HARARE, 20 avr (IPS) – Chippy Ncube, âgée de six ans, s'est précipitée avec joie à la maison dès qu'elle a reçu son bulletin scolaire. Elle ne pouvait cacher son excitation pour avoir été la première de sa classe du niveau 1 (CI) lorsque les écoles ont fermé pour les vacances, récemment au Zimbabwe.
Un tel exploit ne peut être réalisé qu'avec beaucoup d'efforts dans un pays où le système éducatif est soumis à une forte tension. Chippy le méritait. Ses parents ne peuvent plus payer les prix de tickets de bus pour elle. Elle a non seulement dû aller à pied à l'école, mais devait également emmener une chaise avec ses livres à l'école.
Le Conseil d'administration de son école, 'Blackstone Primary School' (Ecole primaire Blackstone), située dans la zone des Avenues dans la capitale Harare, a envoyé des lettres aux parents pour leur demander d'acheter des chaises pour leurs enfants. L'école ne peut plus faire face à l'infrastructure de base à cause des coûts exceptionnels provoqués par l'hyper-inflation de plus de 1.000 pour cent.
L'expérience de Chippy symbolise l'état de l'éducation primaire au Zimbabwe. Bon nombre des écoles publiques du Zimbabwe, à court d'argent, ont demandé aux élèves d'amener des meubles de la maison. Le système éducatif ploie sous le poids de la crise politique du pays, qui dure depuis sept ans.
Le système éducatif du Zimbabwe était l'un des meilleurs du continent africain après l'accession du pays à l'indépendance en 1980. Auparavant, le gouvernement fournissait les meubles et autres matériels indispensables.
Les subventions gouvernementales ont diminué et les autorités ont imposé un plafond pour les frais de scolarité afin d'empêcher les écoles d'augmenter l'argent pour couvrir le coût des chaises et tables.
L'Ecole primaire Blackstone, une école "pour Blancs exclusivement" avant l'indépendance, est perçue comme l'une des meilleures écoles primaires dans le pays. Au début, c'était l'une des nombreuses écoles ayant bénéficié des avancées que le gouvernement a faites après l'indépendance dans la construction de nouvelles écoles, bibliothèques et dans la fourniture de matériels didactiques.
Mais l'Ecole primaire Blackstone a perdu son éclat après des années de sous-financement. Comme toutes les écoles publiques, elle manque de tout, depuis les manuels scolaires jusqu'au papier hygiénique. L'infrastructure dans les écoles est dans un état de dégradation totale.
Selon le Syndicat des enseignants progressistes du Zimbabwe, l'une des deux organes représentant les enseignants dans le pays, le fait que les autorités aient demandé aux parents de fournir des chaises était le témoignage de l'état de déliquescence dans la plupart des écoles publiques. "Cela démontre l'ampleur du chaos dans le secteur de l'éducation", a indiqué un représentant.
Les enseignants ont été également affectés négativement. Des niveaux élevés de stress dus aux bas salaires sont en train de faire sortir un grand nombre d'entre eux de la profession. Ceux qui restent passent leur temps à vendre des bonbons et autres produits pour augmenter leurs maigres salaires au lieu de se concentrer sur leur principale activité d'enseignement.
Les enseignants zimbabwéens gagnent en moyenne entre 400.000 et 800.000 dollars zimbabwéens (entre 1.600 et 3.200 dollars US). Selon le Bureau central des statistiques du gouvernement, une famille moyenne de cinq personnes a besoin d'environ 900.000 dollars zimbabwéens par mois (soit 3.600 dollars US) pour les produits et services de base.
Farai Mpofu, un parent, croit que ce sera un "miracle" si le Zimbabwe réalisait l'éducation primaire universelle d'ici à 2015, conformément aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations Unies.
"L'éducation au Zimbabwe est dans un mauvais état. Les niveaux se sont détériorés de façon alarmante, comparés à ceux d'il y a dix ans. A cause de l'environnement économique difficile, des enseignants vendent maintenant des bonbons et tricotent des pull-overs", a souligné Mpofu.
"Le secteur de l'éducation perd des enseignants qualifiés au profit des pays voisins. Les gosses dans les écoles publiques sont laissés à des enseignants qui n'ont aucun intérêt pour le travail à cause des bas salaires", selon Mpofu. Alice Muchine, une institutrice, a décrit l'état de l'éducation primaire comme étant "presque nul". "Tout est néant ici. Nous n'avons aucune ressource. Nous voulons des manuels scolaires pour aider les enfants pendant le temps de lecture. Nous n'avons ni tableau, ni craie, ni programmes scolaires. Nous n'avons rien.
"La plupart des parents ne peuvent plus payer les frais de scolarité pour les enfants. Le plan BEAM ne paie que pour la scolarité et non pas pour les livres des enfants", a indiqué Muchine. Le BEAM ou Module d'assistance à l'éducation de base est une aide financière octroyée par le gouvernement aux orphelins sur la base des besoins. Cela se limite aux frais de scolarité et prend en charge 10 enfants par école. Tariro Shindi, un écolier, est du même avis. "Il y a très peu de manuels scolaires qui sont partagés par quatre écoliers à certains moments. Des élèves s'asseyent à même le sol. Parfois les enseignants décampent et si les écoliers en font de même, aucune question n'est posée. Tout est désorganisé".
L'année dernière, l'ONU a lancé un plan national d'éducation pour les filles afin d'aider le Zimbabwe à réaliser l'OMD sur l'éducation. Le plan vise également à s'attaquer aux défis émergents liés au VIH/SIDA et aux défis culturels, comme le mariage forcé précoce, l'abus et l'exploitation qui nuisent en particulier aux filles. L'ONU a également soutenu activement le ministère de l'Education et d'autres partenaires dans le lancement d'une campagne de retour à l'école, en septembre 2006. La campagne avait pour but de réinscrire les enfants qui avaient abandonné l'école durant l'Opération gouvernementale largement condamnée 'Operation Murambatsvina' ("Vidons les ordures"). Avant l'Opération Murambatsvina, des statistiques du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) indiquaient que les taux nationaux d'inscription au cours primaire étaient passés de 92 à 96 pour cent entre 2000 et 2004. Près de quatre orphelins et enfants vulnérables sur cinq allaient à l'école primaire.
Même les récentes données tirées d'une évaluation menée par l'UNICEF sur l'impact de l'Opération Murambatsvina sur le statut de la scolarisation des enfants à travers le Zimbabwe ont montré que 90 pour cent des enfants affectés par l'opération allaient à l'école bien qu'ils aient été contraints de déménager.
"Les Zimbabwéens font beaucoup de sacrifices pour que leurs enfants puissent continuer d'aller à l'école", a déclaré le représentant de l'UNICEF au Zimbabwe, Dr Festo Kavishe.
Selon le département d'Etat américain, le pays continue de se vanter d'avoir le plus fort taux d'alphabétisation en Afrique subsaharienne.

