AFRIQUE: Un Conseil des droits de l'Homme qui fasse honneur au continent

GENEVE, 4 mars (IPS) – En mai 2008, le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU élira un président africain et quatre nouveaux membres de ce groupe géographique. Mécontentes des positions africaines, des organisations non gouvernementales (ONG) du continent lancent une campagne pour que les pays les plus méritants soient élus.

A ce jour, le seul pays africain à avoir exprimé son intérêt à devenir président du conseil est l'Egypte. Or, c'est précisément celui que les ONG africaines rejettent le plus fermement, “parce qu'il a essayé de miner l'efficacité du conseil, notamment en poussant le Groupe africain à mettre fin au mandat du Groupe d'experts indépendants sur le Darfour”, affirme le 'East and Horn of Africa Human Rights Defenders Project" (EHAHRDP), un réseau de défenseurs des droits humains basé en Ouganda. “D'ailleurs, sa situation (l'Egypte) en matière de droits de l'Homme a été récemment critiquée même par le Parlement européen”.

Dans une lettre adressée aux gouvernements africains, plus de 40 ONG de tout le continent — d'Afrique du nord et subsaharienne, francophone et anglophone — leur demandent de rejeter les candidatures des Etats peu coopératifs avec le Conseil des droits de l'Homme des Nations Unies, basé à Genève, en Suisse. Les ONG les exhortent à soutenir celles de pays qui ont fait preuve de bonne volonté, notamment en soutenant les activités des rapporteurs spéciaux du conseil.

Conformément à l'esprit fondateur du conseil, ces ONG demandent à leurs gouvernements d'élire les membres du Groupe africain sur la base de leurs engagements, sans “négocier” les votes comme cela s'est fait jusqu'à présent. Et sans vider le vote de sa substance : on se souvient que, l'an dernier, le Groupe africain avait présenté quatre candidats pour quatre postes à repourvoir.

Mais quels sont les pays qui paraissent les plus méritants aux ONG? Laetitia Bader, de l'EHAHRDP, cite sans hésitation le Burundi et la Tanzanie. “Nous voudrions que ces deux pays — qui ne sont pas encore membres du conseil — présentent leur candidature. Ce sont les deux pays qui ont soutenu avec le plus d'ardeur les rapporteurs géographiques, alors que les pays qui mènent actuellement le bloc africain ont tout fait pour réduire leur indépendance”, explique-t-elle.

Le choix du Burundi — balayé par de graves violences durant de nombreuses années — peut cependant étonner : “Certes, il y a encore un problème d'impunité, notamment des militaires et des policiers qui continuent de commettre des abus, mais le pays fait de véritables efforts pour promouvoir le respect des droits de l'Homme au niveau national”, estime Bader.

Le réseau voudrait en outre que le Ghana — déjà membre du conseil — se représente également, “parce que c'est l'un des rares pays africains qui a adopté une attitude positive vis-à-vis du Darfour”. Et l'EHAHRDP affirme pouvoir éventuellement soutenir les candidatures de la Mauritanie et de la Côte d'Ivoire — qui auraient déjà exprimé leur intérêt — ainsi que celles de la Zambie et du Maroc.

Mais le Ghana a peu de chances de présenter à nouveau sa candidature “pour des raisons politiques et logistiques, à savoir le manque de moyens financiers”, indique Bader. Et ce souci semble être partagé par bon nombre de représentations diplomatiques d'Afrique subsaharienne à Genève.

Bader souhaite en outre que les Etats de l'Afrique subsaharienne les plus puissants — l'Afrique du Sud et, dans une moindre mesure, le Nigeria — fassent preuve de plus d'intérêt vis-à-vis du conseil. “Ils ont les moyens diplomatiques de promouvoir d'autres pays de la région et de résister à la pression politique exercée surtout par les pays d'Afrique du nord”, ajoute-t-elle.

De juin 2008 à juin 2009, la présidence du Conseil des droits de l'Homme sera assurée par le Groupe africain. Par ailleurs, comme chaque année, de nouveaux membres seront élus pour chaque groupe géographique. Actuellement, les membres du Groupe africain sont : l'Angola, le Cameroun, Djibouti, l'Egypte, le Gabon, le Ghana, Madagascar, le Mali, Maurice, le Nigeria, le Sénégal, l'Afrique du Sud et la Zambie. Le mandat du Gabon, du Ghana, du Mali et de la Zambie arrive à terme au 18 juin 2008. * (Isolda Agazzi est journaliste à InfoSud, une agence de presse suisse basée à Genève. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre InfoSud et IPS).