POLITIQUE-CAMEROUN: Les femmes peinent à s'imposer aux postes de maires

YAOUNDE, 30 août (IPS) – Dix-huit femmes seulement ont été élues maires sur les 360 communes du Cameroun, au terme de la première session des nouveaux conseils municipaux issus des élections municipales couplées avec les législatives organisées le 22 juillet.

Dans le lot des femmes élues maires, figurent quelques dames issues de familles remarquables du Cameroun. Par exemple, Rosette Mboutchou — la mère de la première dame du pays, Chantal Biya — est élue maire de la commune de Bangou, dans la province de l'Ouest du pays. Il y a également l'élection de Oumoul Koultchoumi-Ahidjo comme maire de la commune de Garoua II, dans la province du Nord, qui était dirigée auparavant par son mari Mohamadou Ahidjo — un fils du premier président du Cameroun, Ahmadou Ahidjo — qui a été élu député à l'Assemblée nationale.

En outre, Marie-Hélène Ngoa, professeur de mathématiques d'origine française, mariée à un sociologue camerounais décédé dans les années 1970, est élue maire d'Akono, dans le centre de ce pays d'Afrique centrale (Voir son interview sur le site Internet de IPS). En attendant la validation des résultats par la Cour suprême, les procès-verbaux de vote indiquent 18 femmes élues maires les 30 et 31 juillet, au terme de la première session des 360 nouveaux conseils municipaux. Ces 18 femmes maires sont réparties comme suit : 17 pour le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir; et un seul pour l'Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP), un parti membre de la majorité présidentielle. Juliette Claudine Ngono-Etoundi Ayissi, élue maire de la commune de Yaoundé V, est considérée comme activiste par certains et comme une femme entreprenante par d'autres. Elle a une particularité sur la scène politique à Yaoundé, la capitale camerounaise : élue députée en 1997 au parlement pour cinq ans, elle a été élue maire de sa commune en 2002. Et elle vient de remporter un second mandat consécutif. Elle est également présidente de la section OFRDPC (Organisation des femmes du RDPC) de Yaoundé V, l'un des six arrondissements de la capitale.

“Le gouvernement ne peut pas descendre jusqu'au niveau des populations pour les pousser à voter spécialement pour les femmes lors des élections. C'est à force de travail que l'on s'impose. La lutte est âpre. Il faut beaucoup travailler pour y arriver”, affirme Ngono-Etoundi Ayissi à IPS. Elle ajoute : “Il faut que la femme camerounaise se libère psychologiquement afin de mieux se lancer dans le combat. Etant donné que nous sommes dans un pays pauvre, les actions comptent, notamment les réalisations sociales en faveur des populations. Il est indispensable de rester à l'écoute de celles-ci, à travers une politique de proximité”.

Moins de dix femmes avaient été élues maires pour diriger les conseils communaux lors de la mandature écoulée (2002-2007). “En constatant qu'il y a plus de femmes élues députées (23) que maires (18), l'on en vient à conclure que le système politique au Cameroun demeure phallocratique, c'est-à-dire que le pouvoir masculin continue de dominer le jeu”, commente Joseph Vincent Ntuda Ebodé, politologue et vice-doyen de la Faculté des sciences politiques et juridiques de l'Université de Yaoundé II. “La réalité montre plutôt qu'au suffrage universel direct, les femmes ont plus de chances d'être élues que dans un suffrage universel indirect”, ajoute-t-il, expliquant que les élections — au sein des conseils municipaux — sont dominées par les hommes qui sont souvent plus nombreux. Toutefois, presque chacun des 360 conseils municipaux compte au moins une femme parmi les adjoints au maire. Cela montre que “la femme est bonne quand elle est confinée au second rôle derrière un grand homme”, estime Ntuda Ebodé, indiquant que c'est une “évolution marginale”. Selon Ntuda Ebodé, “Le RDPC est le parti le plus conservateur. Il redoute plus la revanche des femmes que les autres formations. Alors que le président Paul Biya dit qu'il faut accorder plus de places aux femmes et aux jeunes, l'on observe qu'à toutes les élections, ce sont toujours les vieux qui sont élus”. D'une manière générale, comme au parlement, les nouveaux conseils municipaux sont majoritairement contrôlés par le RDPC. “Comme le RDPC a gagné, je m'attendais à voir beaucoup de femmes maires et députées. Ce n'est pas, hélas, le cas!”, note Béatrice Anembom Munjo, secrétaire nationale à la communication du 'Social Democratic Front' (SDF), le principal parti de l'opposition.

“J'étais candidate aux élections législatives, j'ai été battue”, souligne-t-elle, affirmant que “le système politique en place ne favorise pas l'évolution des femmes”. Elle explique à IPS : “Dans mon parti, il y a des femmes plus dynamiques que moi. Mais, à cause des fraudes (attribuées au RDPC), elles n'ont pas pu gagner”. Pour sa part, Hubert Mono Ndjana, ancien secrétaire à la communication et à la culture du Comité central du RDPC, a exprimé une opinion plus nuancée : “Toutes proportions gardées, et compte tenu de notre niveau d'évolution politique, il y a leu de dire que la voix, la place et le rôle de la femme sont en train d'aller crescendo”. “Quand la démocratie renaissait (au Cameroun) dans les années 1990, il y avait zéro femme maire. De par notre anthropologie négro-africaine, et en dehors de l'Antiquité égyptienne, il n'est pas courant d'admettre au commandement public la gent féminine”, a-t-il dit. “Les femmes elles-mêmes ne se bousculent pas aux portes du pouvoir”. Mono Ndjana ajoute : “Personnellement, je souhaite qu'elles s'affirment parce qu'à la gestion des communes, elles commettront moins de crimes que les hommes. Donc, leur accession à la gestion de la chose publique peut apporter un souffle nouveau, avec des mentalités nouvelles. Elles savent mieux conserver le patrimoine que les hommes”.