POLITIQUE-SOMALIE: La conférence fait des projets pour une capitale chaotique

NAIROBI, 19 mars (IPS) – Le Premier ministre somalien intérimaire Ali Mohammed Gedi a lancé, la semaine dernière, un appel de fonds de quelque 42 millions de dollars pour sécuriser la capitale de son pays, Mogadiscio, et financer une conférence de réconciliation dans cet Etat déchiré par la guerre.

"Je saisis cette opportunité pour demander aux membres de la communauté internationale, aux partenaires et amis de la Somalie de soutenir nos efforts en vue d'une réconciliation totale, une bonne gouvernance et une paix durable en Somalie", a déclaré Gedi en s'adressant aux journalistes dans la capitale kényane, Nairobi, où il avait rencontré plus tôt des représentants des donateurs.

Le Congrès pour la réconciliation nationale devrait réunir environ 3.000 Somaliens venus d'un peu partout, y compris des leaders de clans et de factions, des politiciens, des hommes d'affaires, des représentants de communautés religieuses — et des Somaliens de la diaspora.

Il devrait démarrer le 16 avril à Mogadiscio et durer deux mois, au cours desquels des délégués aborderont les injustices commises contre des Somaliens pendant le conflit qui a commencé en 1991 avec le renversement du dictateur Mohamed Siad Barre.

"La réconciliation sociale est importante pour panser les blessures causées par la guerre civile afin d'ouvrir la voie à la reconstruction et au développement de la Somalie", a souligné Gedi.

Ces mots ont été repris en écho par Mohammed Abdi Hayir, le ministre de la Réconciliation. "Nous sommes sûrs qu'une paix durable sortira de la conférence. Nous attendons impatiemment cela, parce que nous savons que cela transformera la Somalie", a-t-il dit à IPS.

La chute de l'administration de Siad Barre a ouvert la voie à des luttes de factions qui ont fait des milliers de morts et déplacé beaucoup plus de gens, comme la Somalie s'engageait une décennie et plus sans gouvernement central.

Plusieurs tentatives manquées pour ramener l'ordre dans le pays ont été suivies par la création d'un gouvernement de transition en 2004. Toutefois, une insécurité persistante a contraint la nouvelle administration à commencer ses activités à Baidoa plutôt que dans la capitale, et a également empêché les autorités intérimaires d'étendre leur autorité au-delà de la ville provinciale du sud.

Gedi a été la cible d'une tentative d'assassinat en novembre 2005, à Mogadiscio, alors que le président intérimaire Abdullahi Yusuf a survécu à un attentat suicide à Baidoa l'année dernière.

A la mi-2006, l'Union des tribunaux islamiques (UIC) a réussi ce que le gouvernement provisoire n'avait pas pu — établir le contrôle sur la capitale et de vastes parties du sud de la Somalie. L'UIC a été renversée par des forces intérimaires soutenues par des troupes éthiopiennes dans une campagne qui a commencé vers la fin de l'année dernière, et une force de maintien de paix de l'Union africaine (UA) est maintenant en train d'être déployée en Somalie.

Mais, Mogadiscio est paralysée par une violence croissante.

Yusuf s'est rendu dans la capitale mardi (13 mars) le lendemain du jour où le parlement a voté pour le transfert de tout le gouvernement à Mogadiscio, juste pour avoir sa résidence prise pour cible dans un attentat au mortier qui a eu lieu quelques heures seulement après son arrivée.

Alors que des statistiques gouvernementales évaluent le nombre de morts de cet incident à deux, les habitants de la zone affirment que le bilan était près de 15. Yusuf n'a pas été blessé durant l'attentat manqué.

Des forces intérimaires et des forces éthiopiennes auraient fait l'objet d'attaques de la part d'insurgés. Plusieurs Somaliens nourrissent de l'antipathie à l’égard de l'Ethiopie, qui a une histoire de relations tendues avec la Somalie.

Un avion transportant des soldats de maintien de paix ougandais aurait été également abattu il y a environ deux semaines, l'appareil prenant feu alors qu'il se préparait à atterrir dans la capitale.

Une telle violence a commencé par ébranler même ceux qui ne sont pas pris dans les feux croisés.

"La majorité des habitants semblent inquiets, désespérés et impuissants. La plupart des secteurs comme le transport ont été affectés, et les gens peuvent à peine se risquer à sortir", a indiqué à IPS, une source dans la capitale.

"Des gens ont commencé par fuir…J'ai aperçu des individus dans l'Etat de Sheikh Suffi, qui a été également touché par des mortiers, fuyant avec du matériel de couchage sur leurs têtes vers la ville de Barawe — à environ 40 kilomètres de Mogadiscio", a ajouté la source.

"Tout le monde est tendu et préoccupé à cause des bombardements aveugles au mortier, qui continuent sans répit".

Le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés estime que 40.000 personnes ont fui la capitale en février à la suite des troubles.

Des autorités somaliennes imputent l'insurrection à Mogadiscio aux éléments restants de l'UIC et renouvellent les affirmations selon lesquelles les tribunaux ont des affiliations terroristes. Aussi bien l'Ethiopie que les Etats-Unis ont soulevé des inquiétudes relatives aux liens probables entre l'union et al-Qaeda — allégations que l'UIC, à son tour, a réfutées.

"Pendant les attaques de (l'UIC), ils avaient eu le soutien des organisations terroristes. Ces terroristes tentent toujours d'attiser l'insurrection. Mais ils ne réussiront pas", a déclaré Gedi, notant que 4.000 soldats de l'armée nationale étaient dans la capitale pour ramener la stabilité.

Au total, 8.000 soldats de l'UA devraient prendre contrôle des installations clés à Mogadiscio, même si toutes ces forces n'ont pas encore été promises, indiquent des rapports.