SANTE-MOZAMBIQUE: Les femmes accouchent sans eau courante dans les campagnes

NHAMATANDA, centre du Mozambique, 30 août (IPS) – Les femmes qui viennent accoucher dans un centre de soins dans la campagne mozambicaine se font souvent accompagner d'un proche pour porter des bidons d'eau dont la sage-femme aura besoin. Peu de dispensaires disposent en effet de l'eau courante dans les zones rurales.

Un groupe de patients attend devant le centre de santé de Monte Xiluvo, dans le district de Nhamatanda, situé dans la province centrale de Sofala. La plupart sont des femmes, accompagnées de jeunes enfants, qui viennent pour la consultation de Caetano Mendosa, l'infirmier en chef du dispensaire. Lorsqu'il ouvre sa porte pour accueillir son prochain patient, le sable s'engouffre dans la salle de consultation. Malgré l'absence d'eau courante, l'infirmier parvient cependant à maintenir cette pièce propre.

“Le manque d'eau courante est notre plus gros problème”, explique Mendosa qui reçoit chaque mois environ 1.000 patients. “La situation est plus compliquée depuis que nous n'avons plus personne qui se charge d'amener les bidons. Nous sommes obligés de demander aux proches des patients de les apporter. Le plus difficile, c'est pour la sage-femme, qui doit pratiquer les accouchements avec très peu d'eau”, dit-il.

Emilia Ofece, la sage-femme, qui délivre en moyenne cinquante bébés par mois dans ce centre médical, s'assure chaque soir, avant de quitter le centre, que le grand bac qu'elle utilise pour conserver l'eau soit toujours plein. “En général, la plupart des accouchements ont lieu pendant la nuit”, explique la sage-femme, qui vit à quelques pas du centre. “Je demande à ceux qui accompagnent la femme enceinte de nous aider et de nous apporter plus d'eau si nécessaire”. L'eau courante est souvent inexistante dans les centres de santé des zones rurales. Selon les autorités, près de 57 pour cent des populations rurales — environ 9 millions d'individus — n'ont pas accès à une eau saine. Le manque d'installations sanitaires ou d'assainissement est l'une des conséquences du taux de mortalité infantile élevé du Mozambique. La diarrhée, par exemple, fait encore de nombreuses victimes parmi les enfants.

Selon le rapport 2006 sur le Développement humain des Nations Unies, 152 enfants pour 1.000 naissances vivantes décèdent au Mozambique avant d'avoir atteint l'âge de cinq ans. A titre de comparaison, le taux de mortalité infantile d'un pays industrialisé, comme la Norvège par exemple, est de quatre décès avant l'âge de cinq ans pour 1.000 naissances vivantes.

“Le manque d'eau courante dans les centres de soins est un sérieux problème, mais c'est devenu l'une des priorités du gouvernement”, affirme Juvenaldo Amos, responsable de la coordination de la lutte contre la malaria, la tuberculose, la lèpre, les maladies sexuellement transmissibles et le VIH/SIDA pour la province de Sofala. Pour les autorités, l'objectif est de construire de nouveaux centres, équipés d'installations sanitaires, et d'installer des pompes dans les dispensaires en activité. A court et plus long terme, le gouvernement veut également pourvoir le plus grand nombre de ménages ruraux d'installations sanitaires adéquates. Les autorités veulent ainsi fournir, d'ici à 2008, un accès à l'eau potable à 55 pour cent des foyers installés dans les campagnes. A l'horizon 2015, 70 pour cent des ménages ruraux devront avoir accès à l'eau potable. Si le gouvernement atteint cet objectif, il aura réussi à s'approcher le plus possible du septième Objectif du millénaire pour le développement (OMD) — qui ont été décidés en 2000 par les Etats membres de l'ONU — qui vise à réduire de moitié, d'ici à 2015, le nombre d'individus n'ayant pas accès à une eau saine et propre. Début 2001, à peine 36 pour cent des populations rurales mozambicaines avaient accès à l'eau potable. Pour atteindre ses ambitions, le gouvernement aura besoin d'argent. Selon Joaquim Jorge, responsable du département de l'eau dans les zones rurales au sein du ministère des Travaux publics, l'Etat a besoin chaque année de 10 millions de dollars (7,3 millions d'euros) pour creuser des puits, installer des pompes ou des conduites. Le Mozambique ne peut cependant prendre en charge que 10 pour cent de cette somme. Pour le reste, il doit compter sur l'aide de pays donateurs, comme les Pays-Bas, l'Inde, la Suisse, la Suède, ou des agences internationales, comme la Banque africaine de développement ou le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).