LOME, 26 nov (IPS) – Les femmes togolaises ne cachent pas leur déception face à leur faible représentation dans la nouvelle Assemblée nationale issue des élections législatives du 14 octobre, avec seulement sept sièges occupés par des femmes sur les 81 députés.
“C'est un sentiment de regret qui nous anime parce qu'il n'y a que sept femmes pour le moment, et nous espérons que le jeu interne des partis politique va permettre de remonter certaines femmes pour que nous soyons plus nombreuses”, a déclaré à IPS, Maïmounatou Ibrahima, une députée du Rassemblement du peuple togolais (RPT), le parti au pouvoir.
Ibrahima exprime l'espoir que certains députés élus seront nommés ministres au gouvernement ou ailleurs dans l'administration afin qu'ils laissent leurs sièges du parlement à leurs suppléants dont certains sont des femmes.
Le même sentiment est partagé par Michelle Aguey, présidente du Conseil consultatif des femmes du Togo (CCOFT), une association non gouvernementale, basée à Lomé, la capitale. Selon elle, il y a eu une insuffisance de mesures qui pourraient favoriser les candidatures féminines, et donc la présence d'un grand nombre de femmes à l'hémicycle. “La seule mesure prise concerne la réduction de la caution des femmes, et je trouve cela insuffisant car on aurait dû avoir plus de mesures incitatives”, a indiqué Aguey. Le gouvernement togolais a réduit de 25 pour cent la caution fixée à 400 dollars environ, pour les femmes candidates aux législatives. Elles ont versé chacune 300 dollars environ.
Selon elle, les autorités togolaises pouvaient, par exemple, promettre une subvention conséquente aux partis qui auraient positionné des femmes en tête de listes en leur donnant plus de chance d'être élues.
Pour sa part, Isabelle Améganvi, députée et l'une des têtes de liste de l'Union des forces de changement (UFC), le principal parti de l'opposition, estime que la faible représentativité féminine au parlement est liée au fait que les femmes togolaises, “surtout les intellectuelles”, n'aiment pas s'engager politiquement. Selon elle, les hommes ne sont pas les premiers responsables de la faible représentativité des femmes au parlement.
“Moi, je me dis ce n'est pas parce que je suis une femme qu'on doit me placer en tête de liste; et si nous demandons l'égalité, il faut que cela se fasse à tous les niveaux”, affirme-t-elle. “Pour composer les listes de l'UFC, on a posé des critères objectifs et si la personne répond aux critères, il n'y a pas de problème et elle est positionnée”.
Selon Améganvi, il y a de plus en plus de femmes qui militent au sein des partis politiques, mais il faut qu'elles aient un minimum de bagage intellectuel pour travailler au parlement. Pour examiner les lois, a-t-elle expliqué à IPS, “on a forcement besoin de femmes intellectuelles, mais celles qui le sont refusent de militer”.
Le quota des candidatures féminines aux législatives avait fait l'objet de débats et de résolutions à l'occasion du dialogue inter-togolais à Ouagadougou, au Burkina Faso, qui avait abouti, en août 2006, à l'accord politique global entre la classe politique togolaise et la société civile. Mais, ces résolutions n'ont pas été suivies du vote d'une loi imposant un quota en faveur des femmes. Christian Trimoi, professeur de droit et de sciences politiques à l'Université de Kara, dans le nord du Togo a regretté que l'accord politique global n'ait pas fixé un minimum acceptable de candidatures féminines sur les listes et en bonne position pouvant garantir leur élection au parlement.
Selon les termes de l'accord, les parties prenantes au dialogue, qui se sont engagées à œuvrer en vue d'assurer une représentation équitable des femmes dans les processus électoraux et dans la vie politique nationale du Togo, encouragent les partis politiques “à s'imposer un minimum de candidatures féminines aux élections”, sans d'autres précisions. Trimoi déplore le caractère vague de la résolution, tout en relevant d'autres freins à la présence féminine au parlement. “J'ai l'impression que les femmes n'ont pas beaucoup agi au niveau des partis politiques pour être mieux positionnées sur les listes”, dit-il à IPS. Le CCOFT avait publié en 2006 une “Etude sur les obstacles à l'implication des femmes dans la vie publique et politique”. Le document de 144 pages soulignait que les femmes étaient faiblement représentées dans les sphères de décision, en dépit de leur nombre et de leur dynamisme.
Le Togo comptait 51,30 pour cent de femmes sur une population d'environ cinq millions d'habitants en 2005, selon le ministère de la Population.
L'étude du CCOFT a révélé également un manque de formation politique des femmes et recommandait aux décideurs politiques d'instituer un quota raisonnable pour les femmes dans les instances de prise de décisions.
"Notre parti, le RPT… a toujours mis au devant la promotion de la femme et tout a été mis en œuvre pour qu'il y ait beaucoup de femmes du parti au parlement cette année. Les actions des associations de femmes ont porté leurs fruits, ce qui a fait que beaucoup de femmes ont participé aux élections primaires au sein du parti", déclare à IPS, Larba Apoujak, une députée du RPT. "Et je me dis que c'est déjà un grand pas, même si à la fin du processus, on se retrouve à cinq au parlement sur les 20 retenues (inscrites) pour le RPT. Le parti a fait de son mieux pour que nous soyons nombreuses", ajoute-t-elle.
De son côté, Patrick Lawson, député et premier vice-président de l'UFC, explique à IPS : "Beaucoup de femmes militent au sein de l'UFC, elles sont… très engagées depuis longtemps. Elles n'ont pas attendu l'accord politique global tout comme le parti qui a, depuis sa création, travaillé pour promouvoir la femme. Ce que nous constatons, la plupart d'entre elles préfèrent laisser les hommes au devant de la lutte, mais il y en a qui sont très engagées et qui sont de grandes leaders".
Pour "le choix des candidats du parti", ajoute Lawson, "nous avons tous été soumis à des critères afin que la représentation du parti soit de qualité au sein de la future Assemblée nationale. Ces critères ont freiné beaucoup de femmes, mais nous espérons que la situation évoluera lors des prochaines consultations électorales, notamment les locales".
Selon les résultats définitifs des élections législatives du 14 octobre, le RPT remporte 50 sièges, suivi de l'UFC (27 députés) et du Comité d'action pour le renouveau (CAR) du Premier ministre sortant Yaovi Agboyibo, qui a obtenu quatre sièges. Sur les 50 députés du RPT, cinq sont des femmes, contre deux sur les 27 de l'UFC.

