DROITS: "Les ONG sont payées pour mentir" – Entretien

GENEVE, 17 mars (IPS) – Le ministre soudanais de la Justice, Mohamed Ali Elmardi, estime que les données fournies par les organisations non gouvernementales (ONG) sur la situation au Darfour sont monnayées et que la Grande-Bretagne a mené une campagne contre le Soudan.

Pendant trois jours, la Tribune des droits humains a essayé d'approcher Elmardi pour lui demander quelques précisions sur le différend qui l'oppose à la mission d'enquête sur le Darfour. Celle-ci, décidée à l'unanimité en décembre dernier par le Conseil des droits de l'Homme des Nations Unies, n'avait pu se rendre au Soudan car un de ses membres y était persona non grata.

Le ministre soudanais de la Justice a finalement accordé un entretien de cinq minutes à l'issue de la séance matinale du conseil, vendredi à Genève.

Q: Monsieur le ministre, vous avez dit que la mission nommée pour enquêter sur le Darfour n'était pas crédible car elle n'était pas allée sur place. Mais en refusant l'entrée à l'un de ses membres, n'avez-vous pas entamé votre propre crédibilité? R: Pas du tout, cette personne (Bertrand Ramacharan) s'est exprimée avant le début de la mission pour condamner le Soudan, elle partait donc avec des préjugés.

Q: Mais elle aurait pu changer d'avis en allant sur le terrain. Une mission doit aussi comporter des experts qui ne partagent pas l'avis du gouvernement…

R: Non, cette personne avait son idée toute faite avant d'y aller, elle l'avait déjà fait savoir.

Q: Vous avez dit que la composition de la mission avait été soumise à des pressions politiques. Pouvez-vous en dire plus? R: Certains pays européens ont pesé de tout leur poids dans le choix des experts. Q: Vous pouvez en citer? R: Oui, la Grande-Bretagne en premier. Elle a mené une campagne contre nous auprès de tous les pays européens, je l'ai dit à l'ambassadeur de Grande-Bretagne…

Q: L'ONU et des organisations internationales au Darfour donnent des chiffres de déplacés et de tués beaucoup plus élevés que les vôtres. Comment l'expliquez-vous? R: Elles donnent des informations biaisées.

Q: Vous voulez dire que l'ONU ne dit pas la vérité? R: Non, les ONG. L'ONU ne donne pas de chiffres, elle les prend chez les ONG.

Q: Mais les personnes déplacées sont prises en charge par l'ONU…

R: Pour les personnes déplacées, oui, les chiffres sont corrects. Mais pour les autres victimes, ce sont les ONG qui donnent les chiffres. Elles mentent.

Q: Pourquoi mentent-elles? R: Elles sont payées par les pays occidentaux pour fournir des données fausses.

(Le chef de mission du Soudan s'avance pour dire au ministre qu'il est temps de partir). Je dois y aller maintenant, je ne réponds plus… (Il se lève et suit son ambassadeur).

Q: Encore une chose, la Cour pénale internationale a mis en cause deux personnes…

R: Non, c'est fini, je ne réponds plus, vous deviez poser ces questions à la conférence de presse.

La dernière question était de savoir si le Soudan allait collaborer avec la Cour pénale internationale qui a accusé deux personnalités d'avoir une responsabilité directe dans des violations de droits de l'Homme : Ahmad Muhammad Haroun, ancien ministre délégué à l'Intérieur (devenu ministre délégué en charge des Affaires humanitaires) et Ali Kosheib, commandant d'une milice “janjawid”. Le ministre de la Justice avait répondu à mots couverts, lors de sa conférence de presse, en disant qu'il était exclu que des Soudanais soient jugés en dehors du Soudan.

*(Michel Bührer est journaliste à InfoSud, une agence de presse suisse basée à Genève. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre InfoSud et IPS).