ECONOMIE-AFRIQUE AUSTRALE: Etablir des contacts grâce aux téléphones mobiles

MASERU, 20 fév (IPS) – Il y a seulement une décennie, plusieurs habitants d'Afrique australe pensaient que le téléphone portable était un luxe réservé aux directeurs généraux fortunés des compagnies multinationales.

L'expansion rapide des réseaux de téléphonie mobile a changé cette perception, mais certains défis demeurent, en particulier pour faciliter davantage l'utilisation du service aux clients.

Dans une région où les services de télécommunications ont au mieux été irréguliers, les services de téléphonie mobile étaient jusqu'à récemment hors de portée pour beaucoup de personnes. Ceci était en partie dû aux coûts prohibitifs des appareils. Aujourd'hui, les gens arrivent à acheter des combinés à moins de 50 dollars US grâce à une compétition accrue dans l'industrie du réseau de téléphonie mobile. La fourniture de service de télécommunications s'est améliorée considérablement, créant des emplois par la même occasion. "Je rappelle combien il était pénible d'acquérir une ligne de téléphone fixe", déclare Mohau Rafobane, directeur général de 'BL Skills Development Centre' et d'un fournisseur de service de téléphone public Vodacom à Maseru, au Lesotho.

"D'abord, vous deviez remplir des formulaires et ensuite, on vous mettait sur la liste d'attente pendant plusieurs mois ou même plusieurs années avant de vous connecter. Avec l'arrivée des téléphones mobiles, vous êtes automatiquement connecté", a souligné Rafobane.

Les réseaux de téléphonie mobile en pleine expansion ont été également loués pour avoir créé des opportunités d'emplois et d'affaires pour plusieurs habitants de la région. A Lusaka, en Zambie, Charles Banda est un jeune entrepreneur qui en a profité.

Après l'obtention d'un certificat en ventes et marketing en 2002, Banda, âgé de 25 ans, a sillonné pendant un an les rues à la recherche d'un emploi, sans succès. Las de chercher un emploi formel, il a décidé de se joindre aux vendeurs de rues pour faire le commerce de différentes marchandises.

Avec le nombre élevé de personnes vendant déjà des denrées alimentaires, Banda a décidé de se lancer dans un produit différent. Il a installé une table de fortune qui, au cours de la visite de IPS, faisait étalage de trois combinés et d'une variété de cartes prépayées de téléphones portables. Ses appareils portables ne sont pas à vendre, mais servent de téléphones publics.

"J'ai commencé cette affaire en utilisant mon téléphone et par la suite, j'en ai acheté deux autres lorsque les appareils sont devenus moins chers. Comme beaucoup de gens ont maintenant les moyens d'acheter leurs propres téléphones, je ne gagne plus autant d'argent que par le passé. J'ai alors décidé de commencer par vendre des cartes de recharges prépayées", déclare Banda. Dans la ville septentrionale de Hlotse, Nteboheleng Tekan, 22 ans et Tshidiso Sheea, 32 ans, sont partenaires dans une affaire similaire de télécommunications par portables, gérée à partir d'une station de taxis très animée. "Après avoir passé mon examen de fin d'études à l'Ecole d'Outre-mer de Cambridge, il y a quatre ans, mon père m'a acheté ce téléphone public et je me suis associé à Tshidiso qui vendait ici de crédit (de communication). Je gagne mon argent des appels passés tandis que Tshidiso se fait de l'argent en vendant de crédit (de communication)", explique Nteboheleng qui étudie pour devenir un assistant d'ambulance.

"L'argent que nous gagnons ici ne suffit pas pour payer mon éducation, mais cela m'aide à faire face aux coûts de transport et à acheter des choses indispensables comme des livres", affirme Tshidiso qui fait des études de marketing. Il réalise un profit de sept dollars US par jour, ce qui est supérieur aux 70 dollars qu'il aurait gagnés s'il avait un emploi à plein temps.

Fournir des emplois et rendre les services de télécommunications abordables et accessibles mêmes dans les coins les plus reculés d'Afrique australe constituent certaines des contributions positives apportées par des sociétés de télécommunications mobiles.

