BEIJING, 2 nov (IPS) – Accusée d'encourager des régimes africains corrompus afin de faciliter ses importations de pétrole et de matières premières de ce continent riche, la Chine organise vendredi et samedi à Beijing un grand forum diplomatique destiné à défendre ses échanges commerciaux avec l'Afrique.
Les dirigeants et représentants de 48 pays africains assisteront à ce sommet de deux jours qui a pour but de mettre en lumière le rôle bienfaiteur joué par la Chine sur ce continent. Beijing espère ainsi promouvoir son modèle de développement et son credo en matière de politique étrangère, en marquant des points tant sur le plan diplomatique qu'économique, grâce notamment à la conclusion de nouveaux contrats potentiels.
“Il s'agit d'un événement d'envergure dans l'histoire des relations entre la Chine et l'Afrique”, a déclaré, aux médias, Xu Jinghu, responsable du département des Affaires africaines au sein du ministère des Affaires étrangères chinois avant le sommet.
Officiellement, ce forum célèbre les 50 ans du début des relations diplomatiques entre les deux partenaires, mais ce sont notamment les six dernières années d'intense coopération et d'échanges bilatéraux accrus qui constitueront l'arrière-plan de cette rencontre au sommet.
Poussée par ses besoins en matières premières, la Chine a considérablement renforcé sa présence sur le continent africain. A la fin de l'année dernière, elle avait investi 6,72 milliards de dollars en Afrique, et construit d'infrastructures portuaires, ferroviaires, routières et des barrages. Elle a accordé des crédits souples et des millions de dollars d'aide pour sécuriser des ressources naturelles — le pétrole et les métaux précieux — afin d'alimenter son boum économique fulgurant.
L'année dernière, le pays a importé 38 millions de tonnes de pétrole d'Afrique, ce qui représente près de 30 pour cent du total des importations chinoises en pétrole. Les échanges commerciaux bilatéraux sont passés de dix milliards de dollars en 2.000 à 40 milliards l'an dernier.
Cette expansion débridée suscite cependant de nombreuses critiques, notamment sur la manière dont les violations des droits de l'Homme sont ignorées dans un pays comme le Soudan. Certains détracteurs n'hésitent pas à parler de “néo-colonialisme”.
La Chine, en tant que plus gros investisseur étranger au Soudan et principal acheteur de pétrole, a tenté de faire barrage aux efforts des Nations Unies pour imposer à Khartoum des sanctions et mettre fin à l'escalade de la violence dans ce pays ravagé par la guerre civile. En août, la Chine — membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU — s'est en effet abstenue lors du vote d'une résolution qui autorisait l'ONU à reprendre le contrôle de la mission de maintien de la paix au Darfur, dirigée par l'Union africaine, dont le mandat expirait le 30 septembre.
La Chine a rejeté les critiques selon lesquelles sa présence dans le pays entravait les efforts internationaux pour mettre un terme à l'effusion de sang qui a déjà coûté la vie de 200.000 individus au cours des trois dernières années. Les autorités chinoises assurent au contraire qu'elles se conforment à leur politique diplomatique de non-ingérence dans les affaires d'autres pays, et que cette ligne de conduite a aidé les pays dans leur droit à l'autodétermination.
“Les investissements chinois en Afrique ont encouragé la croissance économique, favorisé la création d'emplois et augmenté le niveau de vie (de la population)”, a déclaré, la semaine dernière, Wei Jianguo, vice-ministre du Commerce, aux journalistes. “Ils ont été bénéfiques pour la population locale et sont très populaires”, a-t-il ajouté.
“Accuser la Chine de néo-colonialisme lorsqu'on parle de son implication en Afrique revient à utiliser une mentalité de guerre froide”, rétorque Shen Jiru, expert en relations internationales auprès de l'Académie chinoise des sciences sociales. Il note que la Chine a récemment renoncé à récupérer dix milliards de prêts accordés en yens (près d'un milliard d'euros). “Quel est ce genre de néo-colonialisme?”.
Des institutions multilatérales, comme la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international, se sont également montrées préoccupées, craignant que des pays, qui ont réussi à maîtriser leur dette et qui bénéficient de prêts de la part de la Chine, se retrouvent à nouveau en situation d'endettement.
Mais, bien plus que défendre ses succès sur le continent africain, Beijing espère que ce sommet Chine-Afrique pourra offrir aux dirigeants du continent l'occasion de faire écho de leur soutien à la Chine.
“Nous n'avons rien à perdre, excepté nos chaînes impérialistes”, a déclaré Robert Mugabe, président du Zimbabwe, cité par l'agence chinoise de presse officielle ‘Xinhua’.
Assurer l'organisation et la sécurité de tant de dirigeants africains pour ce sommet — le premier d'une telle ampleur en Chine — est déjà considéré à Beijing comme un succès diplomatique. Parmi les 53 pays qui composent l'Union africaine, les cinq nations qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques avec la Chine, mais conservent des liens avec Taiwan, ont été invitées en tant qu'observatrices.
Cette rencontre confortera “une entente tacite” que la Chine entretient avec les 48 pays africains en vue de se soutenir mutuellement aux Nations Unies, estime le professeur Xu Tiebing, enseignant à la ‘China Media University’ de Beijing.
“L'aval de ces pays africains au niveau international et en particulier au sein de l'ONU est très important pour la Chine”, indique-t-il.
La Chine revendique Taiwan, peuplé de 23 millions d'habitants, comme une partie de son territoire et qu’il a juré de réunifier par la force au cas où l’île déclarait son indépendance définitive. Au cours des cinq dernières années, elle a usé de moyens financiers et diplomatiques pour convaincre les alliés africains de Taiwan de faire allégeance à Beijing.
Depuis le premier sommet Afrique-Chine sur la coopération en 2000 à Beijing, le nombre des alliés diplomatiques de Taiwan en Afrique a chuté de huit à cinq : le Burkina Faso, le Swaziland, le Malawi, la Gambie, et Sao Tomé-et-Principe.
“En raison de sa montée internationale en puissance, la Chine apparaît comme le gagnant de cette bataille d'intérêts”, affirme He Wenping, un expert de l'Afrique à l'Académie chinoise des sciences sociales.

