POLITIQUE-ZIMBABWE: Une fête de l'Indépendance de nom seulement, craignent des ONG

JOHANNESBURG, 20 avr (IPS) – Des informations selon lesquelles le ministre zimbabwéen de l'Information, Sikhanyiso Ndlovu, a annulé l'enregistrement de toutes les organisations non gouvernementales (ONG) actives dans le pays ont été accueillies avec consternation par des représentants de la société civile.

"Vingt-sept ans après que le Zimbabwe a accueilli la démocratie et la justice, le gouvernement actuel a marqué cette fête de l'Indépendance en bâillonnant des ONG pacifiques — les mêmes organisations qui travaillent pour protéger les droits de l'Homme, réduire la pauvreté et encourager l'amélioration de la société zimbabwéenne", a déclaré Clare Doube, responsable du 'Civil Society Watch programme' (Programme de veille de la société civile) à la 'Worldwide Alliance for Citizen Participation' (Alliance mondiale pour une participation citoyenne – CIVICUS), en référence à la publication des informations avant la Fête de l'Indépendance du Zimbabwe, mercredi.

CIVICUS est un réseau d'organisations de la société civile; il est basé dans la capitale économique d'Afrique du Sud, Johannesburg.

"Plutôt que d'engager ces citoyens actifs et passionnés dans la résolution de la crise économique et sociale actuelle, le gouvernement essaie de les réduire au silence", a ajouté Doube, dans un communiqué publié par CIVICUS le 17 avril.

Le Zimbabwe se bat actuellement contre une inflation galopante, un fort taux de chômage et des pénuries de produits essentiels — attribués par certains à la mauvaise gestion économique du gouvernement. Le pays connaît également une répression politique qui a débouché sur d'importantes violations des droits de l'Homme et un certain nombre d'élections entachées d'irrégularités.

La télévision d'Etat aurait déclaré que l'annulation avait pour but de reconnaître des "agents de l'impérialisme des véritables organisations travaillant pour améliorer le bien-être des pauvres".

Le gouvernement d'Harare a accusé certains Etats occidentaux d'essayer de le renverser, affirmant que ces pays sont responsables des nombreux problèmes auxquels est confronté le Zimbabwe. Il décrit l'opposition et les groupes de la société civile comme des marionnettes des puissances extérieures.

"En ce moment (les groupes de la société civile) sont perçus comme des partis d'opposition. Ceci est inexact", a indiqué Nicholas Mkaronda, coordonnateur d'un groupe de pression dénommé 'the Crisis in Zimbabwe Coalition' (Coalition pour la crise au Zimbabwe) à un point de presse organisé par CIVICUS mardi. L'événement a mis l'accent sur les conclusions d'une visite du secrétaire général de CIVICUS, Kumi Naidoo et de Doube au Zimbabwe du 13 au 16 avril.

Des informations sur les menaces de Ndlovu arrivaient au moment où des organisations de la société civile demandaient à être incluses dans des discussions pour trouver une solution aux maux politiques et économiques du Zimbabwe pour lesquels le président sud-africain Thabo Mbeki sert de médiateur.

Un sommet du 28 au 29 mars organisé par la Communauté de développement d'Afrique australe à Dar es Salaam, en Tanzanie, a mandaté Mbeki pour "continuer de faciliter le dialogue" entre les autorités zimbabwéennes et l'opposition. "La solution aux problèmes du Zimbabwe ne devrait pas être confinée à la ZANU-PF et au MDC. La société civile devrait en faire partie", a déclaré à IPS, Don Mattera, un écrivain sud-africain et membre du Mouvement panafricain mondial -– se référant à l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique au pouvoir et au Mouvement pour un changement démocratique, le principal groupe d'opposition du Zimbabwe. Il était un autre représentant des organisations de la société civile présentes au point de presse de CIVICUS.

"Il y a plusieurs autres acteurs ici en dehors du MDC et de la ZANU-PF".

CIVICUS envisage de rencontrer Mbeki pour discuter de la situation au Zimbabwe. "Nous dirons à Mbeki de ne pas faire seulement la médiation entre le gouvernement et le MDC, mais également avec la situation civile et d'autres Zimbabwéens", a affirmé Doube au point de presse.

"La situation au Zimbabwe est désastreuse. C'est vraiment une crise à dimensions multiples et variées", a-t-elle ajouté, notant que quelque 600 personnes seraient portées disparues depuis une réunion de prière du 11 mars où des représentants de l'opposition et de la société civile ont été battus par la police. Au nombre des victimes d'abus, figurait Morgan Tsvangirai, leader d'une faction du MDC. Les autorités ont déclaré que la rencontre était illégale.

"Si nous n'agissons pas rapidement, nous aurons une opération du style argentin où des gens ont été 'portés disparus', a indiqué Naidoo, faisant allusion à la manière dont des opposants au gouvernement s'étaient volatilisés dans ce pays d'Amérique du sud durant la période militaire dans les années 1970 et 1980.

Pendant son séjour au Zimbabwe, Naidoo a pris la parole à une réunion de prière dans la ville australe de Bulawayo.

"Même si la réunion de prière de samedi à Bulawayo a été heureusement autorisée à se dérouler sans interférence de la police, ceci était sans aucun doute une exception à la pratique récente. Les restrictions croissantes à l'action de la société civile au Zimbabwe ont gravement entravé la participation citoyenne à améliorer les choses", aurait-il souligné dans sa déclaration du 17 avril.