ALGER, 21 fév (IPS) – L'Algérie va inaugurer en mai 2007 un parc naturel au cœur du désert, le Parc national de Taghit, avec pour objectif primordial d'en faire un barrage à l'avancée du désert du Sahara.
Taghit est une petite oasis située dans le sud-ouest de l'Algérie, à 1.100 kilomètres au sud d'Alger, la capitale. Taghit recèle d'importantes richesses climatiques et culturelles propices à abriter des vies humaines et animales. L'Association des amis de la Saoura et l'Agence nationale pour la conservation de la nature (ANCN), qui ont initié ce projet de Parc national de Taghit, ont tout de suite perçu en cette oasis naturelle la possibilité d'en faire un barrage efficace à l'avancée du désert dans ce vaste pays d'Afrique du nord dont le désert occupe les neuf-dixièmes du territoire. "Le Parc national de Taghit occupe une superficie de 250.000 hectares, qui pourra être étendue à 500.000 hectares avec la prise en compte de la région voisine de Guir", indique Amina Fellous, ingénieur à l'ANCN, une structure nationale ayant en charge la réalisation du projet. L'association des amis de la Saoura, présidée par Mohamed Bendada, a été créée en 1992. Elle est membre fondateur du Comité national des ONG algériennes contre la désertification, et accréditée depuis 1997 auprès du secrétariat de la Convention des Nations Unies contre la désertification. Le projet de Parc national de Taghit vise, entre autres objectifs, à endiguer l'avancée du désert par la protection des éléments existants de la faune et de la flore, et par l'apport d'autres éléments vivants en vue de constituer un ensemble homogène et viable. Le parc de Taghit comprendra des zones de protection intégrale sans aucune activité humaine, ainsi que des zones péries-métriques où des activités, même de petite et moyenne industrie, seront tolérées à condition qu'elles ne soient pas polluantes, explique Fellous à IPS. La protection de la savane et la régénération des peuplements d'acacia sont quelques-unes des autres missions du Parc national de Taghit. "A Taghit, aucune activité socioéconomique ayant des répercussions négatives sur les ressources hydriques ne sera admise", assure Fellous. Le parc de Taghit vise également la protection et la mise en valeur du patrimoine archéologique, la promotion et le développement des infrastructures touristiques en harmonie avec l'architecture et le paysage du milieu. Le projet consistera, en outre, à rajeunir la palmeraie et créer des vergers arboricoles pour le développement des ressources phytogénétiques de la région, la création de points d'eau et le reboisement des terrains nus avec des espèces autochtones pour le bonheur des populations pratiquant la transhumance. Pour ce qui est de la faune, la liste des mammifères à protéger comprend environ 33 espèces, dont six espèces de chauves-souris, 12 espèces de rongeurs, trois espèces de canidés, trois espèces de mustélidés, un félidé, et quatre espèces d'ongulés sauvages. Au nombre de ces espèces, figurent des espèces menacées tant au niveau national que mondial comme le chat des sables, le fennec, le mouflon à manchettes, ainsi que les trois espèces de gazelles. La liste non exhaustive des oiseaux du parc comporte pas moins de 107 espèces, et la prospection de l'ensemble de la zone doit être complétée en différentes saisons afin d'y répertorier tous les oiseaux de passage ou migrateurs. On y trouve 16 espèces considérées endémiques en Afrique du nord et au Moyen-Orient comme la perdrix Gambra, l'outarde Houbara ou le faucon Lanier. Une vingtaine de ces oiseaux figure sur la liste des espèces protégées en Algérie. Certaines d'entre eux figurent dans des plans d'action internationaux de protection spécifiques, comme l'outarde Houbara. "La réalisation du Parc national de Taghit est une excellente initiative qui endiguera l'avancée du désert et préservera les autres régions, notamment la région de Bechar (centre-ouest), qui continuent de subvenir encore favorablement aux besoins de la population en matière agricole", estime Mouloud Arkoub, enseignant-chercheur en agronomie à l'Université de Tizi-Ouzou, en Kabylie, dans le centre-nord de l’Algérie. Ahmed Mebarki, ancien entrepreneur à Tamanrasset, dans le sud-est du pays, qui connaît assez bien la région de Taghit pour l'avoir plusieurs fois visitée, affirme que "cette région recèle des potentialités climatiques indéniables qui peuvent être exploitées dans la lutte contre l'avancée du désert". "La création du Parc national de Taghit, outre son rôle de barrage au désert, permettra de répondre encore plus aux besoins agricoles des habitants de la région comme en témoigne déjà la production de tomate et de pomme de terre", note avec espoir Malik Raheb, ingénieur agronome en conservation des forêts de Ghardaïa, au sud d'Alger.

