NATIONS UNIES, 19 avr (IPS) – Malgré l'accord de paix signé en 2005, censé mettre fin au conflit qui déchirait le pays depuis 21 ans, la situation des enfants tant au nord qu'au sud du Soudan est dramatique, selon un rapport publié par l'organisme 'Watchlist' sur 'Enfants et conflits armés'.
Cette organisation, qui regroupe plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits de l’Homme, rappelle que les restrictions imposées par le gouvernement soudanais, l'insécurité, le mauvais état des routes ou le manque de moyens humains et financiers empêchent les organismes d'aide d'atteindre les enfants et les populations les plus vulnérables, en particulier dans la région du Darfour, la province de l’ouest du Soudan. “Dans cette région du pays, les enfants font face à d'épouvantables violences et abus”, déclare Kathleen Hunt, la présidente de Watchlist. “Sans espoir ni ressource, ces enfants risquent à leur tour de plonger dans la violence”. Dans son rapport, l'ONG détaille les abus dont sont victimes les enfants soudanais. Ils vont du viol au meurtre, en passant par le recrutement comme combattants, l'exploitation sexuelle ou le travail forcé.
Au Darfour, le viol des femmes et des jeunes filles est devenu une arme de guerre pour les milices arabes, soutenues par Khartoum, affirme le document qui reprend plusieurs faits rapportés aux organisations internationales présentes dans la région. En tout, plus de 90 ONG sont actives dans cette zone, en plus de la Croix-Rouge internationale et d'une quinzaine d'agences humanitaires des Nations Unies. Chaque jour, elles doivent faire face à la violence, aux destructions de villages ou d'écoles, ainsi qu'à des déplacements massifs de populations. En matière d'éducation, le Soudan a le taux de scolarisation le plus faible au monde, avec seulement 25 pour cent des enfants en âge d'être scolarisés qui vont encore à l'école. “Plusieurs instituteurs continuent d'enseigner chaque jour dans ces conditions, sans être payés”, explique Jenny Perlman Robinson, membre de la Commission pour les femmes et les enfants réfugiés, l'un des partenaires de Watchlist. “Certains enfants font deux heures de marche pour aller à l'école, le ventre creux”, ajoute-t-elle.
Au plan sanitaire, plus de deux millions de personnes dépendent au Soudan de l'aide humanitaire, et 17 millions d'individus n'ont pas accès à l'eau potable. Le VIH/SIDA, la malaria, les infections respiratoires ou les maladies liées aux diarrhées tuent chaque année environ 100.000 enfants, indique le rapport de Watchlist. Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), un enfant sur quatre meurt au Sud-Soudan avant d'avoir atteint l'âge de cinq ans. Pour l'ONU, le manque d'infrastructures sanitaires ou de personnel qualifié est particulièrement criant au Sud-Soudan, où on compte un centre de soins de santé de base pour environ 79.500 habitants. Dans ses recommandations, le réseau d'ONG exhorte une nouvelle fois les autorités soudanaises à autoriser et faciliter l'accès de l'aide et des soins aux populations civiles et aux plus démunis. “Il faut des engagements forts de la part du gouvernement pour protéger et aider ces enfants”, ajoute Hunt.
“L'opinion publique internationale est alertée de la situation au Darfour, mais peu d'efforts ont été entrepris pour améliorer la protection des enfants. Leur éducation ne peut pas attendre la fin des combats”, ajoute-t-elle.

