DEVELOPPEMENT: Un recours aux OGM pour sauver l'environnement en Afrique?

ACCRA, 30 avr (IPS) – Des scientifiques africains recommandent aux pays africains de faire recours aux Organismes génétiquement modifiés (OGM) comme possible solution à leurs problèmes environnementaux.

Ils fondent leur argumentation sur la découverte de nouvelles plantes transgéniques jugées plus résistantes à la sécheresse, dont certaines sont même économiquement très rentables.

La plante la plus en vue, sur laquelle repose tous leurs espoirs, est une plante d'origine sud-africaine appelée “plante de la resurrection”, de son nom scientifique Selaginella Lepidophylla, dont le Pr Walter Alhassan, éminent scientifique ghanéen, vante ici les mérites.

“C'est une plante qui demeure éternellement verte, même dans un environnement aride. Les gènes de cette plante, aujourd'hui à l'étude, pourraient être transférés dans d'autres plantes pour leur conférer la même résistance à l'aridité”, annonce l'éminent chercheur, grand défenseur de la biotechnologie.

La Selaginella Lepidophylla est une plante des milieux désertiques qui possède la capacité de se passer d'eau durant une période de 50 ans, explique l'homme de science.

Les gènes de cette plante ont été extraits par les scientifiques qui les ont transférés, grâce au génie génétique, à d'autres plantes pour leur conférer la même résistance à la sécheresse.

Les nouvelles espèces de plante ainsi créées, dont certaines sont déjà en expérimentation dans des pays africains comme l'Afrique du Sud et le Burkina Faso, pourront alors contribuer à reboiser efficacement les régions arides de l'Afrique, estime le professeur Alhassan.

“La modification des gènes d'une plante peut permettre également d'améliorer sa qualité”, renchérit le Dr Sam K. Offei de l'Université d'Accra.

Le Dr Offei explique que grâce à la modification des gènes, par exemple, les scientifiques ont pu réduire les espaces de culture de certaines plantes tout en ayant des rendements élevés.

“Cette réduction des espaces de culture va, tout au moins, mettre les forêts à l'abri de la destruction”, fait remarquer Offei selon qui, ce sont les mauvaises pratiques des hommes qui ont entraîné la désertification et la pollution de l'environnement.

Toujours selon Offei, la modification des gènes a également permis de mettre sur pied des plantes qui n'ont pas besoin d'insecticides, ou ont besoin de peu d'insecticides pour croître.

C'est le cas du coton Bt ou coton transgénique, par exemple, déjà cultivé à grande échelle en Inde et en Chine, et actuellement en expérimentation au Burkina Faso. Ce coton a la vertu, selon le Dr Offei, de faire diminuer de plus des 3/5èmes le taux d'insecticide nécessaire à sa production.

Offei fait enfin une révélation de taille. Des chercheurs Américains seraient actuellement en train de mettre sur pied des plantes capables de digérer les matières plastiques qui, comme chacun le sait, représentent une menace réelle pour les sols.

Ce sont là autant de solutions que le génie génétique peut apporter à une Afrique pauvre et menacée par l'avancée du désert, ont expliqué ces hommes de science.

Vingt deux pays africains, dont l'Afrique du Sud et le Burkina Faso, expérimentent et cultivent actuellement des plantes génétiques dont le coton Bt, indique le Pr Alhassan.

Pour le Dr Samuel Timpo de Biotechnology and Nuclear Agriculture Research Institute, un centre de recherche de pointe basé au Ghana, la biotechnologie est une occasion unique pour l'Afrique de rattraper son retard scientifique.

“Nous ne devons pas observer le débat sur la biotechnologie. Nous devons y prendre part. Pour que l'Afrique avance, nous devons utiliser toutes les innovations scientifiques à notre portée”, déclare-t-il.

Un des produits miracles qui pourraient demain sauver l'Afrique, selon Timpo, est le soja Bt, utilisé pour fabriquer de l'éthanol. Il n'est pas nuisible à l'environnement, qui plus est, il est considéré “comme le carburant de demain”, estime Timpo.

“Les réticences à l'égard des OGM, même si elles sont compréhensibles, ne sont pas souvent fondées puisque tous les produits OGM subissent plusieurs tests avant d'être mis sur le marché”, déclare le Dr Margaret Karembu, directrice régionale de l'Institut international pour les applications de la biotechnologie, basée à Nairobi, au Kenya.

Son point de vue est partagé par le Dr Siaka Dembélé, directeur de l'Institut du Sahel, basé à Bamako, au Mali, dont la mission est de lutter contre la sécheresse et la désertification au Sahel.

Tout en déclarant comprendre les réticences des adversaires des OGM, Dembélé souhaite vivement que l'Afrique ne rate pas le train des OGM. Il invite donc les pays africains à tirer profit des bienfaits des OGM.