NAIROBI, 16 mars (IPS) – Des activistes des droits au Kenya ont intensifié leur campagne contre un projet de loi anti-terrorisme, ceci après que des conseils de prudence des Etats-Unis ont mis en garde contre de probables attentats terroristes dans ce pays d'Afrique de l'est durant le prochain championnat mondial de cross country (WCCC).
"Nous ne cherchons pas à excuser le terrorisme, mais que la lutte contre le terrorisme se fasse d'une façon qui respecte les droits humains", a déclaré Mwambi Mwasaru, directeur exécutif de la Commission des droits de l'Homme du Kenya, une organisation non gouvernementale.
"Il (le projet de loi) réduit les droits des Kényans à la liberté d'expression et de réunion. Il viole ouvertement même les droits humains fondamentaux".
Plus de 200 personnes ont été tuées et près de 5.000 blessées dans un attentat terroriste en 1998 qui visait l'ambassade américaine dans la capitale, Nairobi (un attentat quasi simultané a été perpétré contre l'ambassade américaine à Dar es Salaam, en Tanzanie). Ceci a été suivi par un incident en 2002, dans lequel 10 Kényans et trois Israéliens ont été tués lorsqu'une voiture piégée a explosé dans un hôtel israélien dans la ville côtière de Mombasa. Un attentat manqué au missile contre un avion israélien qui a décollé de l'aéroport de Mombasa s'est produit le même jour.
Tous ces incidents ont été liés à al-Qaeda.
Le projet de loi sur la suppression du terrorisme, publié en 2003, prévoit la détention indéfinie sans procès de terroristes présumés, et la confiscation de leurs biens — entre autres dispositions. Cela a été rejeté après une opposition farouche des groupes de défense de droits, mais a été débattu encore en octobre dernier durant une rencontre qui comprenait des activistes et des experts juridiques. Toutefois, des militants estiment que la législation enfreint toujours les droits de l'Homme — et ils envisagent maintenant de prendre l'initiative avec une stratégie sécuritaire pour le Kenya.
"Nous avons décidé d'aller plus loin et de proposer notre propre document-concept sur la sécurité. Le terrorisme n'est qu'une infime partie (des problèmes sécuritaires) des Kenyans. Nous avons un problème de hausse de la criminalité plus grave", a indiqué Al-Amin Kimathi, un responsable du Réseau des droits humains du Kenya — un organisme qui chapeaute des groupes de défense des droits de l'Homme. Le document, qui prévoit la protection des droits, sera remis aux autorités pour étude.
Loi anti-terrorisme ou non, le traitement infligé actuellement aux terroristes présumés donne des raisons de s'inquiéter.
En janvier de cette année, la police a arrêté plus de 70 personnes pour leurs liens présumés avec le terrorisme. "La plupart de ces personnes sont restées en garde à vue pendant presque un mois, contrairement à la loi. Certaines d'entre elles étaient des non-Kényans; elles ont été tenues au secret, leurs parents ne sachant où elles étaient", a déclaré Kimathi.
La loi permet actuellement qu'un suspect soit gardé pendant 24 heures maximum, ou en cas de crimes graves, 14 jours, avant que la personne ne soit présentée devant un tribunal ou relâchée. "Les actions de la police ont amené la commission à soupçonner le gouvernement d'être en train d'appliquer de façon détournée le projet de loi controversé sur la lutte contre le terrorisme", a noté un communiqué de la Commission nationale kényane des droits de l'Homme, une institution gouvernementale ayant une autonomie.
Le WCCC du 24 mars, prévu pour se dérouler à Mombassa, devrait rassembler des athlètes venant de 66 pays.
Des autorités kényanes ont rejeté les conseils de prudence de la semaine dernière sur l'événement, estimant qu'ils sont sans fondement et malicieux — et ont fustigé les Etats-Unis pour avoir lancé des avertissements qui peuvent entraver le développement dans le pays.
Le gouvernement a par ailleurs écrit à l'Association internationale des fédérations d'athlétisme l'assurant que des mesures de sécurité sont en place pour assurer que l'épreuve de cross-country se déroule dans la paix — ceci après que l'association a demandé des précisions sur les conseils de prudence des Etats-Unis.
En novembre dernier, les Etats-Unis ont lancé une alerte similaire lorsque des milliers de délégués venant des quatre coins du monde se rendaient à Nairobi pour prendre part à des discussions sur le changement climatique.