La société sud-africaine MTN a lancé ses opérations commerciales en Zambie en août 2005 après avoir racheté Telecel. Elle a promis un investissement de 70 millions de dollars sur une période de deux ans en vue d'améliorer le réseau de téléphonie mobile du pays.

Selon Freddie Mokoena, le responsable des ventes et du marketing de MTN Zambie, l'une de ses premières démarches a été de rendre les appareils portables abordables au plus grand nombre de personnes.

En un an, MTN a étendu sa couverture à toutes les dix provinces du pays, faisant passer le nombre d'abonnés de 40.000 à 200.000 à la mi-2006.

Le nombre de personnes employées directement par MTN est passé à 141. Elles ont des aptitudes appropriées pour manier la technologie des télécommunications. "Nous formons notre personnel dans le cadre d'un effort pour standardiser nos services. Parfois, ils sont envoyés en formation dans n'importe lequel des 21 pays où nous menons des activités commerciales", a ajouté Mokoena.

La société sud-africaine Vodacom, le principal concurrent de MTN, a été la première à se lancer dans les services de télécommunications mobiles en 1996 au Lesotho. Aujourd'hui, la compagnie possède 80 pour cent de la part du marché du réseau mobile et couvre toutes les grandes villes et les zones rurales au Lesotho.

Les 63 employés permanents de Vodacom sont pour la plupart des Basothos. Ils reçoivent également une formation.

Malgré les développements dans les télécommunications, certaines personnes ont toujours le sentiment que ces compagnies ne font pas assez pour s'attaquer aux préoccupations spécifiques des petites entreprises et des consommateurs dans la région d'Afrique australe. En tant que fournisseur de services Vodacom, Rafobane dit qu'il ne gagne pas assez "pour faire face à toutes les dépenses et épargner une partie pour une expansion commerciale". Il n'est également pas satisfait de la disparité dans les coûts entre Vodacom Lesotho et Vodacom Afrique du Sud. En Afrique du Sud, les prix sont moins élevés et beaucoup plus de services, comme le fax et l'Internet, sont disponibles.

En Zambie, les cartes SIM utilisées dans des téléphones mobiles sont beaucoup plus chères qu'en Afrique du Sud, estime la zambienne Beauty Bwalya. Elle fait la navette entre l'Afrique du Sud, le Swaziland et la Zambie, et doit payer des "coûts exorbitants pour le roaming (un service proposé par les opérateurs aux usagers de téléphones mobiles pour communiquer entre différents pays). Dans chaque pays, vous êtes obligé d'acheter une nouvelle carte SIM qui est supprimée plus tard du système lorsqu'elle est désactivée". Réagissant à ce genre de plaintes, Mokoena de MTN Zambie indique que les gens devraient comprendre que l'exploitation dans différents pays signifie également que les compagnies sont soumises à différents coûts. Il a mis l'accent sur le fait que des sociétés sud-africaines offraient des services aux quatre coins de l'Afrique depuis plus de dix ans alors que d'autres compagnies venaient et partaient.

MTN cherche à harmoniser ses services partout dans la région. Selon Mokoena, MTN a lancé des projets de prix pour des gens appelant des numéros MTN en Afrique du Sud ou au Swaziland et elle est en train de satisfaire aux exigences de compagnies minières en Zambie et de leurs sociétés mères en Afrique du Sud.

L'insuffisance de technologie est une barrière dans ce cas. "Le principal défi est la non-détention, par plusieurs pays, de passerelles de connexions internationales, ce qui signifie que des appels de MTN en Afrique du Sud à MTN en Zambie ne peuvent pas être acheminés directement", affirme Mokoena.

Avec des informations relatives à l'abandon prochain par Celtel des charges de roaming pour ses abonnés d'Afrique orientale faisant la navette entre l'Ouganda et la Tanzanie grâce à l'introduction d'une carte SIM unique, il y a lieu d'espérer que des services similaires viendraient bientôt dans la région d'Afrique australe.

"La bonne nouvelle, c'est que la session parlementaire s'ouvre en Zambie et que ceci nous permettra de faire le tour de la question d'une passerelle de connexion internationale et d'offrir des services plus abordables", ajoute Mokoena.