POLITIQUE-ZIMBABWE: Le projet d'anniversaire fastueux du président critiqué

JOHANNESBURG, 19 fév (IPS) – Quelqu'un qui a réussi à atteindre l'âge avancé de 83 ans pourrait dire qu'il a droit à une fête assez grande. Mais cet argument ne tient pas la route si la personne dont il s'agit est Robert Mugabe, le président zimbabwéen, estime l'activiste Tapera Kapuya.

"Les quelque 1,2 million de dollars que coûtera la fête d'anniversaire actuellement organisé pour le président Mugabe suffiront pour nourrir pendant trois mois 3,2 millions de personnes qui meurent de faim dans le Matabeleland", indique le responsable de la section sud-africaine de la Conférence nationale constitutionnelle, un groupe de pression basé dans la capitale zimbabwéenne — Harare — qui fait campagne pour une nouvelle constitution dans ce pays d'Afrique australe.

"Le Matabeleland manque de vivres", a-t-il dit à IPS en mentionnant à nouveau cette région du sud du Zimbabwe. Dans un dossier disponible sur son site Internet, le Programme alimentaire mondial dit qu'il envisage de nourrir environ 1,9 million sur les 11,7 millions d'habitants que compte le Zimbabwe cette année, si tous ses projets dans le pays sont entièrement financés.

Les fonds destinés à la fête de Mugabe sont collectés par le Mouvement du 21 février (dénommé ainsi à cause de la date de naissance du président zimbabwéen) qui a été créé en 1986 à cette fin. Le groupe est dirigé par la section des jeunes du parti au pouvoir – Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique (ZANU-PF).

Cette année, le groupe collecte de l'argent pour un événement qui se déroulera le 24 février. Il a lancé un appel à l'aide dans un entretien publié par le journal gouvernemental 'Herald', lundi (12 février).

"D'après ce que nous avons appris, ils ont déjà réuni les fonds. En faisant paraître une déclaration dans le journal, ils sont simplement en train de prendre la température du public pour voir ce qu'il en dira", a observé Kapuya.

Les festivités auront lieu dans la ville de Gweru, qui est relativement proche du Matabeleland : une région négligée dans la distribution de l'aide alimentaire, affirment certains, pour son hostilité ouverte à la ZANU-PF.

"Au Zimbabwe, l'aide alimentaire est distribuée via les sections locales de la ZANU-PF. Nous voyons cela comme une chose bien planifiée pour punir le Matabeleland pour n'avoir pas voté pour la ZANU-PF pendant des élections depuis 2000", a souligné Kapuya.

Les populations du Matabeleland sont également amères vis-à-vis du régime de Mugabe pour avoir commis des atrocités dans leur région durant les années 1980, une campagne qui a causé la mort de milliers de personnes, selon l'organisation de défense de droits Amnesty International.

"Et en plus de tout cela, vous pouvez imaginer l'organisation d'un anniversaire fastueux à côté de millions de Ndebele qui vont au lit chaque nuit le ventre vide", a déclaré à IPS, Frank Tshuma, un réfugié zimbabwéen vivant dans la capitale économique sud-africaine, Johannesburg.

Les problèmes que connaissent actuellement le Matabeleland et le Zimbabwe dans l'ensemble sont aggravés par le taux d'inflation galopant du pays, qui a atteint (un taux record de) 1.593,6 pour cent en janvier — dépassant le taux de 1.281,1 pour cent enregistré sur la même période l'année dernière, selon des chiffres du Bureau central de statistiques, un service public.

"Les gens vivent au jour le jour. Ils…marchent de Chitungwiza to Harare — une distance de 20 kilomètres par jour. Il n'y a pas de carburant, pas de vivres et pas de médicaments", a indiqué Jerry Mashamba, un représentant de l'une des factions du Mouvement pour le changement démocratique, de l'opposition zimbabwéenne, basé à Johannesburg.

"Certains abandonnent les classes. Ils n'ont pas les moyens de payer les frais de scolarité", a-t-il ajouté dans un entretien avec IPS.

Kapuya a des statistiques plus troublantes à sa disposition.

"Une famille zimbabwéenne moyenne compte six membres, et selon une publication récente du Bureau central de statistiques, une telle famille a besoin de 720.000 dollars zimbabwéens (150 dollars US, sur le marché noir) par mois en moyenne pour survivre", a-t-il souligné. "Le salaire moyen d'un Zimbabwéen est inférieur à 100.000 dollars zimbabwéens (moins de 20 dollars US). Toutefois, un pain coûte 2.200 dollars zimbabwéens (environ 46 cents US)", ajoute Kapuya.

"Au Zimbabwe, les prix des produits doublent un jour sur deux. Les prix affichés dans des magasins ne sont valables qu'au moment où vous regardez les articles. Le lendemain, ces prix ne sont plus valables".

Selon Mashamba, seules deux catégories de Zimbabwéens arrivent à faire face au coût élevé de la vie au Zimbabwe : "Ces privilégiés sont les loyalistes de Mugabe — et ensuite vous avez les gens qui ont des parents à l'étranger qui leur envoient de l'argent". Le week-end dernier, des représentants de l'administration forte de 180.000 fonctionnaires ont exigé une augmentation de 400 pour cent de leurs salaires, menaçant d'aller en grève si le gouvernement refusait d'accéder à leur demande. Des médecins et infirmiers des hôpitaux à Harare et dans la ville de Bulawayo, dans le sud du pays, ont paralysé le système sanitaire du pays depuis qu'ils ont lancé une grève en décembre 2006, également à propos de la rémunération.

"Mugabe aurait dû utiliser l'argent de son anniversaire pour payer les médecins, infirmiers et enseignants. L'organisation d'une fête aussi fastueuse le fait passer pour un chef insensible, ce qu'il est, je suis désolé de le dire", a noté Tshuma.

Mashamba est de cet avis. "C'est exact. Nous sommes tous en exil à cause d'un seul homme — Mugabe. Les quelque deux millions de Zimbabwéens en Afrique du Sud peuvent dire que leurs (problèmes) viennent du régime de Mugabe et de ses copains". Les tentatives de IPS pour recueillir les commentaires du ministère de l'Information à Harare et de l'ambassade zimbabwéenne à Pretoria, en Afrique du Sud sur le projet d'anniversaire de Mugabe, ont été infructueuses. Toutefois, Mugabe a accusé l'opposition et les Zimbabwéens vivant à l'extérieur de colporter des mensonges sur son gouvernement et lui-même. Il accuse l'Occident, sous la direction de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, d'avoir pris des sanctions contre son gouvernement pour avoir saisi des terres de quelque 4.500 fermiers blancs afin d'y réinstaller des Noirs sans terres. La ré-affectation des terres a commencé après des occupations de fermes initiées au début de 2000, juste quelques mois avant une élection décisive dans laquelle la ZANU-PF a fait face à son premier défi crédible de la part de l'opposition.

Certains accusent le parti au pouvoir d'avoir organisé les occupations en vue d'accroître le soutien en sa faveur avant le scrutin législatif de 2000, qui, comme des élections qui ont suivi, a été entaché de violence et d'allégations d'irrégularités.

La campagne agraire et les conditions climatiques défavorables sont perçues comme faisant partie des principales causes de l'incapacité du Zimbabwe à se nourrir.