ENVIRONNEMENT-MAROC: La vieille image disparaît lentement

CASABLANCA, 31 oct (IPS) – Les touristes qui visitent le Maroc ramènent souvent de leur voyage des photographies montrant les légendaires palmiers, mais ces arbres sont de moins en moins visibles aux alentours et pourraient complètement disparaître dans le futur.

L'image se transforme donc petit à petit tandis que le désert du Sahara poursuit son avancée sur la verdure. Selon des chiffres officiels, chaque année au Maroc, plus de 22.000 hectares de terres cultivables disparaissent sous le sable. La désertification menace à présent tout le pays. Selon le ministère marocain de l'Environnement, près de 93 pour cent du pays est touché par l'aridité.

Les palmiers dattiers sont les plus concernés par cette désertification. A la fin du 19ème siècle, le Maroc comptait environ 15 millions d'arbres de cette espèce, selon une étude menée par le géographe Ahmed Harrak. Aujourd'hui, ils ne seraient plus que 4,5 millions.

En perdant les palmiers dattiers, “la population locale perd sa principale source de revenus”, a déclaré à IPS, M. Achlif, de l'Association marocaine de développement et de solidarité, une organisation indépendante à but non lucratif. Beaucoup de Marocains pensent qu'ils ne peuvent pas faire grand-chose contre ce problème, car la principale cause de l'avancée de la désertification semble être naturelle. “L'Afrique du nord est principalement une région aride ou semi-aride”, explique le géographe Bouazza Zahir. “Pour chaque superficie de 1.000 kilomètres carrés, le Maroc compte 700 kilomètres carrés de terres arides”.

La terre se dirige d'autant plus rapidement vers des conditions d'aridité que les sources d'eau s'épuisent, ajoute Zahir. La nature ne peut cependant être tenue pour unique responsable. “L'activité pastorale accrue et la mauvaise utilisation de la terre sont des facteurs importants”, explique Zahir. Et les besoins des populations vivant sur ces terres verdoyantes en disparition ne font qu'augmenter. “La population moyenne des régions arides augmente chaque année d'environ 3,5 pour cent”, note Zahir. “Donc la terre est surexploitée car la population cherche à en maximiser les profits dans un temps aussi court que possible”.

En 2001, un Plan d'action national de lutte contre la désertification a été mis en place, avec pour objectif de coordonner les efforts entrepris par les différents organes politiques, législatifs et institutionnels du gouvernement et d'autres agences afin de contenir ensemble l’avancée du désert.

Ce plan semble limiter le rôle du gouvernement et impliquer davantage d'agences. En vertu de ce plan, le gouvernement marocain a notamment convenu “de prévoir de nouvelles formes d'autonomie et d'organisation décentralisée”. Les projets qui visent à combattre la désertification “devraient être accomplis au sein d'un cadre contractuel qui définirait les obligations pour toute intervention”. Ces accords théoriques apportent cependant peu de différence sur le terrain dans la plupart des lieux concernés. Les habitants de Mhamid al-Ghouzlane, dans la province de Zagora, dans le sud du pays, rapportent que l'avancée des dunes de sables envahit les terres agricoles et les ressources en eau. La population est laissée face à ses propres moyens pour affronter, comme elle peut, ces difficultés.

Plusieurs groupes indépendants de défenseurs de l'environnement ont déjà pris les devants un peu partout dans le pays pour lutter contre la désertification. En 1997, ils ont constitué un réseau qui s'attaque à cette problématique.

“Mais les associations n'ont pas assez de moyens financiers et logistiques”, explique Achlif, qui est un habitant de Mhamid al-Ghouzlane.

Le Plan national vise à renforcer les capacités des associations. “Mais ces actions n'auront pas beaucoup de succès en l'absence d'un programme énergique de communication et de sensibilisation”, souligne Zahir, qui estime que des efforts doivent encore être accomplis en ce sens.

“Cette action envers les acteurs du développement local sont indispensables. Trop souvent, il faut faire face à un manque de connaissance en matière de gestion, ce qui constitue une sérieuse entrave aux plans de développement”, explique-t-il.

Le plan du gouvernement envisage à présent de former à la fois des fonctionnaires, des représentants locaux, et des jeunes dans les campagnes. Environ 81 pour cent des agriculteurs des zones arides ou semi-arides du pays sont analphabètes, selon des chiffres officiels.

Au même moment, le programme visera également à encourager la recherche scientifique en matière de désertification et à promouvoir le développement de “programmes technologiques” permettant aux populations locales de comprendre le phénomène et d'y faire face.

(*Cet article fait partie d'une série de papiers sur le développement durable rédigés par IPS – Inter Press Service et IFEJ – Fédération internationale des journalistes environnementalistes).