ENERGIE: Le Portugal cède le contrôle d'un important barrage au Mozambique

LISBONNE, 2 nov (IPS) – Après plus de 30 années de négociations, le Portugal a rétrocédé au Mozambique le contrôle du barrage de Cahora Bassa, l'un des plus importants du sud-est africain, dans le cadre d'un accord qui doit garantir l'indépendance énergétique de l'une des plus pauvres nations d'Afrique.

La participation de l'Etat du Mozambique dans le barrage hydroélectrique est passée de 18 à 85 pour cent, ce qui signifie que le pays contrôlera une partie considérable du marché électrique régional et se voit assuré d'une source vitale de revenus extérieurs. “Mozambicains, le Cahora est à nous”, s'est réjoui le président Armando Guebuza, lors de la signature de cet accord avec le Premier ministre portugais Jose Socrates. Il a qualifié cet arrangement “d'historique”, soulignant que celui-ci était “extrêmement important pour que le pays puisse prendre son envol économique”.

Les deux gouvernements ont rappelé “les excellentes relations” qui lient le Portugal et son ancienne colonie de quelque 22 millions d'habitants. En 1498, lors de son arrivée au Mozambique, le Portugais Vasco de Gama, avait baptisé ce pays “Terras da Boa Gente”, (Terre des gens bien), en raison de l'accueil réservé par la population locale.

“Cet accord rend hommage à l'amitié entre nos peuples et nous projette vers le futur. Il clôt un chapitre (de l'histoire), et renforce la confiance et la coopération mutuelle future entre le Portugal et le Mozambique”, a déclaré Socrates.

Le Portugal, qui détenait auparavant 82 pour cent des parts du barrage — son plus gros investissement jamais réalisé à l'étranger — voit donc sa participation réduite à 15 pour cent. Le site, construit sur le fleuve Zambèze, produit environ 2.000 mégawatts par an, et approvisionne également l'Afrique du Sud, le Zimbabwe et le Malawi.

Ses travaux avaient débuté bien avant que le Mozambique ne devienne indépendant en 1975, même si le complexe n'a été opérationnel qu'à partir de 1977. Deux ans plus tard, la guerre civile l'avait toutefois contraint à la fermeture, et la production énergétique n'avait redémarré qu'en 1998, après la remise en état de la plupart des lignes électriques.

Le Mozambique versera 950 millions de dollars au Portugal pour compenser les coûts de la reconstruction et de la maintenance du site, tandis que Lisbonne a accepté d'annuler le reste de la dette de 2,5 milliards de dollars, contractée il y a 28 ans.

Le Mozambique aura également la possibilité de racheter au Portugal cinq pour cent de capitaux supplémentaires au taux du marché.

Devant des journalistes, le ministre portugais des Finances, Fernando Teixeira dos Santos, a admis que son pays ne récupèrerait pas la totalité de l'argent investi dans le barrage. Il a toutefois souligné que l'annulation de la dette représentait l'un des points centraux de cet accord, parce qu'il élimine “un lourd fardeau, un coût financier du passé qui était considérable, mais justifié par des circonstances historiques”.

Avant la cérémonie de signature entre les deux pays, le Premier ministre portugais a déposé une couronne de fleurs au Mausolée des Héros, devant la tombe de Samora Machel, le chef de la guérilla qui avait chassé l'armée coloniale portugaise, et est devenu le premier président du Mozambique indépendant, de 1975 jusqu'à sa mort en 1986.

Les relations entre les deux pays n'ont cependant pas toujours été au beau fixe. Le Portugal a été l'une des premières puissances coloniales européennes à s'implanter en Afrique, un continent qu'il ne quittera que 500 ans plus tard.

La guerre sanglante de l'indépendance a duré de 1961 à 1974, date à laquelle un coup d'Etat militaire de gauche au Portugal mettait fin à près de 50 années de dictature dans ce pays.

Les relations entre le Portugal et ses anciennes colonies d'Afrique ont également été marquées par les stigmates de l'esclavage. Le Portugal a en effet dominé le commerce des esclaves africains du 16ème au 18ème siècle, transportant ses cargaisons humaines vers sa plus grande colonie — le Brésil – et vendant des esclaves vers d'autres pays, comme l'Angleterre, l'Espagne, la France, les Pays-Bas pour leurs colonies dans les Amériques et le reste du monde.

Bien que le Portugal ait été la première monarchie européenne à abolir l'esclavage, à la fin du 18ème siècle, les marchands portugais ont été parmi les derniers à se retirer du commerce des esclaves.

Aujourd'hui, le pragmatisme domine les liens politiques, économiques et commerciaux entre les deux pays, qui se considèrent comme des “nations sours”, ayant laissé derrière elles leur passé douloureux.