LAGOS, 17 avr (IPS) – "Les hommes sont les décideurs, les femmes devraient être en train de préparer à la cuisine pendant que les hommes font de la politique". C'est le type de commentaire que les homologues hommes de Dorothy Ukel Nyone faisaient sans cesse lorsqu'elle a annoncé son intention de briguer un siège dans les élections locales des Etats au Nigeria, qui se sont déroulées samedi.
Nyone, qui voulait représenter le 'People's Democratic Party' au pouvoir, dans la région de Gokana dans l'Etat de Rivers (sud-est), ne s'est pas laissé démonter.
"J'ai rédigé un manifeste et j'ai continué par mobiliser beaucoup de soutien, en particulier parmi mes amies femmes, et j'étais sûre de gagner les primaires du parti", a-t-elle déclaré à IPS. Mais le jour des primaires, retenu pour le choix des candidats, Nyone a appris une dure leçon sur de la politique nigériane.
Certains candidats étaient arrivés sur le lieu des élections avec des voyous armés, et la violence a éclaté avant même le début du vote. Des chaises ont été lancées, ensuite des pistolets, des couteaux et d'autres armes ont été utilisées.
"Un responsable d'une section locale a été abattu; toutes les femmes et la plupart des hommes avaient fui le lieu. Mon mari est venu précipitamment et m'a ramenée à la maison. J'avais eu peur", a souligné Nyone. "Les hommes qui étaient bien préparés à la violence étaient les seuls à être restés derrière pour trier sur le volet les différents vainqueurs.
Le cas de Nyone n'est pas unique.
"Les femmes au Nigeria rencontrent beaucoup de difficultés lorsqu'elles se présentent contre des hommes", a indiqué à IPS, Princewill Akpakpan de la 'Civil Liberties Organisation', une organisation non gouvernementale (ONG) basée dans la capitale économique du Nigeria, Lagos. "Notre politique n'a jamais été basée sur le mérite ou des idées; cela a plutôt à voir avec ceux qui ont tout ce qu'il faut pour s'emparer du pouvoir par la force", a-t-il dit. "Les partis veulent souvent ceux qui peuvent opposer la violence à la violence, ceux qui peuvent contraindre les gens à voter pour eux". Les hommes sont considère comme largement plus préparés à se lancer dans la violence que les femmes.
Depuis l'indépendance du pays vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1960, aucune femme n'a été élue gouverneur dans aucun des 36 Etats du Nigeria — et cette nation d'Afrique occidentale n'a jamais eu de femme présidente.
Emem Okon, directrice exécutive de 'Kebetkache Women Development and Resource Centre' (Centre de ressources et de développement des femmes Kebetkache) — une ONG basée à Port Harcourt, dans le sud-est du Nigeria — a indiqué à IPS que des rencontres organisées avec des femmes candidates avaient révélé d'autres problèmes auxquels elles sont confrontées.
"L'un d'entre eux est l'absence de pouvoir économique pour se présenter à des postes électifs", a-t-elle noté, estimant que les hommes étaient généralement mieux nantis que les femmes, quelque chose qui leur donnait une avance dans le financement des campagnes. Okon a également attiré l'attention sur le rôle joué par les soi-disant "parrains" dans la politique nigériane. Ce sont des gens qui fournissent les moyens financiers et physiques pour des campagnes en échange de faveurs politiques : les parrains sont souvent accusés d'utiliser leurs mandataires pour piller des fonds publics.
"Les parrains consacreraient leurs ressources à des hommes plutôt qu'à des femmes", a déclaré Okon; on croit que les hommes ont plus de chance de gagner que les femmes. Great Ogboru, une candidate au poste de gouverneur dans l'Etat du Delta, sud du Nigeria, souligne : "Les femmes sont étouffées à cause de la cupidité et de l'avarice, et quelque chose doit être fait pour corriger cela".
Par ailleurs, a indiqué Okon, les hommes qui gèrent les affaires des partis politiques soumettent quelquefois les femmes cherchant des postes électifs au harcèlement sexuel.
La tradition, les coutumes et la religion constituent également une entrave pour les femmes, comme peut l'attester Nyone. "Dans une société dominée par les hommes comme le Nigeria, les femmes politiciennes font face à la difficile tâche de convaincre leurs maris, leurs familles et leur société qu'elles sont capables", a souligné Okon.
Le Centre de ressources et de développement des femmes Kebetkache fait partie des groupes essayant de s'assurer que les femmes ont une représentation plus forte. D'après Okon, son organisation a un programme d'assistance aux femmes se présentant aux élections d'avril — qui inclut également l'élection à la présidence et à l'Assemblée nationale de cette semaine.
"Nous formons des femmes candidates dans des stratégies de campagne, et nous leur donnons également une assistance matérielle — par exemple, des posters sont en train d'être imprimés pour certaines d'entre elles".
Mais Nyone croit que la violence politique restera le plus grand facteur militant contre les femmes politiciennes; ceci constitue un nouvel obstacle que doit surmonter le Nigeria, qui vient juste de connaître huit ans de pouvoir civil après 16 années de dictature militaire.
"Je ne suis pas prête à endurer cela encore. J'étais sur le terrain en train de faire tout le travail pénible pour gagner les primaires du parti, mais les hommes étaient assis à la maison en train de décider qui devrait être déclaré vainqueur", a-t-elle affirmé.
"Très peu de femmes ont le courage de subir ce genre de violence une seconde fois".

