COMMERCE-AFRIQUE: Les APE comme ''irrigation pour une croissance économique''

BLANTYRE, 2 mai (IPS) – Des négociateurs africains et européens dans les discussions sur l'Accord de partenariat économique (APE) pour l'Afrique orientale et australe ont rejeté des critiques des organisations de la société civile locale et internationale, relatives aux effets négatifs probables de l'accord proposé.

Le gouvernement du Malawi a abrité des discussions techniques la semaine dernière (le 24 avril) pour les 16 pays impliqués dans le groupe APE de l'Afrique orientale et australe. Ces discussions intervenaient au milieu de protestations émanant de cinq organisations non gouvernementales (ONG) sur les effets néfastes des APE.

Elles soutiennent que les APE pourraient détruire la capacité du Malawi à diversifier son économie et à bâtir un secteur manufacturier. Les recettes des droits de douane seront également perdues. L'Union européenne (UE) est actuellement en train de négocier les APE avec six groupes des pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Les APE remplaceront les anciens accords préférentiels ayant commencé depuis les années 1970.

En réponse, Alessandro Mariani, ambassadeur de la Commission européenne et chef de délégation au Malawi, déclare : "Même si nous pensons que les arguments et craintes des ONG ne sont pas vraiment justifiés, nous devons les aborder et faire un effort pour expliquer au grand public ce que nous faisons et quels sont nos objectifs".

Mais il dit également qu'il n'a besoin de persuader personne de l'importance de l'APE et de ses avantages éventuels pour les économies de la région. Les gens sont conscients de son potentiel ainsi que des défis et difficultés de ces négociations, affirme Mariani.

Il défend l'UE, indiquant qu'elle ne recherche pas "un libre-échange" avec les pays ACP au moment de la signature de l'accord ou après. Plutôt, l'UE ouvrira son marché à ses exportateurs des ACP. Les ACP conserveront également le droit de protéger des produits sensibles où la suppression des taxes à l'importation pourrait menacer les producteurs locaux.

"Il n'y aura plus de droits de douane, plus de quotas. Un point c'est tout", a indiqué Mariani à IPS. Mariani admet que le principe de réciprocité conformément aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) signifie que les pays ACP devront offrir l'accès au marché pour des produits UE mais que cet engagement sera graduel.

Du côté du gouvernement malawite, le secrétaire principal pour le développement du commerce et du secteur privé du Malawi, Newby Kumwembe, est optimiste au sujet du nouvel accord commercial. Il est en train de rallier du soutien pour cela. Selon lui, le Malawi tirera profit du nouvel accord pour pousser l'UE à apporter son assistance dans l'amélioration de l'infrastructure du pays dans des domaines comme le transport et l'énergie. En traitant ces questions, le niveau de jeu peut être aplani.

Le représentant du Malawi à l'OMC, Dickson Yeboah, soutient que les pays en tant que membres de l'OMC ont un intérêt dans le système d'échanges multilatéraux et peuvent l'influencer. Un système de commerce multilatéral efficace permettra aux gouvernements de garder leurs marchés intérieurs ouverts et de libéraliser davantage conformément à leurs besoins commerciaux, financiers et de développement.

"Libéraliser le commerce signifie accroître la gamme de choix des individus. Un échange plus libre n'est pas une inondation qui balaie les emplois et les normes nationales, mais est plutôt une irrigation pour la croissance. Les canaux d'irrigation sont les règles négociées du système d'échanges multilatéraux", souligne Yeboah.

Le secrétaire général adjoint du Marché commun d'Afrique orientale et australe (COMESA), Sindiso Ngwenya, est également certain que les APE définitifs seront bons pour les pays pauvres. Il fait partie des négociateurs du groupe APE de l'Afrique orientale et australe (ESA). Selon lui, les APE ne seront au détriment des nations pauvres que s'il n'y a aucune composante de développement dans les accords. "D'après ce que nous avons vu des intentions de la Commission européenne, nous sommes sûrs qu'ils comprennent notre position et prendront en compte nos préoccupations", affirme Ngwenya.

Le ministre du Commerce Ken Lipenga a exprimé son inquiétude au sujet des capacités des négociateurs africains par rapport à leurs homologues européens. En mai dernier, quand il a ouvert une session de formation sur les techniques de négociation commerciale au Malawi, Lipenga s'est appesanti sur le manque d'aptitudes dans le domaine du commerce international comme ayant affecté négativement le développement des échanges commerciaux du Malawi.

Il craint que les négociateurs commerciaux du pays n'aient scellé des pactes commerciaux qui n'ont pas profité au pays. Le Malawi aurait tiré meilleur parti s'il avait utilisé des négociateurs habiles.

"Les négociateurs de nos partenaires développés sont devenus très perspicaces. Ils ont trouvé de nouvelles tactiques comme des salles de détente, des amis du président, des rencontres mini-ministérielles et la conclusion tardive des réunions", a déclaré Lipenga, se référant aux négociations de l'OMC.

Les négociations commerciales ont lieu entre des pays sélectionnés à huis clos dans des "salles de détente" à l'OMC; les amis du président aux rencontres de l'OMC sont également des pays choisis qui se rencontrent séparément; les rencontres mini-ministérielles sont également des événements exclusifs; et la conclusion tardive des réunions de l'OMC a une fois encore provoqué l'exclusion des négociateurs des pays en développement. Le représentant du Malawi à l'OMC, Yeboah, qui a servi de facilitateur dans la formation sur les aptitudes en négociations commerciales, affirme que les Malawites ont besoin de techniques de négociation pour aider le pays à tirer davantage profit du marché international. Les négociateurs de l'ESA veulent également que l'UE aide à renforcer la capacité des pays pauvres dans la mise en œuvre et à profiter du commerce libéralisé et d'un accès croissant au marché pour les aider à s'intégrer dans l'économie mondiale.