoute-il.
Raymond Sande, un producteur de maÏs à Keiyo, souffre d'une situation similaire. "Le prix des intrants agricoles a triplé" depuis le début du conflit, déclare-t-il. "Des agriculteurs d'ici ne feront plus des affaires si quelque chose ne se fait pas de façon urgente".
Il utilise l'engrais du phosphate pour la culture du maïs. "L'année dernière, j'ai dépensé 1.500 shillings (20 dollars) sur l'engrais. Cette année, je suis en train de dépenser plus du double de cela. Il n'y a aucun profit à espérer. Le ministère de l'Agriculture devrait faire quelque chose dans l'urgence", estime Sande. "Nous voulons un ministre qui résoudra nos problèmes", observe Francis Rono, un producteur de blé à Kitale qui s'étend dans le nord de la Vallée du Rift. Cette région, une partie de la principale productrice de vivres du pays, est l'une des régions affectées par l'instabilité politique. Mais, les malheurs des agriculteurs sont davantage aggravés par le fait qu'il n'y a aucun ministre en charge de l'agriculture actuellement. Après l'annonce des résultats de l'élection générale contestée du 27 décembre, le président Mwai Kibaki a mis sur pied un petit cabinet avec 10 ministères clés qui y sont représentés. L'agriculture ne fait pas partie de ces 10 ministères.
Les statistiques montrent que les agriculteurs apprêtent normalement plus de 30 pour cent de leurs terres pour le labour dès janvier. Toutefois, seulement 10 pour cent sont actuellement prêts. Des expulsions des terres ainsi que l'indisponibilité des intrants et équipements agricoles ont conduit à cette situation.
Des pénuries de vivres menacent comme la production du blé et du maïs a baissé. Certains agriculteurs n'avaient pas terminé de moissonner la culture de la dernière saison avant que les violences n'éclatent. La destruction s'est élargie aux magasins qui ont été rasés.
Les réserves de maïs sont insuffisantes. L'Office national des céréales et des produits alimentaires dispose de 430.000 tonnes de maïs dans ses réserves stratégiques — assez pour survivre seulement au cours du premier trimestre de l'année. Catherine Wanjiru, une habitante de Nairobi, a parlé de choc par rapport à la manière rapide dont les prix des vivres sont montés en flèche. "J'ai dû réduire mon budget du mois passé parce que les prix de presque tous les produits de base ont augmenté de deux ou trois shillings", explique-t-elle. Pendant que les rayons des chaînes de supermarchés locaux à Nairobi demeurent bien approvisionnés, des rumeurs circulent que des commerçants cachent leurs marchandises pour anticiper sur une inflation massive des prix. Des messages comme "achetez assez de réserves pour tenir jusqu'à la fin de vos jours comme vous ne savez jamais ce qui viendra par la suite" sont en train de circuler. Mama Mon'gina, une commerçante au marché de Kawangware, l'un des plus grands marchés de Nairobi, déclare qu'elle est en mesure d'obtenir des biens comme d'habitude. Cette mère de six enfants vend des légumes verts traditionnels qu'elle achète aux agriculteurs dans la périphérie de la ville. "Je quitte tôt le matin pour Wangige où je fais les provisions. Elles sont fraîches. Les agriculteurs ne peuvent pas stocker leurs produits agricoles parce qu'ils sont périssables. Ils sont seulement chanceux de nous avoir, nous les acheteurs, parce que leurs biens sont en train de pourrir dans les fermes. Il n'y a personne pour acheter ces choses parce que des gens sont en train de limiter leurs mouvements suite aux violences post-électorales".
Avec la perturbation des services de transport, il est plus difficile de se déplacer d'un endroit à un autre.
Pendant ce temps, un rapport publié par le Programme alimentaire mondial, l'Agence des Etats-Unis pour le développement international et le système d'avertissement du gouvernement au début de l'année dernière ont averti que des pluies limitées et la faible perspective de plus de pluies aggraveraient les pénuries de vivres.
La mise à jour alimentaire de février indique qu'il pourrait y avoir de sérieuses pénuries de vivres à cause des violences post-électorales qui ont touché en grande partie les principales régions productrices de vivres de la Vallée du Rift et des provinces de l'ouest.
Plus de 1.000 personnes sont mortes dans les échauffourées post-électorales qui ont également déplacé 300.000 personnes. Les Kenyans appellent à une rapide résolution du problème.

