DEVELOPPEMENT-GHANA: Recoller les morceaux après les inondations

ACCRA, 30 sep (IPS) – "Nous avons prié Dieu d'ouvrir les cieux, mais ceci n'est pas ce que nous avons demandé", déclare Peter Nayoon, un agriculteur originaire de Gushiegu, dans le nord du Ghana, l'un des nombreux pays africains détruits par des inondations au cours de ces dernières semaines.

"Je suis ruiné", ajoute-t-il, désignant d'un air abattu la zone qui était autrefois son champ d'igname. "Qui me donnerait de l'argent pour commencer une nouvelle vie"? Le pays avait connu une période très sèche qui a précédé les inondations, entraînant presque la fermeture du barrage hydroélectrique d'Akosombo, dans le sud-est. Cette infrastructure est alimentée, depuis le nord du pays, par le fleuve Volta. Puis, au cours des derniers jours du mois d’août, les pluies sont venues, inondant toutes les régions du nord, notamment l’extrême est et l’extrême ouest. Ces pluies torrentielles ont obligé des familles, qui luttaient avant contre la sécheresse, à gérer un autre type de catastrophe naturelle, car beaucoup ont dû fuir leurs maisons. Jusque-là, environ 250.000 personnes ont été déplacées, a déclaré Frank Agyekum, ministre adjoint de l'Information. Joana Seini, une mère de deux enfants, a dû recourir aux feuilles pour nourrir ses enfants. "J'ai donné à mes enfants des feuilles que j'ai cueillies derrière notre case endommagée et j'ai bu l'eau boueuse devant la maison". Alhassan Samari, le ministre de la région du nord qui a fait le tour des zones sinistrées avec une équipe d'évaluation, a déclaré qu'environ 101 hectares d'igname ont été détruits. "En outre, environ 202 hectares de champs de riz, 65 hectares de soja, 247 hectares de maïs et 60 hectares d'arachide ont été perdus dans les inondations du district de Saboba-Cheroponi, uniquement dans la région septentrionale". Beaucoup plus de terres cultivées dans l’extrême est et l’extrême ouest du pays auraient également été détruites. "A ce jour, on estime que 75.000 personnes (au Ghana) ont un besoin urgent d’une assistance humanitaire, notamment des vivres, des vêtements, des draps, des ustensiles de cuisine, des pirogues ou barques, des moustiquaires et des produits pour purifier l'eau", indique le Programme alimentaire mondial (PAM) sur son site Web. Les zones inondées ont été visitées également par des représentants des agences humanitaires. "Le nombre d'écoles qui ont été détruites révèle que les enfants de cette zone seraient gravement touchés", a déclaré Yasmin Ali Hague, représentante du Fonds des Nations Unies pour l'enfance au Ghana. Elle a également exprimé son inquiétude par rapport à la propagation des maladies d'origine hydrique — spécialement le ver de Guinée — et en appelle au gouvernement "pour régler rapidement ce problème avant que la maladie ne se déclenche". Par ailleurs, "les ponts cassés ont jusqu'ici rendu difficile la distribution de l'aide alimentaire", a indiqué Dan Ayugare du service de secours catholique américain, CRS. Selon le bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, les inondations en Afrique de l'ouest sont parmi les pires en une décennie, avec quelque 500.000 personnes touchées par des pluies torrentielles dans 18 pays. Les inondations ont lieu partout sur le continent, jusqu'en Afrique de l'est. Le PAM estime qu'en tout, environ 1,5 million de personnes sont victimes d'inondations ces dernières semaines. La situation du Ghana a été aggravée par l'état critique du Burkana Faso voisin, a fait remarquer Agyekum. "L'ouverture des déversoirs d'un barrage par les autorités du Burkina Faso… a aggravé la situation (au Ghana)", a-t-il confié à IPS. Un fonctionnaire à l'ambassade du Burkina Faso au Ghana a confirmé l’ouverture des réserves du barrage de Bagre, ajoutant que "si cela n'avait pas été fait, notre barrage courait aussi des risques de destruction". Toutefois, a ajouté Agyekum, l'heure n'est pas aux reproches. "De façon urgente, nous envisageons la distribution d'aide aux populations. Après cela, la préoccupation du gouvernement est de prendre des mesures pour reconstruire les trois régions. Le type de maisons que vous trouvez là doit être modifié". Il a déclaré que le changement des conditions climatiques à l'échelle mondiale fait également partie du problème: "C'est une question à laquelle le monde doit s'attaquer puisqu'elle affecte actuellement presque chaque partie du monde". Le sud du Ghana dépend du nord bien plus que pour l’eau qui alimente le barrage hydroélectrique d'Akosombo. Le nord fournit également une importante partie des vivres du sud. "Les populations de la partie septentrionale du pays ont fourni des vivres à celles du sud durant toutes ces années, mais elles n'en ont rien tiré, puisque les vivres qu'elles produisent sont vendus bon marché. Les gens du sud doivent manifester leur soutien à la situation critique de ceux du nord en leur donnant plus d'aide", a souligné Alhassan Andani, enseignant originaire de Yendi, une ville du nord.