ECONOMIE-NAMIBIE: Une série de maux entretient le chômage

WINDHOEK, 31 oct (IPS) – L'une des questions les plus pressantes auxquelles sont confrontées les autorités de la Namibie à l'heure actuelle est le fort taux de chômage du pays d'Afrique australe.

Selon la dernière 'Etude de la main-d'ouvre namibienne', qui a été présentée au parlement plus tôt cette année, 36,7 pour cent de la population du pays est actuellement au chômage, une hausse de trois pour cent depuis la précédente enquête en 2000.

L'étude, commandée par le ministère du Travail et de la Protection sociale, se focalise sur la population économiquement active afin de fournir une information de base sur la taille et la structure de la main-d'ouvre. Trois études ont été menées jusqu'ici, la première en 1997.

Mais, prévient Daniel Motinga, directeur exécutif de 'Institute for Public Policy Research' (Institut pour la recherche sur la politique publique) — un groupe de réflexion basé dans la capitale Windhoek — "Le taux de chômage est généralement beaucoup plus élevé si l'on inclut le sous-emploi : les personnes travaillant en dessous de leur pleine capacité. Le chômage total pourrait bien dépasser 60 pour cent".

La dernière étude, menée en 2004, révèle également des disparités de genre et géographiques dans le chômage : tandis que plus de 56 pour cent d'hommes sont employés, quelque 40 pour cent seulement de femmes ont des emplois. L'emploi dans les zones urbaines s'élève à 66,5 pour cent, presque le double dans les régions rurales, où il est en train d'approcher 35 pour cent.

Prenant la parole à un forum de haut niveau sur la création d'emplois au début de cette année, le Premier ministre Nahas Angula a cité une base industrielle peu importante, un affaiblissement de la production dans le secteur agricole et des conditions climatiques difficiles comme certains des facteurs sapant la capacité de la Namibie à créer des emplois.

Pour Robin Sherbourne, un analyste économique indépendant basé à Windhoek, l'état actuel des affaires peut être imputé aux politiciens qui ont accru les dépenses publiques depuis l'indépendance en 1990.

"La Namibie a choisi d'augmenter les dépenses publiques en gonflant l'effectif de l'administration pour fournir des emplois tant voulus comme une solution miracle et un moyen d'équilibre racial, et consacre maintenant le gros de son budget aux salaires plutôt qu'au développement", a-t-il noté.

Par ailleurs, une "décision politique a conduit les autorités à mettre les étrangers sur la touche pour les conseils à donner au gouvernement de Namibie sur une compétition et des politiques commerciales meilleures".

Le résultat? "La croissance a été médiocre. La Namibie est riche dans plusieurs domaines comme les ressources naturelles, mais est pauvre en compétences : des entrepreneurs dynamiques qui peuvent vendre de nouveaux produits et services vers un marché mondial", a déclaré Sherbourne.

Harold Pupkewitz de la Fédération des employeurs namibiens, est de cet avis, qualifiant la masse salariale du secteur public comme "une ponction insoutenable sur l'économie" — quelque chose qui doit être réglé "en priorité".

"Le coût des dépenses du gouvernement est en train d'arrêter la croissance économique et de retarder la création d'emplois", a-t-il dit à IPS.

Dans le 'Rapport sur la compétitivité mondiale' pour 2006/2007, produit par le Forum économique mondial, la Namibie a occupé la 84ème place sur les 125 pays sondés. (Le forum, à but non lucratif basé à Genève, se focalise sur le leadership en vue d'améliorer les affaires générales. Il s'occupe de l'organisation d'une rencontre annuelle dans la station balnéaire de Davos, qui draine principalement d'éminents politiciens et hommes d'affaires venus des quatre coins du monde).

L'augmentation de l'investissement étranger pourrait jouer un rôle clé dans la réduction du chômage. Toutefois, des entrepreneurs venus de l'étranger ont une liste de questions qu'ils aimeraient voir réglées.

A la deuxième conférence des investisseurs de la Namibie tenue l'année dernière, qui a drainé plus de 100 participants aussi bien du secteur privé que public, la nécessité de réviser les plans de stimulation et la législation régissant les sociétés a pris le devant de la scène. La première conférence s'est tenue en 1997.

La corruption, l'inégalité généralisée, les soins de santé médiocres, et la baisse du revenu par tête d'habitant étaient cités comme facteurs entravant les chances de la Namibie d'attirer l'investissement étranger. Les investisseurs ont également des difficultés à obtenir des permis de travail et de résidence permanente.

Dirk Hansohm de 'Economic Policy Research Unit' (l'Unité de recherche sur la politique économique en Namibie) suggère comme moyen d'en sortir l'accroissement de l'investissement dans le secteur industriel, pour permettre la transformation des ressources issues de l'agriculture, de la pêche et du secteur minier afin de créer des produits finis.

"Utiliser des matières premières pour créer l'emploi a une longue tradition dans tous les pays ayant d'abondantes ressources naturelles", note-t-il.

Mais, Hansohm estime qu'il est nécessaire d'éviter que le gouvernement participe à la création d'usines qui offrent des produits de mauvaise qualité à un prix beaucoup plus élevé que des articles similaires déjà disponibles auprès de producteurs étrangers — quelque chose qui, prévient-il, conduira à une "faillite de l'initiative du gouvernement".

Pour sa part, Motinga indique que le gouvernement devrait réorienter son budget vers des projets de création d'emplois. Actuellement, moins de 20 pour cent des recettes gouvernementales vont vers des projets d'investissement. Ceci devrait changer au plus tôt si nous voulons réduire le chômage", a-t-il dit à IPS.