COTONOU, 23 mars (IPS) – Le Sénégal perd chaque année environ 350.000 hectares de sa surface forestière à cause des feux de brousse, et plus de 80.000 hectares pour les seuls besoins de l'agriculture, selon le Centre pour la sauvegarde de l'environnement (CSE). Pour un pays sahélien menacé par le désert, la situation est plutôt critique.
"Le Sénégal a dépassé depuis bien longtemps le seuil d'exploitation soutenable de ses produits forestiers", estime l'agronome Mansour Fall.
Selon lui, le pays n'ayant pas de ressources énergétiques significatives, c'est le bois de chauffe et le charbon de bois qui lui fournissent 63 pour cent de ses besoins énergétiques. Les importations de pétrole couvrent les 37 pour cent qui restent.
Le bois et le charbon de bois sont extraits tant des forêts du domaine classé que du domaine protégé. En conséquence, le nombre moyen d'arbres par hectare dans l'ensemble du pays, estimé à plus de 250 à l'époque coloniale (avant 1960), est passé à moins de 20 arbres par hectare en 1995, selon une étude intitulée "Phénomènes de la sécheresse et de la désertification au Sénégal", commandée en 2006 par le CSE.
Le facteur humain, bien évidemment, est l'une des premières causes de cette destruction inquiétante du couvert forestier, selon l'étude.
Le Sénégal, à la date de son indépendance en 1960, ne comptait que trois millions d'habitants. En 1976, sa population est passée à sept millions. Mais en juillet 2006, la population du Sénégal a été estimée à 11,9 millions d'habitants avec un taux d'accroissement de trois pour cent l'an.
La population de ce pays d'Afrique de l'ouest est donc passée du simple au quadruple en 47 ans, ce qui, évidemment, a entraîné une extension des terres de culture, accéléré l'urbanisation et amplifié les besoins en bois de chauffe et charbon de bois.
De la même façon, indique l'étude, la rareté des pluies au Sahel est un facteur contribuant à la destruction des forêts. Le Sahel ne connaît qu'une seule saison pluvieuse, qui excède rarement quatre mois.
Déjà en 1982, le géographe suédois, Tod Nicholson, écrivait dans l'un de ses multiples ouvrages sur le Sénégal, parlant des pluies : "La pluviométrie est peu abondante, sporadique et extrêmement capricieuse. La sécheresse est une menace permanente et les années sèches sont plus fréquentes que les années humides".
La moindre irrégularité des pluies a donc des conséquences dommageables sur les cultures, la végétation et les animaux. Cette dépendance, par rapport à la pluviométrie, entraîne des désastres en cas de grave déficit.
Et lorsque le déficit perdure sur plusieurs années, la désolation s'abat sur le pays. Ce fut le cas entre 1971 et 1990, période pendant laquelle le Sénégal a connu l'une des sécheresses les plus dramatiques de son histoire.
Du nord au sud, d'est en ouest, des milliers d'hectares de forêts de bois, notamment dans la vallée du fleuve Sénégal et dans tout le département de Lingère, dans le nord du pays, ont séché sur pied constituant de la sorte de véritables cimetières de bois.
C'est également de la même façon que des formations forestières de palmier à huile comme celles des Niayes, dans la région de Thiès, dans le centre-ouest du pays, ont quasiment totalement disparu.
Cette grande sécheresse des années 1970 a très vite laissé apparaître des signes avant-coureurs de la désertification : érosion massive des sols, mort sur pied de milliers d'hectares de boisements naturels…
Fort heureusement, les autorités sénégalaises successives ont très vite appréhendé le danger et ont vite initié des actions de protection et de régénérescence des ressources forestières. Il s'agit principalement d'opérations menées en forêt classée, sous forme de plantations d'enrichissement pour la production de bois d'oeuvre, de service et de chauffe.
Le Sénégal a ainsi créé des forêts pour la sauvegarde de la faune, qui deviendront des parcs nationaux comme ce fut le cas des forêts classées de Niokolo-est et Niokolo-ouest devenues Parc national de Niokolo-Koba, dans l'est du pays.
Il a également été créé, selon une documentation fournie par le CES, des plantations de protection de la ville de Dakar, la capitale sénégalaise, et des plantations de protection des cultures comme celle des Niayes, dans la région de Thiès.
Certaines plantations ont été créées autour des principales cuvettes maraîchères afin de constituer pour elles des ceintures boisées qui serviront de barrage aux vents de sables.
Ainsi, le Sénégal peut aujourd'hui se flatter de disposer de 213 massifs classés ou assimilés, couvrant environ 6,300 millions hectares, selon le CSE.
Mais en vérité, nombre de ces massifs classés sont aujourd'hui sauvagement massacrés par les populations, souligne le CSE, d'où l'intense politique de reboisement en cours dans le pays grâce au concours de la communauté internationale.
D'importants programmes de plantations d'arbres sont alors mis en chantier, comportant généralement des plantations artificielles pour la protection du milieu naturel.
C'est donc actuellement l'ère des projets au Sénégal avec pour ligne directrice l'implication des populations riveraines et l'utilisation des essences locales comme gage de succès et de pérennisation des acquis.
Parallèlement, l'Etat sénégalais a entrepris une politique de limitation de l'exploitation forestière pour les besoins d'énergies domestiques à travers des programmes d'économie d'énergie par l'utilisation de foyers améliorés, de promotion du gaz domestique et la hausse délibérée du coût du bois et du charbon de bois.
De grands scientifiques occidentaux, poussés par les recherches à parcourir le Sahara et les pays du Sahel, pendant la colonisation, ont de tout temps attiré l'attention sur la dégradation avancée du milieu de vie dans ces pays-là.
Il est triste de constater que plusieurs décennies plus tard, ces menaces restent présentes et se traduisent par des déficits pluviométriques, des invasions acridiennes, des sols qui se dégradent, ou des forêts qui disparaissent.
Les populations affectées n'ont toujours eu pour seule solution que de partir. Mais jusqu'à quand?

