CONGO: Des signes de transparence dans le commerce du diamant

BRAZZAVILLE, 26 nov (IPS) – Le Congo-Brazzaville a réintégré ce mois le Processus de Kimberley au terme d'importants efforts de bonne gouvernance, notamment dans le contrôle du commerce du diamant sur son territoire.

Alors qu'il en avait été exclu en 2004 à cause des écarts importants entre la production locale et les exportations de diamants, ce pays d'Afrique centrale a annoncé une série de mesures visant la transparence dans le secteur. La société civile congolaise a également joué un rôle important dans cette réintégration au Processus. Selon le gouvernement, près de 183.000 carats sont produits chaque année dans le pays. Mais les inspecteurs du Processus de Kimberley avaient noté entre 2003 et 2004 que le Congo exportait jusqu'à cent fois plus, soit environ six à sept millions de carats. “Comme des chats échaudés, nous avons pris l'engagement de prendre le taureau par les cornes dans le but de corriger nos faiblesses”, a déclaré Pierre Oba, le ministre congolais des Mines, des Industries minières et de la Géologie, au cours d'une conférence de presse tenue récemment, le 16 novembre à Brazzaville, la capitale, peu après la réintégration du Congo. Le Congo a en effet mené entre 2004 — date de son exclusion du Processus de Kimberley — et 2007, des actions qui marquent la transparence dans le commerce du diamant, notamment la révision de son Code minier. “Il est à la fois rigoureux et attrayant, car nous avons besoin d'investisseurs sérieux dans cette filière, et en majorité les nationaux”, a indiqué Oba. Le gouvernement a créé en 2007 le corps des inspecteurs qui vont contrôler et valider la 'traçabilité' du diamant. Il a également mis en place un bureau d'expertise dans la certification du diamant et qui tiendra, selon Oba, “des statistiques claires et vérifiables”. La construction de ce bureau a commencé à Brazzaville. Par ailleurs, en accord avec la République démocratique du Congo (RDC), la République centrafricaine et l'Angola, le Congo a mis en place un système de surveillance des frontières pour décourager les trafiquants illicites de diamant. “Nous avons créé des mécanismes bilatéraux et multilatéraux sur la commercialisation des diamants dans la sous-région”, a ajouté le ministre, sans plus de précisions. Le Congo n'est pas en réalité un producteur de la taille de l'Afrique du Sud, de l'Angola et de la RDC. Sa production est essentiellement artisanale, effectuée par des paysans dans les départements du Kouilou, dans le sud du pays, de la Sangha et la Likouala, dans le nord. Une seule entreprise moderne, la 'Mokabi Mining', travaille dans le pays, mais exploite encore très peu de diamants, car elle se consacre à l'exploration. Les écarts constatés entre 2003 et 2004 — entre les diamants exportés et ceux qui sont produits localement — étaient donc trop grands. “De toute façon, notre potentiel national ne permettait pas de justifier une telle production, évaluée à des millions de carats”, a reconnu Oba. Plusieurs comptoirs de diamant créés à Brazzaville n'appartenaient qu'à des étrangers. Le Congo avait même eu sa Bourse du diamant dès 1962, deux ans après son indépendance. “Pourtant, tout le monde savait qu'on n'était pas un grand producteur des diamants”, a souligné le ministre. Depuis la sanction du Congo, ces comptoirs ont disparu. “Il y en avait un ici, mais qui avait déclaré faire de l'import-export (de produits divers). Des clients venaient discrètement acheter du diamant. La maison a fermé depuis 2006”, a révélé à IPS, Joseph Ngania, détenteur d'un magasin partageant les mêmes locaux avec cet ancien comptoir situé non loin du beach de Brazzaville, près du fleuve Congo qui sépare les deux Congo. Selon des spécialistes, les trafiquants ont fermé d'eux-mêmes parce qu'ils craignaient qu'après les sanctions contre le Congo, les autorités ne sévissent contre leurs comptoirs illicites. Au même moment, de l'autre côté du fleuve en RDC, le contrôle avait été renforcé.

“Le diamant a toujours été difficile par rapport à l'ivoire, par exemple. Mais depuis deux ans, on n'en trouve presque plus, même les démarcheurs ont disparu”, témoigne à IPS, Arouna Coulibaly, un bijoutier au marché de Poto-poto, la troisième commune de Brazzaville. “Notre loi était faible et exposait notre pays — qui a une vocation de transit — à tous les trafiquants. Même quand on se faisait prendre par la police, on ne risquait pas grand-chose, et nous étions devenus le maillon faible du dispositif sous-régional en matière de commercialisation du diamant”, a reconnu Oba. Après son exclusion, du Processus de Kimberley, le Congo a mis en place en 2005 un comité de réintégration, dirigé par le ministre des Mines, des Industries minières et de la Géologie. Le comité a travaillé à répondre aux exigences du Processus. Après plusieurs étapes de discussions, le Congo a reçu l'appui de la société civile pour faire avancer le dossier. “La société civile a abattu un grand travail. C'est grâce à nous que le pays a réintégré le Processus”, a déclaré à IPS, Désiré Iwangou, membre du Comité consultatif national de l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). L'ITIE a été lancée en 2002 au Sommet de la terre, à Johannesburg, par l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair, après le constat des écarts importants entre les revenus des industries minières et pétrolières, encaissés par les Etats et le niveau de pauvreté de leurs populations. L'ITIE a été créée pour faire la transparence dans les transactions de ces industries extractives tournées.

“Le gouvernement était prêt pour son dossier. Mais certains détails importants auraient pu faire que notre dossier soit examiné six mois après. Par exemple, le spécimen du certificat n'était pas prêt ainsi que la lettre de garantie consistant à déclarer les stocks du diamant”, a révélé à IPS, Eugène André Osseté, coordonnateur général du Comité de liaison des organisations non gouvernementales du Congo. “Prenant part à l'examen du dossier Congo à Bruxelles, nous avons vite alerté le gouvernement pour régler ces manquements”. Pour une fois, le gouvernement a salué le travail abattu par la société civile. “Vraiment la société civile a fait un travail important. Grâce à elle, nous avons pu réintégrer le Processus (de Kimberley)”, a reconnu encore Oba. “Nous suivrons l'action du gouvernement pour que toutes les mesures annoncées soient correctement appliquées. Par exemple, il n'y a plus de comptoirs à Brazzaville. Il faut inciter à leur création et encourager une importante production”, a suggéré Osseté. “C'est notre tâche, nous veillerons à ce que le Congo respecte les conditions fixées par le Processus, nous devons y rester comme un modèle”, a ajouté Iwangou. Le Processus de Kimberley a été lancé dans cette ville d'Afrique du Sud en 2000, quand un certain nombre de gouvernements se sont rencontrés pour voir comment faire pour mettre fin au commerce de diamants illicites. Son objectif était de lutter notamment contre les diamants de guerre ou du sang. Des observateurs estiment que le Processus a apporté des bénéfices tangibles, spécialement à travers l'introduction en 2003 d'un plan international pour certifier l'origine des diamants. Selon les Nations Unies, 0,2 pour cent des diamants de guerre circule encore dans le monde, contre 15 pour cent au début des années 1990.