SANTE-BURKINA FASO: Un nouveau vaccin contre la méningite donne satisfaction

OUAGADOUGOU, 20 fév (IPS) – Un nouveau vaccin monovalent destiné à lutter contre les épidémies de méningite, donne des résultats satisfaisants après des essais en Inde au Mali et en Gambie, selon les responsables du Projet de vaccin contre la méningite (MVP) basé à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.

Le vaccin polysaccharidique utilisé jusqu'ici n'est efficace que chez les enfants de deux ans et les adultes, mais l'immunité ne dure que trois ans. En revanche, le nouveau vaccin ou 'vaccin Men A' pourra non seulement être administré aux enfants de moins de deux ans, mais il protègera pendant plus de dix ans, affirme le professeur Kader Kondé, point focal de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) au projet de développement du vaccin. Le 'vaccin Men A' ou vaccin 'conjugué A' est le résultat d'une combinaison entre le polysaccharide et le toxoid de tétanos couplés pour donner un vaccin puissant et durable, selon les responsables du projet. Il a été déjà produit en Inde depuis 2004 par la société indienne 'Sérum Institut of India Limited' (SIIL), et testé chez une soixantaine de volontaires indiens. Les résultats ont été “très satisfaisants”, selon l'OMS.

La 'Food and Drug Administration' des Etats-Unis (FDA) a fourni la technologie de combinaison a SIIL pour fabriquer le vaccin, selon le MVP. La FDA s'occupe d'homologuer et de valider tout médicament avant sa mise sur le marché aux Etats-Unis.

Ce projet de vaccin contre la méningite est le fruit du partenariat entre l'OMS et le Programme pour la technologie appropriée en matière de santé, basé aux Etats-Unis, et financé par la Fondation Melinda et Bill Gates, le plus grand donateur avec plus de 70 millions de dollars. Le MVP a été créé en 2001 en vue d'éliminer les épidémies de méningite en Afrique subsaharienne comme problème de santé de santé publique, selon Kondé. Après les tests aux résultats “très encourageants” au Mali et en Gambie en 2006, Il est prévu d'autres essais au cours de cette année en Ethiopie, au Ghana et au Sénégal, indique Kondé à IPS. Le 'vaccin Men A' est essentiellement contre les méningites du type sérogroupe A, qui, selon l'OMS, est la cause de 51 pour cent des cas d'épidémies de méningite en Afrique subsaharienne contre cinq à huit pour cent pour la méningite de souche W 135 qui a été à l'origine des épidémies de 2002-2003 au Burkina Faso. Ces épidémies avaient 1.743 morts sur 14.453 cas enregistrés.

Selon Kondé, le MVP a beaucoup investi dans la recherche et la surveillance parmi les pays de la ceinture méningitique pour détecter à tout moment les germes qui y circulent. “Nous sommes en train de vérifier la conformité avec les règles d'éthique internationales et scientifiques et de l'OMS avant de commencer les essais cliniques de la phase III. Si tout marche bien, nous allons commencer la vaccination à grande échelle (fin 2008) au niveau du Burkina Faso”, affirme Kondé. L'introduction du vaccin dans les autres pays de la ceinture méningitique est prévue pour 2009. Le nouveau vaccin sera utilisé lors des campagnes de vaccination de masse chez les personnes âgées de un à 29 ans sans attendre l'apparition préalable d'épidémies, qui s'accompagnait de vaccinations réactivées, selon les recommandations de l'OMS. Il pourra également être utilisé dans les programmes élargis de vaccination chez les moins de 12 mois. Jusqu'ici, seuls les enfants de plus de deux ans étaient vaccinés.

Par ailleurs, ce vaccin est capable de diminuer la circulation du germe — responsable de la maladie — dans la nature et la contamination des personnes non vaccinées.

“C'est ça le grand espoir et en plus, il va entraîner un effet de groupe; il réduit la colonisation du germe dans la gorge, ce qui fait que lorsqu'on est vacciné, on diminue le portage alors que le vaccin polysaccaridique ne diminue pas le portage”, se réjouit Kondé.

L'un des principes fondamentaux du projet est de rendre le vaccin financièrement abordable car, selon l’OMS, le coût a toujours été un facteur limitant l'introduction et la pérennité des vaccins en Afrique, et particulièrement dans la ceinture méningitique dont les pays figurent parmi les plus pauvres au monde.

Ce vaccin coûtera 40 cents US alors que le vaccin polysaccaridique bivalent est à plus de 60 cents aujourd'hui et le tétravalent contre les méningites de souches A, C, Y, et W135 coûte 20 dollars la dose.

“La meilleure stratégie, c'est vacciner la population; comme vous le savez, c'est lié au coût financier. Mais, j'espère que d'ici-la, nous nous préparons à mobiliser les ressources financières pour pouvoir prendre le maximum de doses”, explique le professeur Ramata Ouedraogo, chef du département laboratoire au Centre hospitalier de Ouagadougou.

Selon le projet MVP, 25 millions à 40 millions de doses du 'vaccin Men A' seront disponibles par an. Le prix du vaccin ne dépassera pas les 40 cents US la dose lors des cinq prochaines années, avant de connaître une augmentation de trois à cinq cents dans les cinq années suivant sa mise en circulation.

La méningite est une infection des méninges, les minces lames de tissu entourant le cerveau et la moelle épinière. Les symptômes fréquents sont notamment les céphalées, une forte fièvre, et une raideur du cou. En l'absence de traitement, la maladie peut être mortelle avec un taux de létalité pouvant atteindre 80 pour cent. Le traitement permet de réduire la mortalité à environ 10 pour cent, mais entre 10 et 20 pour cent des survivants conservent des séquelles graves.

L'Afrique subsaharienne — entre le Sénégal à l'ouest et l'Ethiopie à l'est — est connue pour être la “ceinture de la méningite”. Cette zone est caractérisée par une saison sèche entre décembre et juin, avec des vents chargés de poussière favorable au développement de la maladie. Ce sont 450 millions d'habitants qui sont ainsi exposés à la méningite. En 1996, l'Afrique a connu la méningite épidémique la plus redoutable avec plus de 250.000 cas et 25.000 décès. Le Burkina Faso avait connu plus de 4.000 morts sur plus de 42.000 cas, selon l’OMS. Depuis janvier 2007, déjà 142 personnes ont succombé à la méningite dans ce pays sahélien d'Afrique de l'ouest.

“Ce vaccin va apporter beaucoup aux pays de la ceinture méningitique”, estime le professeur Francis N'Krumah, président du groupe consultatif du MVP.

“Dès que le vaccin sera prêt, nous allons recourir à une mobilisation de fonds aux niveaux interne et externe des pays pour supporter les programmes de vaccination”, ajoute N'Krumah qui cite l'Alliance mondiale pour la vaccination et l'immunisation comme l'une des sources de financement pour l'introduction du vaccin dans les pays les plus pauvres.

Tous les pays de la ceinture méningitique sont prioritaires, mais les premiers à bénéficier du vaccin sont ceux du “noyau dur” en Afrique de l'ouest, dont le Burkina Faso, le Mali, le Niger le Tchad et le nord du Nigeria touchés souvent par les épidémies les plus virulentes. “L'intérêt de ce vaccin pour le Burkina, qui paie un lourd tribu à la méningite, est énorme, et nous espérons qu'il arrêtera tous ces effets néfastes que cause la méningite chaque année”, déclare Ouedraogo.