POLITIQUE-CONGO: Le nombre des femmes députées en baisse au parlement

BRAZZAVILLE, 31 août (IPS) – Dix femmes seulement siégeront pour la nouvelle législature (2007-2012), sur les 137 députés de l'Assemblée nationale, à l'issue des élections législatives de juin et août au Congo-Brazzaville, soit une baisse par rapport au parlement sortant (2002-2007) qui comptait 12 femmes.

Selon des analystes politiques et des organisations de la société civile, la faiblesse du cadre juridique pour l'élection des femmes ainsi que la non-promotion des candidatures féminines au sein des partis politiques, seraient à l'origine de la baisse de la représentation des femmes au parlement. Sur les 1.021 candidats aux dernières élections, les femmes n'étaient que 103 candidates titulaires, soit environ 10 pour cent du total. Le Parti congolais du travail (PCT), le parti au pouvoir et son allié — le Mouvement action pour le renouveau — ont positionné chacun sept candidates. Toujours dans la mouvance présidentielle, le Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral de l'ancien Premier ministre Bernard Kolelas a présenté cinq femmes, le Club 2002 PUR (Parti pour l'unité et la République), quatre femmes. La principale formation de l'opposition, l'Union panafricaine pour la démocratie sociale de l'ancien président Pascal Lissouba et l'Union pour la démocratie et la République de feu André Milongo, ancien Premier ministre de la transition (1991-1992), ont respectivement positionné six et cinq femmes. Les autres femmes candidates ont été positionnées sur les listes des autres petites formations politiques à raison d'une à deux candidates par parti. En plus de ces listes des partis, il y avait également 41 candidates indépendantes.

Pourtant, la loi électorale de mai 2007 encourage les candidatures féminines : “La présentation des candidatures aux élections législatives doit tenir compte de la représentativité des femmes à raison de 15 pour cent de candidature”, indique son article 61. “Mais la loi électorale ne garantit pas l'accès des femmes à l'Assemblée nationale. Elle ne favorise pas l'élection des femmes. Il faut, dans le cadre de notre pays, des dispositions plus fortes qui fixent un certain quota à la participation des femmes au parlement”, déclare à IPS Roch Euloge N'zobo, chargé des programmes à l'Observatoire congolais des droits de l'Homme. Selon lui, la loi électorale avait été violée par les partis politiques qui n'ont pas atteint le pourcentage de candidates exigé. “Et la Cour constitutionnelle n'a rien dit là-dessus. Dans notre culture, on n'a pas encore compris le rôle de la femme dans la sphère de prise de décision”, ajoute N'zobo.

L'article 8 de la constitution garantit pourtant la participation de la femme à la gestion de la chose publique et “assure sa représentativité à toutes les fonctions politiques, électives et administratives”. Cependant, les observateurs ont noté au cours de ces élections une forte participation des femmes, notamment avec un grand nombre de candidates indépendantes. Parmi les 10 femmes élues, figurent cinq candidates indépendantes, trois du PCT, et deux autres de la mouvance présidentielle. Deux femmes ont été élues à Brazzaville, la capitale congolaise, Antoinette Nganongo-Olou et Charlotte Opimbat, à la suite d'une bataille électorale âpre. Mais aucune femme de l'opposition n'a été élue. Suzanne Somboko, secrétaire exécutive du Centre de formation et de promotion des femmes en politique, explique à IPS que les hommes n'étaient pas encore prêts à céder un peu de place aux femmes. “Malgré le plaidoyer que nous avons fait auprès des partis pour obtenir le plus de candidates, les leaders politiques ne font aucun effort de promotion des droits de la femme”, souligne-t-elle. Selon Somboko, il y a eu des discriminations des candidates en faveur des hommes au sein des partis politiques, ce qui explique le nombre important de candidates indépendantes. Ensuite, ajoute-t-elle, les plates-formes politiques et autres alliances, n'ont pas été favorables aux femmes, car ce sont les chefs des partis qui sont d'abord servis. “Et comme les femmes ne sont pas dans les bureaux politiques, elles ne pouvaient être promues”.

Aucun parti politique dans le pays n'est dirigé par une femme. “Je trouve que ce n'est pas une bonne stratégie de voir les femmes créer leurs partis politiques pour être des députées demain. Mais, elles doivent lutter au sein des formations politiques existantes pour triompher un jour”, affirme N'zobo. “Il y a aussi chez nous le phénomène des églises qui diabolisent la politique. Et les femmes, qui sont très nombreuses dans ces milieux, se détournent alors de la politique”, constate Somboko. Sur les dix femmes qui vont siéger à l'Assemblée nationale, quatre ont été réélues, dont la ministre de l'Agriculture, Jeanne-Sara Dambedzet, élue dès le premier tour des législatives. Celles qui font leur entrée au parlement ne sont pas du tout novices dans la vie publique du pays. Quatre parmi elles étaient des candidates malheureuses lors des élections législatives de 2002.

Selon des analystes politiques, les 15 pour cent accordés aux candidatures de femmes par la loi électorale ne suffisent pas. “Il faut 30 pour cent, comme c'est recommandé aux Nations Unies et à l'Union africaine (UA)” pour favoriser les candidatures féminines par une discrimination positive, estime Somboko. “Ce n'est pas bon pour le Congo qui vient de diriger cette instance panafricaine de ne pas appliquer ces textes”, ajoute-t-elle. Le président congolais, Denis Sassou Nguesso, avait été président en exercice de l'UA avant le chef de l'Etat ghanéen John Kufuor qui en assure la présidence actuelle. A cet égard, le ministère congolais de la Promotion de la Femme et de l'Intégration de la Femme au Développement a élaboré un avant-projet de loi favorisant “l'égal accès des femmes aux fonctions politiques, électives et administratives”. Ce projet fait actuellement l'objet de réflexion au niveau des experts et des organisations de femmes. Il vise une hausse du pourcentage des postes accordés aux femmes dans les institutions politiques et administratives. “Après toutes ces étapes, il faut que nos sœurs qui sont élues au parlement soutiennent cette loi, car elle nous aidera dans notre combat”, a déclaré récemment Jeanne Françoise Loumeto Leckomba, ministre en charge de la promotion de la femme, à l'ouverture d'un atelier d'examen de cet avant-projet de loi, à Brazzaville. “Notre combat est grand, nous en avons conscience. Nous n'irons pas à l'assemblée pour dormir”, avait affirmé devant des journalistes, Opimbat dès son élection. Jusqu'à trois ans après l'indépendance de ce pays d'Afrique centrale en 1960, aucune femme n'avait encore intégré le parlement. Avec son système de nomination des députés à l'époque, le monopartisme était parvenu à faire siéger 19 femmes à l'Assemblée nationale du Congo-Brazzaville, en 1989. Mais à l'issue des premières élections de l'ère démocratique en 1992, seules trois femmes avaient été élues sur 125 députés. Les 12 élues en 2002 ont quasiment constitué un record en 15 ans de démocratie multipartite.