NAIROBI, 28 fév (IPS) – L'analyste politique Kwamchetsi Makhokha a averti que l'échec des pourparlers visant à résoudre la crise politique kenyane pourrait s'avérer explosif. Ce pays d'Afrique de l'est tente de trouver de solutions à une élection présidentielle contestée qui a déjà coûté la vie à plus de 1.000 personnes — et en a déplacé jusqu'à 600.000.
"Ce ne sera plus des machettes et des flèches, mais des armes à feu. Les rapports des services de renseignements montrent que des gens sont sérieusement en train d'armer des jeunes pour qu'ils se tiennent prêts pour la guerre. La prochaine phase sera des troubles généralisés à l'ordre public", a-t-il déclaré à IPS.
"Nous avons vu cela se produire… Des protagonistes refusent de négocier ou de signer un accord de paix pour résoudre une question politique controversée, ou ignorent les grands problèmes sociaux… et ensuite cela explose dans vos yeux", a ajouté Makhokha, qui est basé à Nairobi, la capitale. Ses commentaires interviennent dans le sillage des pourparlers qui ont été suspendus au début de cette semaine. Le leader de l'opposition Raila Odinga accuse le président Mwai Kibaki d’avoir truqué le scrutin du 27 décembre en vue de gagner un second mandat, tandis que des observateurs internationaux ont également exprimé des réserves au sujet du vote. L'élection a déclenché des affrontements, souvent avec des connotations ethniques : Kibaki est membre des Kikuyu, la tribu majoritaire du Kenya, alors que Odinga est un Luo. Les Kikuyu constituent la force dominante dans la vie politique et économique, ce qui provoque souvent le courroux des autres groupes ethniques. Les violences ont maintenant baissé; mais les craintes de Makhokha au sujet de la reprise des affrontements sont partagées par plusieurs personnes. Durant le week-end, environ 200 jeunes ont été arrêtés sur un ranch dans l'ouest du Kenya — un bastion de Odinga — où ils seraient en train de suivre une formation militaire en vue de protéger les partisans de Kibaki. L'ancien secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan assure la médiation dans les discussions entre le Mouvement démocratique orange (ODM) de l'opposition et le Parti de l'unité nationale (PNU) de Kibaki depuis un mois. Toutefois, Annan a suspendu les pourparlers mardi, indiquant que les négociateurs étaient simplement en train de "tourner en rond". Les deux partis discutaient d'un gouvernement de partage du pouvoir qui inclurait la création d'un poste de Premier ministre que Odinga a envisagé d'occuper. Les discussions n'ont apparemment pas abouti sur diverses questions, notamment l'étendue des pouvoirs à accorder à un nouveau chef du gouvernement, et si le président devait avoir le pouvoir de limoger le Premier ministre. L'ODM fait pression pour un Premier ministre puissant, contre les souhaits du PNU. Actuellement, le chef de l'Etat au Kenya exerce une autorité considérable.
La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, qui a visité Nairobi la semaine dernière pour apporter personnellement tout son soutien à un gouvernement de partage, a réaffirmé mardi la nécessité pour un règlement négocié de la crise.
"Je veux mettre l'accent sur le fait que l'avenir de notre relation avec les deux parties et de leur légitimité dépend de leur coopération à parvenir à cette solution politique", a-t-elle souligné dans une déclaration. "Nous tirerons nos propres conclusions à propos de celui qui bloque les avancées et prendrons des mesures nécessaires".
Certains rapports indiquent que c'est le PNU qui entrave les discussions. Le parti a essuyé les critiques de l'analyste politique Jacqueline Oduor : "Tout le pays est en attente, espérant la paix et une avancée, mais actuellement il y a des gens qui nous refusent cela", a-t-elle déclaré à IPS.
L'Union européenne a également demandé des actions contre ceux qui sapent les discussions, ou fomentent des violences.
En conséquence, certains Kenyans pourraient se voir écoper de sanctions telles que des interdictions de voyage, un obstacle à ceux qui voyagent à l'étranger pour assurer l'éducation de leurs enfants dans des pays occidentaux.
Pour sa part, le ministre kenyan des Affaires étrangères, Moses Wetangula, est cité pour avoir dit que les puissances extérieures étaient libres de "soutenir le processus de dialogue, mais de ne pas imposer des solutions".
L'opposition avait prévu d'organiser des manifestations jeudi pour protester contre l'impasse dans les négociations. Mais Odinga a ensuite annoncé que les manifestations de masse étaient reportées, suite à une requête de Annan. Les marches précédentes ont entraîné des violences.
L'ancien chef de l'ONU a tenu des rencontres avec Odinga et Kibaki mercredi dans le but de relancer les négociations. Le président tanzanien et président de l'Union africaine, Jakaya Kikwete, était également à Nairobi pour aider à faire pression pour une résolution de la crise kenyane. Les quelques dernières semaines ne constituent pas la première fois que Kibaki et Odinga se sont vus en train de négocier le partage du pouvoir.
Un autre accord de partage de pouvoir entre les deux hommes, conclu avant les élections de 2002, devait avoir permis à Odinga de devenir le Premier ministre en échange de son soutien à la Coalition nationale arc-en-ciel, laquelle a porté Kibaki au pouvoir cinq ans plus tôt. Toutefois, l'accord est tombé à l'eau.

