COMMONWEALTH: Attendre le Pakistan, agir sur le changement climatique

KAMPALA, 27 nov (IPS) – La dernière Réunion des chefs d'Etat et de gouvernement du Commonwealth (CHOGM) a pris fin dimanche avec des dirigeants et représentants du gouvernement qui ont réitéré la nécessité de restaurer des règles démocratiques au Pakistan, pendant qu'ils demandent à Islamabad de maintenir les lignes de communication avec les 53 membres de l'organisation.

Cette demande a suivi la décision prise la semaine dernière par le Groupe d'action ministériel du Commonwealth (GAMC) de suspendre le Pakistan de l'organisation, après que le pays a principalement manqué de remplir les conditions fixées le 12 novembre par le GAMC. Celles-ci concernaient la levée de l'Etat d'urgence déclaré au début de ce mois, la restauration de l'indépendance de la justice et le respect des droits de l'Homme. "Les dirigeants… ont approuvé la décision du GAMC de réexaminer l'évolution de la situation après les élections (législatives) prévues en janvier 2008 et demandé au gouvernement du Pakistan de répondre positivement au désir du Commonwealth de rester engagé et de soutenir le retour du gouvernement démocratique et de l'Etat de droit au Pakistan", indique le communiqué de Kampala publié dimanche. La rencontre du 23 au 25 novembre s'est tenue dans la capitale ougandaise. Le Pakistan a réagi à la suspension avec colère, la qualifiant "d'irrationnelle et d'injustifiée". Le président Pervez Musharraf avait déclaré que l'Etat d'urgence a été introduit pour s'attaquer à la menace de l'extrémisme islamique et pour contenir un système judiciaire qui s'immisçait dans le travail du gouvernement. D'autres ont considéré cette décision comme une tentative de contrecarrer les défis légaux à la réélection de Musharraf en octobre — un résultat qui a été confirmé la semaine dernière. Le réchauffement mondial était un autre sujet majeur à l'ordre du jour de la CHOGM, lequel a vu l'adoption par les dirigeants et les représentants du gouvernement du 'Plan d'action sur le changement climatique du Commonwealth de Lac Victoria' en réponse à la menace que constituent les gaz à effet de serre. Ils se sont engagés à travailler à travers la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (UNFCCC), "…en s'unissant et en influençant à partir de notre vision partagée et de notre diversité de la façon la plus complète possible" en vue de parvenir à un accord "global" pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre après 2012. Ceci interviendra quand le Protocole de Kyoto de 1997 à l'UNFCCC expirera. Conformément à ce protocole, des nations industrialisées sont tenues de réduire leurs émissions combinées à cinq pour cent au-dessous des niveaux de 1990 d'ici à 2012. Toutefois, le plan d'action a été critiqué pour avoir manqué de pousser à avoir des plafonnements obligatoires concernant la réduction des émissions en prélude à la 13ème Conférence des parties à l'UNFCCC — prévue pour se dérouler le mois prochain à Bali — où un successeur au Protocole de Kyoto sera débattu. Les Etats industrialisés ne seraient pas ciblés pour réduire leurs émissions, et les Etats-Unis — un émetteur principal de gaz à effet de serre — n'a pas encore ratifié le Protocole de Kyoto. Des craintes sont que le réchauffement mondial aura un effet spécialement dévastateur sur le monde en développement, qui manque de ressources pour s'adapter au changement climatique. Entre autres, le plan d'action du Commonwealth demande plus d'argent pour aider les pays nécessiteux à s'adapter au changement climatique. Le communiqué de Kampala s'attaque également à la question sensible des Accords de partenariat économique (APE), qui sont prévus pour remplacer l'Accord de partenariat de Cotonou de 2000 l'année prochaine en tant que mécanisme régissant le commerce entre l'Union européenne (UE) et les anciennes colonies d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (le bloc ACP). Les APE sont en train d'être introduits pour mettre le commerce UE-ACP en conformité avec les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). A ce jour, les nations ACP ont eu un accès préférentiel aux marchés européens, un arrangement que l'OMC qualifie d'injuste. Toutefois, on craint que la libéralisation du commerce UE-ACP pour le rendre conforme à l'OMC expose les Etats en développement à la concurrence venant des producteurs européens, à laquelle ils ne pourraient pas résister, ainsi qu'à d'autres effets néfastes.

"Les chefs de gouvernement… ont appelé expressément pour que les APE tiennent pleinement compte des contraintes de capacités, de la nécessité des mesures d'accompagnement adéquates à fournir sur une base prévisible à respecter, notamment les coûts d'ajustement et autres vulnérabilités possibles ainsi que la sauvegarde de la flexibilité des politiques", indique le communiqué. Le secrétaire général du Commonwealth sortant, Don McKinnon, s'est également prononcé sur la question, déclarant à la presse, à la clôture de la CHOGM, que "nous voulons soutenir les petits pays dans les négociations des APE". D'autres questions soulevées dans le communiqué de Kampala comprennent le trafic humain, le terrorisme, le VIH/SIDA et la remise de dettes, avec des délégués qui ont exprimé "… une préoccupation selon laquelle plusieurs pays font toujours face aux fardeaux de dettes lourds et insoutenables". Kamalesh Sharma, haut commissaire de l'Inde en Grande-Bretagne, a été nommé comme le successeur de McKinnon, et débutera un mandat de quatre ans en avril 2008. La prochaine rencontre des chefs d'Etat et de gouvernement du Commonwealth se tiendra en 2009 en Trinité-et-Tobago (la CHOGM est un événement biennal). Le Commonwealth est un regroupement composé principalement des anciennes colonies britanniques; ses objectifs comprennent la promotion de la bonne gouvernance et le développement économique.