COMMERCE: L'APE pourrait ''détruire'' le potentiel industriel du Malawi

BLANTYRE, 3 mai (IPS) – Des milieux économiques en Afrique orientale et australe sont occupés à débattre des avantages et inconvénients de l'Accord de partenariat économique (APE) que les gouvernements de cette région négocient actuellement avec l'Union européenne (EU).

Seize nations du groupe APE de l'Afrique orientale et australe (ESA) devraient signer l'accord d'ici à décembre de cette année, de même que d'autres pays du reste des régions d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Alors que le gouvernement malawite attend impatiemment cette étape, des organisations non gouvernementales (ONG) sont pleines d'appréhensions dans le pays. Cinq ONG influentes, dont les voix sont prises au sérieux sur la scène politique et économique au Malawi, préviennent que l'APE sapera l'économie du pays.

Ces ONG sont : le 'Malawi Economic Justice Network' (Réseau pour la justice économique au Malawi); le 'Farmers Union of Malawi' (Syndicat des fermiers du Malawi); le 'Civil Society Agriculture Network' (Réseau de la société civile pour l'agriculture); le 'Malawi Council of Churches' (le Conseil des églises du Malawi); et Oxfam au Malawi.

Elles ont écrit à la présidente de l'UE, la chancelière allemande Angela Merkel, affirmant que l'APE est un mauvais accord puisqu'il ne permettra pas au Malawi et à d'autres pays pauvres de protéger leurs industries locales avec des droits de douanes et d'autres mesures.

Le groupe d'ONG souligne que l'APE est différent des accords commerciaux préférentiels de Lomé et Cotonou qu'il remplace. Le nouvel accord commercial "contraindra" le Malawi à ouvrir son marché au monde industrialisé et finira par perpétuer la misère économique dans sa population de 12 millions d'habitants, selon les ONG.

Quelque 65 pour cent de Malawites vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar US par jour.

Les organisations soutiennent également que l'APE ouvrira les marchés locaux du Malawi aux articles produits à des coûts inférieurs dans des pays développés d'Europe. Ces produits entreront en compétition avec des articles malawites qui ont été fabriqués dans un pays moins avancé qui se débat déjà contre des restrictions économiques mondiales.

"L'APE réduira les recettes gouvernementales à travers la perte des droits de douane et sapera les avantages de l'intégration commerciale régionale", ont indiqué les ONG. Elles croient que le Malawi a le droit de poursuivre de façon autonome des politiques commerciales et économiques déterminées pour le développement de son économie, tout comme le font d'autres pays. La communauté des ONG au Malawi n'est pas seule dans ses protestations. Un rapport publié cette année par Tearfund, une agence caritative chrétienne internationale d'aide et de développement, prévient que les négociations APE sont déséquilibrées. Le rapport dit que les APE créeront une plus grande disparité entre les pays ACP et l'UE en termes de développement et de pouvoir économique.

Dans un rapport intitulé "Beaucoup à perdre, peu à gagner : Evaluer les APE de la perspective du Malawi", Tearfund prévient que l'APE menace de renforcer la position du Malawi en tant qu'exportateur de matières premières non transformées, sans grande valeur.

Ceci sapera la stratégie de développement du gouvernement malawite pour ajouter de la valeur aux produits agricoles et développer un secteur industriel. Cela sapera également l'intégration régionale entre le Malawi et ses voisins et conduira à une importante perte de recettes fiscales. Il y aura également d'autres coûts d'adaptation majeurs, indique Tearfund.

"Les négociations APE sont masquées dans le langage de partenariat et de développement, mais dans la dynamique de négociation nettement déséquilibrée entre l'UE et les ACP, la Commission européenne utilise les APE pour imposer son propre programme à l'Afrique. "Le Malawi a peu à gagner et potentiellement beaucoup à perdre en entrant dans un APE avec l'UE", conclut Tearfund.

Tearfund rappelle au gouvernement malawite que le Malawi, en tant que pays moins avancé, est en théorie capable de se retirer d'un APE. Il recommande que le Malawi fasse cela et s'en tienne plutôt à l'accès hors taxe, sans quota, dont il a dispose en vertu de l'initiative commerciale préférentielle de l'UE, 'Tout sauf les armes'.

Les inquiétudes des groupes de la société civile semblent avoir une certaine influence sur le processus de l'APE. Le gouvernement du Malawi a abrité des discussions techniques intensives la semaine dernière (le 24 avril) pour tous les pays impliqués dans l'accord commercial.

Pour dissiper les craintes, le ministre du Commerce, Ken Lipenga, a précédemment indiqué que le gouvernement tiendrait toutes les consultations nécessaires avant de signer l'accord. "Nous ne signerons pas simplement pour le plaisir de signer. Nous savons que la libéralisation du commerce a certains effets négatifs et nous en tiendrons compte lors des négociations", a déclaré Lipenga.

Faisant directement allusion aux préoccupations des ONG, Kumwembe, le secrétaire principal pour le développement du commerce et du secteur privé du Malawi, a souligné à IPS que le secteur privé du pays subissait d'énormes coûts de production dans certains domaines, ce qui les rend non compétitifs dans l'économie mondiale.

Kumwembe affirme également que beaucoup de gens ont mal compris les accords commerciaux. De nos jours, les grands marchés d'Europe et les Etats-Unis ont durci leurs conditions d'entrée. Des pays pauvres comme le Malawi ont besoin d'accords comme les APE pour pouvoir participer à l'économie mondiale.